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Voitures électriques d’occasion : le marché décolle, les prix remontent — où sont passées les bonnes affaires ?

On annonçait un effondrement des prix des voitures électriques d’occasion. Mais le marché français prend aujourd’hui une direction inattendue : les ventes progressent fortement sur un an, les modèles abordables se raréfient et les prix affichés remontent. Derrière ce retournement se dessine une nouvelle étape : la voiture électrique d’occasion commence à devenir un produit recherché, et plus seulement un véhicule qui décote.

Par Florent Despréaux

Lieu : France

Des voitures électriques d’occasion alignées devant une concession, avec un titre éditorial sur la raréfaction des bonnes affaires.
Illustration générée STORIMITIK — marché des voitures électriques d’occasion en France.

Les voitures électriques d’occasion ne restent plus sur les parkings

Il y a encore peu, acheter une voiture électrique d’occasion pouvait sembler risqué.

Les interrogations sur la batterie, l’évolution rapide des technologies et les baisses de prix des véhicules neufs alimentaient l’inquiétude des acheteurs.

Pour les vendeurs, cela signifiait parfois des délais importants et des prix à revoir à la baisse.

Mais les données de 2026 racontent une évolution différente.

Selon le baromètre publié le 9 octobre par l’Avere-France et Mobilians, 61 349 voitures électriques d’occasion ont changé de mains au troisième trimestre 2026, soit 40 % de plus qu’un an auparavant.

Le marché recule pourtant de 15 % par rapport au deuxième trimestre, particulièrement dynamique.

Ces deux chiffres ne se contredisent pas : l’électrique progresse fortement sur un an tout en subissant un ralentissement trimestriel.

Autre signal révélateur : chez les professionnels, le délai moyen de revente d’une électrique est tombé à 134 jours, contre 138 au trimestre précédent.

Il est désormais inférieur à celui des véhicules thermiques, évalué à 147 jours sur la même période.

L’électrique d’occasion n’est donc plus systématiquement le véhicule dont les concessionnaires peinent à se débarrasser.

La surprise : les prix remontent

Pendant plusieurs années, les fortes décotes de certains véhicules électriques ont nourri une idée : attendre pouvait permettre de réaliser une excellente affaire.

Mais cette mécanique ne fonctionne plus aussi simplement.

L’Observatoire La Centrale, publié le 30 septembre 2026, établit le prix moyen affiché d’une voiture électrique d’occasion à 25 593 € au troisième trimestre, en hausse de 9,7 % sur un an.

Sur la même période, le prix moyen de l’ensemble des voitures d’occasion proposées sur la plateforme atteint 20 990 €, soit une hausse de 4 %.

L’électrique connaît donc une progression plus rapide que le marché global observé par La Centrale.

Cette évolution s’accompagne d’une forte hausse de l’intérêt des internautes.

Le 20 septembre, la plateforme a enregistré plus de 130 000 recherches de voitures électriques en une seule journée, soit 214 % de plus qu’au 28 février.

La hausse des prix des carburants semble avoir renforcé l’attractivité des véhicules électriques, notamment auprès des automobilistes sensibles au coût d’utilisation.

Mais une demande plus importante ne produit pas nécessairement des voitures supplémentaires sur le marché de l’occasion.

Et c’est précisément là que la situation devient intéressante.

Un acheteur consulte une annonce fictive de voiture électrique sur un téléphone, aux côtés du prix moyen affiché observé sur La Centrale.
Illustration générée STORIMITIK — moyenne du T3 2026 : 25 593 € et +9,7 % sur un an, selon l’Observatoire La Centrale. L’annonce représentée est fictive.

Les électriques à moins de 20 000 € deviennent plus difficiles à trouver

Sur La Centrale, le stock de voitures électriques d’occasion a diminué de 32 % en un an.

La baisse atteint même 48 % pour les véhicules proposés à moins de 20 000 €.

Or, c’est justement cette catégorie qui pourrait ouvrir la mobilité électrique à davantage de ménages.

La Renault Zoé illustre cette tension.

Selon les données de La Centrale rapportées par l’AFP, le nombre d’annonces concernant ce modèle est passé d’environ 4 500 à 640 en un an.

Pendant ce temps, son prix moyen affiché progressait de 25 %, pour atteindre 14 985 €.

Il reste donc possible de trouver des voitures électriques relativement abordables, notamment parmi les citadines.

Mais certaines bonnes affaires se raréfient à mesure que l’intérêt des acheteurs augmente.

Cette situation ne concerne pas nécessairement tous les modèles ni toutes les plateformes.

Elle révèle néanmoins un paradoxe : au moment où davantage de Français envisagent l’électrique d’occasion, les véhicules les plus accessibles peuvent devenir plus difficiles à acheter.

Illustration de véhicules électriques d’occasion, et d’une baisse de 48 % du stock d’annonces à moins de 20 000 € sur La Centrale.
Illustration générée STORIMITIK — annonces de voitures électriques de moins de 20 000 € sur La Centrale : −48 % sur un an au T3 2026.

Forte décote et hausse des prix : comment les deux peuvent-elles coexister ?

Il faut distinguer deux phénomènes souvent confondus.

La décote mesure la perte de valeur d’une voiture depuis son achat neuf.

L’évolution du prix moyen du marché compare, elle, les véhicules proposés à différentes périodes.

Une voiture achetée neuve 40 000 € peut aujourd’hui être revendue nettement moins cher tout en appartenant à une catégorie de véhicules dont les prix d’occasion remontent depuis un an.

Ces deux réalités sont parfaitement compatibles.

Il faut également regarder quels véhicules composent le marché.

Une moyenne peut évoluer si les voitures proposées sont plus récentes, mieux équipées, plus grandes ou simplement différentes de celles disponibles l’année précédente.

C’est pourquoi la hausse de 9,7 % observée par La Centrale ne signifie pas que chaque modèle électrique d’occasion a personnellement gagné 9,7 % de valeur.

De la même manière, le prix figurant dans une annonce n’est pas nécessairement le montant finalement payé par l’acheteur.

Pour juger une véritable bonne affaire, il faut donc comparer des véhicules similaires : même modèle, génération, ancienneté, kilométrage et équipement.

L’état de la batterie demeure évidemment un autre critère essentiel, mais il ne suffit pas à lui seul à déterminer la valeur du véhicule.

2027 pourrait rebattre les cartes

Le marché devrait connaître une autre transformation avec l’arrivée de nouveaux véhicules d’occasion.

Les premières voitures issues du leasing social lancé en 2024 pourraient notamment revenir progressivement sur le marché à partir de 2027, selon les durées de contrat.

Ces retours pourraient étoffer l’offre et élargir le choix des acheteurs, notamment sur les modèles compacts.

Il ne faut toutefois pas en déduire que les prix baisseront automatiquement : tout dépendra du nombre de véhicules remis en vente, de leur état et de l’évolution de la demande.

Une autre évolution est déjà engagée.

Depuis septembre 2026, certaines voitures électriques d’occasion peuvent bénéficier d’une prime liée aux certificats d’économies d’énergie, sous conditions.

Son montant, d’environ 350 € selon l’Avere-France, reste modeste au regard du prix d’un véhicule. L’association souhaite d’ailleurs un renforcement du dispositif en 2027.

Entre retours de leasing, aides à l’achat et demande croissante, le marché de l’occasion électrique entre dans une période de recomposition.

La véritable démocratisation commence-t-elle maintenant ?

Pendant longtemps, la principale inquiétude concernant les voitures électriques d’occasion était leur perte de valeur.

Aujourd’hui, une autre question émerge : comment rendre ces véhicules accessibles alors que leur popularité augmente ?

Une voiture électrique peut rester une bonne affaire par rapport à son prix neuf, sans être nécessairement bon marché pour tous les ménages.

Et un marché qui progresse de 40 % en volume sur un an ne devient pas automatiquement un marché démocratisé.

La véritable démocratisation supposera une offre suffisamment abondante, des prix compatibles avec les budgets des acheteurs et une confiance durable dans les véhicules proposés.

Le paradoxe de 2026 est peut-être là : la voiture électrique d’occasion commence enfin à convaincre davantage d’automobilistes, mais son succès pourrait rendre les meilleures affaires plus difficiles à trouver.

Sources