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Et si votre vélo d’appartement vous faisait vraiment oublier votre salon ?

Trois écrans OLED autour d’un vélo, des paysages panoramiques, des mondes numériques synchronisés à l’effort : le fitness immersif transforme peu à peu le cardio statique en expérience. Mais entre concept spectaculaire et usage réel, tout n’est pas encore prêt à entrer dans nos salons.

Par Florent Despréaux

Date d’observation :

Lieu : Monde

Illustration d’une cycliste sur vélo d’intérieur face à un immense écran panoramique montrant une route de montagne au bord d’un lac.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — Mise en scène éditoriale du fitness immersif par écran panoramique. Il ne s’agit pas d’une photographie du LG Virtual Ride.

Pédaler sans avancer n’a jamais été le problème du vélo d’appartement. Le vrai défi, c’est de continuer à avoir envie de pédaler quand le décor ne bouge pas.

Depuis quelques années, fabricants d’écrans, salles de sport et développeurs d’expériences virtuelles explorent donc une autre piste : ne plus seulement mesurer l’effort, mais transformer visuellement l’environnement dans lequel il se déroule.

Le concept LG Virtual Ride, présenté au CES 2022, résumait cette ambition de manière spectaculaire : un vélo stationnaire placé face à trois écrans OLED incurvés de 55 pouces, disposés devant et au-dessus du cycliste pour créer un environnement enveloppant.

LG n’avait pas présenté un simple vélo connecté

LG Display utilisait Virtual Ride pour démontrer les possibilités de ses OLED flexibles. L’entreprise expliquait vouloir permettre à l’utilisateur de pratiquer une activité extérieure dans le confort de son domicile grâce à une image très immersive.

Le dispositif n’était pas annoncé comme un produit grand public avec prix, calendrier de commercialisation ou réseau de distribution. Il s’agissait avant tout d’un concept de démonstration technologique présenté au CES.

Mais l’idée qu’il matérialisait n’a rien disparu : l’écran cesse d’être un petit tableau de bord posé sur le guidon et devient progressivement le décor lui-même.

Infographie montrant l’évolution du vélo d’appartement classique vers des expériences de cardio immersif avec écrans, environnement panoramique et scénarios interactifs.
STORIMITIK — Schéma éditorial de l’évolution du vélo indoor vers le cardio immersif. Les effets sur motivation, effort perçu et régularité dépendent des dispositifs et des utilisateurs ; ils ne constituent pas une garantie individuelle.

Le fitness immersif existe déjà en dehors des salons technologiques

Les Mills exploite par exemple THE TRIP, une expérience de vélo indoor de 40 minutes dans laquelle les participants roulent à travers des univers numériques synchronisés avec la musique et l’intensité de l’entraînement.

Le principe est différent du Virtual Ride de LG — il s’agit d’un cours collectif et non d’un vélo domestique — mais l’objectif visuel est similaire : faire oublier le mur de la salle et donner au cycliste l’impression d’avancer dans un autre environnement.

Les paysages peuvent être réalistes ou complètement imaginaires. Route de montagne, tunnel futuriste, monde sous-marin ou architecture virtuelle : l’environnement devient une composante de la séance.

Pourquoi l’immersion peut changer la manière dont on vit l’effort

L’intérêt n’est pas uniquement esthétique. Plusieurs travaux ont étudié la manière dont les environnements virtuels modifient l’expérience subjective d’un exercice.

Une étude publiée en 2019 auprès de 49 jeunes adultes a comparé vélo stationnaire traditionnel, environnement virtuel non immersif et cyclisme en réalité virtuelle immersive. L’immersion était associée à une motivation intrinsèque plus élevée que les deux autres conditions.

Une autre étude, publiée en 2017 sous forme d’abstract dans Medicine & Science in Sports & Exercise, a comparé chez des débutants des séances de vélo audio seules et des séances THE TRIP. Avec une intensité similaire, les participants rapportaient un effort perçu plus faible dans la condition immersive.

Ces résultats sont intéressants mais ils restent à interpréter avec prudence : les échantillons sont petits, les dispositifs diffèrent fortement et une expérience immersive n’améliore pas automatiquement l’adhésion à long terme chez tout le monde.

L’immersion peut aussi faire l’inverse

Une étude publiée en 2025 dans The Journal of Physiology apporte une nuance particulièrement intéressante.

Douze participants pédalaient dans un environnement de réalité virtuelle où la pente affichée pouvait être modifiée indépendamment de la résistance réelle du vélo. À puissance identique, une pente virtuelle plus forte pouvait augmenter l’effort perçu et certaines réponses cardiovasculaires.

Autrement dit, l’image n’est pas seulement une distraction qui ferait oublier l’effort. Elle peut réellement influencer la manière dont le corps et le cerveau interprètent la difficulté de la situation.

Le décor devient donc un élément actif de l’expérience d’entraînement, pas seulement un fond d’écran.

Le vélo connecté avait déjà commencé cette transformation

Avant les écrans panoramiques, le vélo indoor avait déjà quitté le modèle du simple compteur de vitesse.

Tablettes, parcours virtuels, classements, coaching vidéo, compétitions en ligne et résistance synchronisée avec la pente ont progressivement ajouté une dimension narrative et ludique à une activité statique.

L’étape immersive pousse la logique beaucoup plus loin : au lieu de regarder une route dans un rectangle devant soi, le cycliste est entouré par l’image.

Plus l’écran occupe le champ de vision, plus la frontière entre « regarder un parcours » et « se sentir dans le parcours » devient mince.

Le cardio rejoint le divertissement

Cette évolution rapproche le fitness de mécanismes déjà familiers dans le jeu vidéo et le cinéma : progression, univers visuel, scénario, récompenses, défis et sensation de présence.

Cela change la valeur du matériel. Deux vélos peuvent produire exactement le même effort mécanique, mais proposer des expériences radicalement différentes selon l’environnement visuel, le son, les interactions et le contenu disponible.

Le logiciel et la mise en scène deviennent alors presque aussi importants que la roue d’inertie.

Mais le salon immersif pose un problème très concret : la place

Le Virtual Ride de LG était spectaculaire précisément parce qu’il occupait beaucoup d’espace. Trois OLED incurvés de 55 pouces ne correspondent pas à l’équipement standard d’un appartement.

Le prix potentiel, l’encombrement, la consommation électrique, l’installation et la quantité de contenu nécessaire pour renouveler l’expérience sont autant d’obstacles à une généralisation domestique.

Les solutions les plus immersives restent donc plus naturelles aujourd’hui dans des studios spécialisés, où le même dispositif visuel peut être partagé par de nombreux utilisateurs.

Casque VR ou écran géant : deux chemins différents

La réalité virtuelle propose une autre voie : remplacer plusieurs mètres carrés d’écran par un casque porté sur la tête.

Le casque offre une immersion presque totale et peut suivre les mouvements, mais il ajoute du poids, de la chaleur, parfois du mal des transports et une contrainte physique pendant l’effort.

L’écran panoramique, lui, laisse le visage libre, facilite l’entraînement collectif et ne coupe pas totalement l’utilisateur de son environnement réel.

Il n’existe donc pas une seule forme de fitness immersif, mais plusieurs compromis entre immersion, confort, coût et liberté de mouvement.

Le vrai produit pourrait devenir le paysage

Si cette catégorie se développe, la valeur pourrait se déplacer du matériel vers le contenu.

Une même machine pourrait proposer une ascension alpine le matin, une ville futuriste le soir, une course contre des amis le week-end ou un parcours entièrement scénarisé.

Le vélo deviendrait alors une sorte de console sportive : le matériel sert de base, mais l’expérience est renouvelée par le logiciel, les parcours et les univers visuels.

C’est déjà la logique de nombreuses plateformes de fitness connecté. L’immersion panoramique ne ferait qu’en amplifier l’effet.

Le vélo d’appartement ne cherche plus seulement à compter les calories

Dans les documents officiels consultés, LG Display présente Virtual Ride comme un concept et une démonstration de ses OLED flexibles au CES 2022. Ces mêmes documents ne donnent ni prix grand public ni calendrier de commercialisation.

Mais son intuition est devenue beaucoup moins futuriste : pour rendre l’exercice répétitif plus engageant, le fitness emprunte désormais au cinéma, au jeu vidéo et à la réalité virtuelle.

Le mouvement reste réel. La route ne l’est pas.

Et c’est précisément cette séparation qui ouvre un nouveau marché : faire voyager l’utilisateur sans que son vélo ne bouge d’un centimètre.

Sources