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Ferrari construit un bateau qui vole au-dessus de l’eau : les secrets technologiques d’Hypersail
Ferrari quitte l'asphalte pour relever un défi inédit : concevoir un voilier océanique capable de s'élever au-dessus des vagues grâce à des foils. Long d'environ 30 mètres, Hypersail associe architecture navale, contrôle électronique, matériaux composites et autonomie énergétique. Dévoilé en 2025, le prototype prend désormais forme dans un chantier italien. Derrière cette machine spectaculaire, Ferrari poursuit une ambition plus vaste : transférer son expertise de la compétition automobile vers l'un des environnements les plus exigeants, l'océan.
Par Florent Despréaux

Ferrari entre dans une nouvelle compétition
Ferrari est indissociable des circuits, de la Formule 1 et des voitures de sport. Pourtant, le 25 juin 2025, le constructeur italien a officiellement annoncé son entrée dans un domaine inattendu : la voile océanique.
Baptisé Hypersail, ce programme n'a pas pour objectif de commercialiser un yacht de luxe. Il vise à développer un prototype expérimental capable d'explorer les limites de la performance en mer.
Le projet est dirigé par le navigateur italien Giovanni Soldini, spécialiste des grandes traversées, et repose sur un voilier dessiné par l'architecte naval français Guillaume Verdier.
Ce rapprochement est au cœur du programme : Ferrari apporte ses compétences en ingénierie et en compétition, tandis que les spécialistes de la course au large apportent leur connaissance de l'environnement maritime.
La mer devient ainsi un nouveau laboratoire technologique.
Un monocoque de 30 mètres conçu pour voler
Hypersail mesure 100 pieds, soit environ 30,5 mètres. Contrairement à un trimaran, il s'agit d'un monocoque. Son architecture utilise des appendices hydrodynamiques appelés foils pour générer une portance lorsque le bateau accélère.
Le principe ressemble à celui d'une aile d'avion, mais dans l'eau : les foils produisent une force capable de soulever progressivement la coque. En réduisant la surface de contact avec l'eau, cette architecture cherche à diminuer la résistance à l'avancement.
L'innovation majeure annoncée par Ferrari concerne la disposition des appendices. Le bateau est conçu pour stabiliser son vol sur trois points d'appui : un foil associé à la quille basculante, un foil sur le safran et l'un des deux foils latéraux, selon les conditions de navigation.
L'intégration d'un foil à la quille basculante constitue l'une des particularités techniques les plus importantes du projet. Mais une architecture prometteuse sur le papier doit encore démontrer sa stabilité et sa fiabilité dans les conditions réelles de navigation océanique.
Une architecture qui transforme le bateau en système piloté
La difficulté ne consiste pas seulement à soulever la coque. Il faut aussi contrôler en permanence son comportement.
La vitesse, la direction du vent, les mouvements du bateau et les efforts exercés sur les appendices évoluent continuellement. Les systèmes de contrôle doivent donc coordonner de nombreuses informations pour maintenir une navigation performante et sûre.
C'est ici que l'expérience de Ferrari dans les systèmes électroniques, la simulation et l'ingénierie de compétition peut prendre tout son sens.
La logique rappelle certains défis de l'automobile de haute performance : mesurer, analyser, anticiper et ajuster le fonctionnement d'une machine complexe. La différence est considérable : sur l'océan, les conditions sont beaucoup moins prévisibles que sur un circuit.

L'énergie devient une contrainte centrale
Ferrari présente Hypersail comme un projet visant l'autosuffisance énergétique à partir de sources renouvelables. Cette ambition concerne notamment l'alimentation des systèmes électroniques et des équipements nécessaires au fonctionnement du voilier.
La difficulté est double. D'une part, le bateau doit disposer de suffisamment d'énergie pour ses équipements embarqués. D'autre part, chaque élément ajouté doit être évalué au regard de son poids, de sa fiabilité et de son intégration.
Dans un prototype recherchant la performance, l'énergie ne peut pas être considérée séparément de l'architecture générale. L'objectif d'autonomie énergétique constitue donc un axe de recherche important, mais son efficacité réelle devra être démontrée lors des essais.
Ce que Ferrari peut apprendre de l'océan
Hypersail n'est pas simplement une opération de diversification de marque. Ferrari présente le programme comme une démarche d'innovation ouverte et de transfert technologique dans les deux sens entre l'automobile et le nautisme.
Les enseignements potentiels concernent notamment les matériaux, la simulation, l'efficacité énergétique, la gestion électronique et la fiabilité des systèmes.
Un voilier océanique constitue un banc d'essai particulièrement exigeant. Il doit résister aux vibrations, à l'humidité, aux chocs, aux efforts mécaniques et à des conditions météorologiques variables.
L'enjeu n'est donc pas uniquement d'atteindre une vitesse élevée, mais de maintenir la performance dans la durée. C'est ce qui rapproche Hypersail de la culture de l'endurance automobile.
Il serait toutefois prématuré d'affirmer que les innovations du voilier équiperont directement les futures Ferrari de série. Aucun transfert commercial précis n'est démontré à ce stade.
Octobre 2026 : le projet devient visible
Après son annonce en 2025, Hypersail a franchi une nouvelle étape en octobre 2026. Des journalistes spécialisés ont pu découvrir le bateau en construction près de Pise, en Italie.
Les photographies montrent une coque avancée, sa livrée et plusieurs éléments de son architecture technique. Le projet sort ainsi progressivement du stade des représentations numériques pour devenir une machine physique.
Les informations publiées à cette occasion évoquent notamment un mât d'environ 35,5 mètres et une surface de voilure de 462 m².
Le calendrier a cependant évolué. Alors que l'annonce initiale prévoyait une mise à l'eau et de premiers essais en 2026, les reportages d'octobre évoquent désormais le printemps 2027.
Le transfert vers une base opérationnelle à Livourne et des essais préparatoires figurent parmi les prochaines étapes rapportées. Ce décalage rappelle la complexité d'un programme expérimental de cette ampleur.
L'ambition de Ferrari dépasse la mer
Ferrari ne cherche pas seulement à construire un bateau spectaculaire. Hypersail constitue une démonstration de sa capacité à appliquer sa culture de l'ingénierie à un environnement radicalement différent.
L'océan impose une équation particulièrement difficile : rechercher la vitesse tout en maîtrisant la consommation d'énergie, le poids, la résistance des matériaux et la fiabilité.
La compétition devient ici un outil d'expérimentation. Si le projet réussit ses essais, il pourrait contribuer à faire progresser les connaissances sur les grands monocoques à foils et sur les systèmes de contrôle associés.
Mais la réussite technique ne doit pas être confondue avec une victoire sportive déjà acquise. À ce stade, aucun record océanique d'Hypersail n'est établi.

Le véritable défi commence en mer
Les premières images d'Hypersail impressionnent par ses dimensions et son architecture. Pourtant, la question décisive reste ouverte : comment cette machine se comportera-t-elle lorsqu'elle devra affronter durablement les vagues et les variations de vent ?
Le passage du chantier à la navigation constitue le prochain test majeur. Il faudra démontrer que le système de foils fonctionne, que les dispositifs de contrôle réagissent correctement et que l'autonomie énergétique répond aux besoins réels du bateau.
La promesse de Ferrari est ambitieuse : transposer sa culture de la performance dans la course au large. Mais l'océan ne récompense pas uniquement la vitesse. Il exige également de la robustesse, de l'adaptation et de l'endurance.
C'est peut-être là que se trouve le véritable intérêt d'Hypersail : découvrir jusqu'où les technologies de compétition peuvent évoluer lorsqu'elles quittent le circuit pour affronter l'océan.
Sources
- Communiqué Hypersail du 25 juin 2025Ferrari · Ferrari
- Ferrari Hypersail au chantier, 16 octobre 2026SuperYacht24 · SuperYacht24
- Ferrari dévoile son Hypersail, 19 octobre 2026Sailorz · Sailorz
- Ferrari Hypersail : premières images, 16 octobre 2026Bateaux.com · Bateaux.com
- Ferrari Hypersail et Azimut, 1er octobre 2026la Repubblica · la Repubblica


