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Skool : et si la vraie valeur d’une formation n’était plus le cours, mais la communauté ?
Pendant des années, la formation en ligne a surtout consisté à acheter des vidéos et à les regarder seul devant un écran. Skool propose une autre organisation : réunir les cours, les discussions, les événements et les membres dans un même espace. Derrière cette plateforme apparue en 2019, une question dépasse largement le secteur de l'éducation : et si la valeur ne venait plus seulement du savoir transmis, mais aussi des personnes qui nous aident à le mettre en pratique ? Une promesse séduisante, à condition de ne pas confondre engagement communautaire et véritable apprentissage.
Par Florent Despréaux

Vous avez acheté une formation. Maintenant, il faut la terminer.
Vous venez de vous inscrire à une formation en ligne.
Le programme paraît parfait. Les modules sont bien organisés. Les vidéos promettent de vous apprendre une nouvelle compétence.
Vous regardez la première leçon.
Puis la deuxième.
Quelques jours plus tard, une question apparaît. Vous ne comprenez pas comment appliquer une méthode à votre propre situation.
Vous mettez la vidéo en pause.
Vous cherchez une réponse sur Internet.
Vous revenez au cours. Ou pas.
Cette situation imaginaire illustre une difficulté bien réelle de l'apprentissage numérique : avoir accès à un contenu ne signifie pas nécessairement réussir à apprendre.
Pendant longtemps, le principal argument des plateformes de formation a été l'accessibilité.
Pouvoir apprendre quand on veut, où l'on veut, à son rythme.
Les vidéos ont permis à des millions de personnes d'accéder à des connaissances qui exigeaient autrefois un déplacement, un horaire fixe ou un budget important.
Mais cette liberté possède son revers.
Face à une difficulté, l'apprenant peut se retrouver seul.
Personne ne lui demande s'il a compris. Personne ne vérifie qu'il sait appliquer ce qu'il vient de regarder. Et personne ne remarque nécessairement son abandon.
Une partie de l'industrie de la formation en ligne cherche désormais à traiter ce problème autrement.
Non pas en ajoutant toujours plus de vidéos.
En réunissant les personnes qui apprennent autour des contenus.
C'est précisément le modèle que Skool cherche à développer.
Skool : une plateforme où la formation devient un lieu de rencontre
Skool a été fondée en 2019 par Sam Ovens et Daniel Kang.
Son principe tient dans une idée relativement simple : permettre à des créateurs, des experts, des formateurs ou des passionnés d'organiser une communauté autour d'un sujet.
Certaines communautés sont gratuites.
D'autres nécessitent un abonnement ou un paiement.
À l'intérieur, les membres peuvent consulter des ressources pédagogiques, publier des messages, commenter les contributions des autres et participer à des événements.
Il ne s'agit donc pas simplement d'un catalogue de cours.
Skool rassemble des fonctions que l'utilisateur pourrait autrement retrouver dispersées entre une plateforme de formation, un groupe de discussion, un outil de visioconférence et un système de paiement.
Prenons un exemple fictif.
Une personne souhaite apprendre à créer une activité indépendante.
Dans une formation traditionnelle, elle pourrait regarder dix heures de vidéos sur le marketing, la vente et la gestion.
Dans une communauté organisée sur Skool, elle pourrait aussi présenter son projet, demander un avis, participer à une séance collective et échanger avec d'autres personnes confrontées aux mêmes difficultés.
Le contenu reste important.
Mais il cesse d'être la seule source possible de valeur.
L'expérience d'apprentissage devient collective, même lorsque chaque membre progresse à son rythme.
La plateforme n'a pas inventé cette approche. Les groupes d'entraide, le tutorat et l'apprentissage entre pairs existent depuis longtemps.
Ce que Skool propose, c'est de les réunir dans un produit numérique conçu également pour être commercialisé.
Quatre mécanismes qui transforment un cours en communauté
Pour comprendre ce que change réellement Skool, il faut regarder son organisation.
La plateforme combine quatre fonctions principales.
1. Classroom : conserver une structure pédagogique
Les organisateurs peuvent construire des parcours comprenant des vidéos, des documents, des leçons et différentes ressources.
Les membres retrouvent ces contenus dans un espace dédié.
C'est la partie la plus proche d'une plateforme classique de formation.
Elle permet de structurer les connaissances et d'éviter que tout se perde dans un fil de discussion.
2. Community : rendre les échanges permanents
Les membres peuvent publier des questions, répondre à d'autres participants et partager leurs réalisations.
La formation ne se déroule donc plus exclusivement entre un enseignant et un apprenant.
Une partie de l'accompagnement peut venir du groupe.
Un débutant peut poser une question.
Un membre plus expérimenté peut expliquer sa méthode.
Plusieurs personnes peuvent comparer leurs résultats.
La valeur de l'ensemble dépend alors non seulement de la qualité des cours, mais aussi de celle des contributions.
3. Calendar : donner des rendez-vous à l'apprentissage
Skool permet d'organiser des événements, notamment des rencontres ou des sessions en direct.
Ces rendez-vous peuvent structurer l'activité d'une communauté.
Ils créent des occasions de poser des questions, de confronter des idées ou de travailler ensemble.
La différence avec une vidéothèque est importante : un rendez-vous collectif introduit une temporalité commune dans un apprentissage largement individuel.
4. Leaderboard : encourager la participation
La plateforme attribue des points et des niveaux aux membres.
Les interactions peuvent contribuer à faire progresser leur classement.
Certains organisateurs peuvent même conditionner l'accès à des cours ou à des événements à l'atteinte d'un niveau.
Ce dernier mécanisme joue un rôle particulier.
Il ne sert pas directement à transmettre des connaissances.
Il cherche à entretenir l'activité communautaire.
Et c'est à cet endroit que le fonctionnement de Skool devient aussi une question de design comportemental.

Pourquoi apprendre avec les autres peut faire une différence
Le modèle repose sur une intuition forte : nous ne progressons pas toujours de la même manière lorsque nous sommes seuls ou lorsque nous échangeons avec d'autres personnes.
Les sciences de l'éducation étudient depuis longtemps cette dimension sociale de l'apprentissage.
Une revue de littérature publiée en février 2024 dans Frontiers in Education, menée notamment par des chercheurs de l'université Erasmus de Rotterdam et de la TU Delft, a analysé vingt études sur les interactions sociales dans les MOOC, ces cours en ligne ouverts à un large public.
Les chercheurs distinguent plusieurs formes d'interaction : les forums de discussion, les groupes d'apprentissage et les échanges individuels entre participants.
Leurs résultats mettent en évidence des effets favorables des interactions sociales sur différentes dimensions de l'expérience d'apprentissage.
Mais ils soulignent également la nécessité d'études expérimentales supplémentaires pour mieux établir les liens de causalité.
Cette nuance est essentielle.
Il existe des raisons sérieuses de penser que les échanges entre apprenants peuvent être utiles.
Cela ne permet pas d'affirmer que n'importe quelle communauté améliore automatiquement les compétences de ses membres.
La qualité des discussions, la pertinence des réponses, l'accompagnement et la conception pédagogique continuent de jouer un rôle déterminant.
Une communauté de cent personnes qui s'entraident efficacement peut apporter davantage qu'un groupe beaucoup plus important où les messages restent sans réponse.
À l'inverse, une communauté extrêmement active peut devenir un environnement distrayant si les échanges ne contribuent pas aux objectifs de formation.
Le nombre de participants ne dit donc pas, à lui seul, grand-chose sur la qualité de l'apprentissage.
C'est l'une des limites fondamentales d'une approche qui cherche à valoriser la communauté.
Ce que Skool vend vraiment : un accès, pas seulement un contenu
Le changement est également économique.
Dans un modèle traditionnel, une formation peut être commercialisée sous forme d'achat unique.
L'utilisateur paie pour accéder à une série de contenus.
Une fois le programme acheté, la relation commerciale peut devenir relativement limitée.
Une communauté payante introduit une autre possibilité.
Le membre peut continuer à payer pour conserver l'accès aux échanges, aux événements, à de nouvelles ressources ou à l'accompagnement proposé par l'organisateur.
La valeur n'est plus nécessairement concentrée au moment de la vente initiale.
Elle doit être entretenue dans la durée.
Skool permet plusieurs configurations : communautés gratuites, abonnements mensuels ou annuels, accès à plusieurs niveaux, offres freemium et achats ponctuels de formations.
Le modèle récurrent n'est donc pas obligatoire.
Mais il représente une possibilité structurante pour les créateurs.
Deux clients, deux propositions de valeur
Il faut distinguer les deux côtés de cette activité.
Pour le créateur, Skool fournit l'infrastructure permettant de lancer, gérer et monétiser une communauté.
Pour le membre, la promesse repose sur ce qu'il pourra apprendre, réaliser et partager à l'intérieur.
Skool facture aux organisateurs l'utilisation de sa plateforme.
Au 14 octobre 2026, sa tarification mensuelle publique affiche deux forfaits : Hobby à 9 dollars par mois et Pro à 99 dollars par mois.
Les commissions ne se résument toutefois pas aux taux mis en avant sur la page commerciale. Selon la documentation de paiement, Hobby entraîne des frais de 10 % + 0,30 dollar par transaction. Pour Pro, les frais sont de 2,9 % + 0,30 dollar pour les transactions jusqu'à 899 dollars ; une tranche supérieure est annoncée à 3,9 % + 0,30 dollar pour les transactions au-dessus de 900 dollars.
Un autre mécanisme existe : Growth Boost, activé par défaut mais désactivable. Lorsque Skool apporte un client payant grâce à cette promotion, une commission supplémentaire de 30 % s'applique, y compris aux prélèvements récurrents du membre concerné tant que son abonnement reste actif. Les frais de traitement habituels s'ajoutent. Si l'organisateur apporte son propre client, cette commission Growth Boost ne s'applique pas.
Ces montants concernent l'abonnement de l'organisateur et les transactions réalisées sur la plateforme. Ils ne sont pas le prix universel payé par chaque apprenant.
Car chaque créateur reste libre, dans les limites des fonctions proposées, de structurer son propre modèle commercial.
C'est une différence majeure avec un catalogue centralisé dans lequel les cours sont vendus selon une logique de distribution commune.
Sur Skool, l'organisateur construit sa propre offre.
Le logiciel fournit les outils.
La communauté, elle, doit produire une valeur suffisamment réelle pour donner envie de rester.
Le véritable défi économique : convaincre les membres de revenir
Un abonnement transforme la relation entre le formateur et son public.
Dans une vente ponctuelle, la difficulté consiste principalement à convaincre quelqu'un d'acheter.
Dans un modèle récurrent, il faut aussi justifier la dépense au fil du temps.
Si les membres ne trouvent plus de réponses, ne participent plus aux événements ou n'obtiennent pas les progrès espérés, ils peuvent finir par résilier.
La promesse communautaire devient alors une obligation d'animation.
Le créateur doit concevoir des parcours, répondre aux questions, maintenir des rendez-vous utiles et garantir un niveau de qualité suffisant.
Il doit aussi modérer les discussions.
Une communauté qui grandit peut exiger davantage de temps, même si son infrastructure technique permet d'accueillir de nombreux membres.
Autrement dit, le logiciel peut simplifier la création et l'administration d'un groupe.
Il ne remplace pas automatiquement le travail humain qui rend ce groupe intéressant.
L'effet réseau peut renforcer la proposition de valeur : davantage de membres signifie potentiellement davantage d'expériences, de réponses et de rencontres.
Mais cet effet n'est pas garanti.
Au-delà d'une certaine taille, une communauté mal organisée peut au contraire devenir moins lisible et moins utile.
Le succès économique dépend donc moins de la présence d'un bouton « communauté » que de la capacité à organiser une expérience durable.
Les points et les classements mesurent-ils les bons progrès ?
Skool utilise des mécanismes de gamification.
Dans son fonctionnement documenté, un membre gagne notamment des points lorsque d'autres utilisateurs aiment ses publications ou ses commentaires.
Un like reçu correspond à un point.
Ces points contribuent à la progression dans les niveaux et aux classements.
Certains contenus peuvent être déverrouillés à partir d'un niveau donné.
Le mécanisme a une logique compréhensible : encourager les membres à contribuer plutôt qu'à rester de simples spectateurs.
Mais il soulève une difficulté.
Une personne peut obtenir beaucoup d'interactions sans nécessairement acquérir une nouvelle compétence.
À l'inverse, un apprenant discret peut regarder les cours, réaliser des exercices et progresser réellement sans publier régulièrement.
L'activité communautaire est donc une mesure imparfaite de l'apprentissage.
Ce que dit la recherche
Une revue systématique publiée en octobre 2024 dans le Journal of Computer Assisted Learning a examiné vingt-deux études sur les classements en contexte éducatif.
Elle conclut que ces dispositifs peuvent favoriser la motivation, l'engagement et parfois les performances des apprenants.
Mais leur efficacité dépend fortement de leur conception et du contexte.
Les études analysées concernent l'enseignement supérieur, et une partie des interventions était de courte durée.
Les résultats ne permettent donc pas de conclure que tout classement, dans toute formation et pour tout public, améliore durablement les résultats.
Une autre méta-analyse publiée en 2024, réunissant 35 interventions et 2 500 participants, relève un effet positif mais limité de la gamification sur la motivation intrinsèque. Son effet sur la perception de compétence demeure faible : cette perception n'est pas équivalente à une mesure objective des compétences acquises. Ces résultats ne démontrent ni un gain systématique de compétences réelles ni une efficacité spécifique de Skool.
Le point central est la distinction entre motiver à participer et aider à maîtriser un savoir-faire.
Un classement peut donner envie de revenir.
Il ne remplace pas un exercice pertinent, un retour critique ou une compétence démontrée.

Une communauté peut aussi devenir un produit marketing
Le modèle communautaire possède une autre ambiguïté.
Il crée un environnement dans lequel l'appartenance à un groupe peut devenir une motivation d'achat.
Un organisateur peut valoriser la proximité avec son expertise, l'accès à d'autres membres, les échanges privés ou les événements réservés à une communauté.
Cette proximité peut avoir une valeur réelle.
Elle peut aussi devenir un argument commercial difficile à évaluer.
Comment déterminer, avant de payer, si les échanges seront utiles ?
Comment savoir si les personnes les plus expérimentées participent réellement ?
Comment distinguer une communauté conçue pour transmettre une compétence d'un groupe principalement organisé pour vendre d'autres offres ?
La réponse ne se trouve pas uniquement dans les fonctionnalités de Skool.
Elle dépend de la transparence des organisateurs et de la qualité de ce qu'ils proposent.
La plateforme peut héberger aussi bien des communautés pertinentes que des offres pédagogiquement faibles.
La présence d'une communauté ne constitue ni une certification de qualité ni une garantie de résultat.
Cette distinction est fondamentale pour éviter de confondre innovation de plateforme et efficacité de l'enseignement.
Pourquoi Skool ne remplace pas les plateformes traditionnelles
Il serait tentant d'opposer deux mondes.
D'un côté, les anciennes plateformes de formation avec leurs vidéos à regarder individuellement.
De l'autre, des communautés plus vivantes où tout le monde apprend ensemble.
La réalité est moins simple.
Les forums, les travaux collectifs, les séances interactives et le tutorat existent déjà dans de nombreux dispositifs pédagogiques.
Certaines plateformes de formation intègrent également des espaces de discussion et des exercices collaboratifs.
Skool ne crée donc pas une catégorie entièrement nouvelle.
Son originalité tient davantage à l'association, dans un même produit, de fonctions communautaires, pédagogiques, événementielles et commerciales.
Cette combinaison peut être pertinente pour des programmes qui bénéficient d'échanges fréquents : entrepreneuriat, création, développement professionnel ou apprentissages nécessitant des retours réguliers.
Elle n'est pas nécessairement indispensable à tous les besoins.
Pour apprendre un concept précis, consulter un cours bien construit peut suffire.
Pour acquérir une certification, les critères d'évaluation et de reconnaissance comptent davantage que le nombre de messages échangés.
Pour maîtriser un geste technique, l'entraînement et le retour d'un professionnel peuvent être essentiels.
Une communauté devient utile lorsqu'elle complète ces mécanismes.
Pas lorsqu'elle prétend les remplacer.
La prochaine bataille de la formation pourrait se jouer après la vidéo
Pendant longtemps, les acteurs de la formation numérique ont cherché à enrichir les catalogues.
Davantage de cours.
Davantage de thèmes.
Davantage de vidéos accessibles instantanément.
Avec l'évolution des outils numériques, et désormais de l'intelligence artificielle, produire et distribuer des contenus devient plus accessible.
Cela peut déplacer une partie de la différenciation vers d'autres dimensions : la qualité de l'accompagnement, le retour individualisé, la confiance et la capacité à maintenir une relation entre les apprenants.
C'est dans ce contexte que le modèle de Skool devient intéressant.
Il propose de considérer la formation non seulement comme un contenu à consulter, mais comme une activité à vivre avec d'autres.
Pour les créateurs, cela ouvre des possibilités de monétisation et de fidélisation.
Pour les apprenants, cela peut offrir des réponses, de l'entraide et des occasions de pratiquer.
Mais la valeur de cette communauté n'est réelle que si elle permet d'aller plus loin que l'activité affichée sur un écran.
La question la plus importante n'est peut-être pas de savoir combien de membres participent.
C'est de savoir ce qu'ils deviennent capables de faire grâce à cette participation.
Une vidéo peut transmettre une explication. Une communauté peut aider à la comprendre, à la confronter et à la mettre en pratique.
À une condition : ne jamais confondre le sentiment de progresser avec la preuve d'avoir appris.
Et c'est peut-être là que se jouera la véritable prochaine étape de la formation en ligne.
Sources
- About usSkool · Skool
- What is Classroom?Skool Help Center · Skool
- How do points and levels work?Skool Help Center · Skool · 24 janvier 2025
- How do level-locked courses work?Skool Help Center · Skool
- PricingSkool · Skool
- Skool Payments FAQsSkool Help Center · Skool · 29 septembre 2026
- How to set up pricing for the group?Skool Help Center · Skool
- Supporting social interactions to improve MOOC participants' learning outcomes: a literature reviewFrontiers in Education · Loh et al. · 1 février 2024
- The use of leaderboards in education: A systematic review of empirical evidence in higher educationJournal of Computer Assisted Learning · Li et al. · 1 octobre 2024
- Gamification enhances student intrinsic motivation, perceptions of autonomy and relatedness, but minimal impact on competency: a meta-analysis and systematic reviewEducational Technology Research and Development · Li, Hew et Du · 16 janvier 2024


