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5 millions de barils par jour évités par les véhicules électriques en 2030… mais l’OPEP voit encore 124 millions consommés en 2050

L’électrification des transports réduit déjà la consommation de pétrole : l’Agence internationale de l’énergie estime que le parc mondial de véhicules électriques a évité environ 1,7 million de barils par jour en 2025 et pourrait en éviter autour de 5 millions par jour en 2030. Pourtant, l’OPEP projette encore une demande mondiale d’environ 124 millions de barils par jour en 2050. La clé de ce paradoxe tient à la différence entre carburants routiers, usages pétrochimiques, aviation, transport lourd et scénarios de politiques publiques.

Lieu : Monde

Illustration STORIMITIK opposant l’électrification automobile et les usages mondiaux persistants du pétrole.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V1 : l’IEA estime qu’environ 5 millions de barils de pétrole par jour pourraient être évités par les véhicules électriques en 2030 selon ses scénarios CPS et STEPS. L’OPEP projette pour sa part une demande mondiale d’environ 124 millions de barils par jour en 2050. Ces deux chiffres proviennent de cadres prospectifs différents et ne constituent pas des mesures du même phénomène.

L’électrification automobile produit déjà un effet mesurable sur le pétrole. En 2025, l’IEA estime que le parc mondial de véhicules électriques a évité environ 1,7 million de barils de pétrole par jour par rapport à un monde où les mêmes kilomètres auraient été parcourus avec des véhicules thermiques.

5 millions de barils par jour évités en 2030

À l’horizon 2030, l’IEA estime que ce déplacement pourrait atteindre environ 5 millions de barils par jour dans ses scénarios Current Policies Scenario et Stated Policies Scenario. L’ordre de grandeur triple donc en cinq ans à mesure que les ventes électriques s’accumulent dans le parc roulant.

Ce chiffre ne signifie pas que la demande mondiale totale de pétrole baissera automatiquement de 5 millions de barils par jour par rapport à son niveau actuel. Il mesure une consommation évitée par rapport à un scénario contrefactuel où les mêmes besoins de mobilité auraient été assurés par des véhicules à moteur thermique.

La route reste néanmoins centrale : l’IEA rappelle qu’elle représente aujourd’hui près de la moitié de la demande mondiale de pétrole. L’électrification des voitures, utilitaires, bus et poids lourds attaque donc directement l’un des plus gros débouchés du brut.

Le pétrole peut reculer dans les voitures tout en progressant ailleurs

C’est là que le paradoxe commence. Les carburants routiers ne sont qu’une partie des usages du pétrole. Le brut et les liquides associés alimentent aussi l’aviation, le transport maritime, certains usages industriels et surtout la pétrochimie.

Dans son rapport Oil 2025, l’IEA prévoit que la pétrochimie devienne à partir de 2026 la principale source de croissance de la demande mondiale de pétrole. La production de polymères et de fibres synthétiques pourrait nécessiter 18,4 millions de barils par jour en 2030, soit plus d’un baril sur six.

Infographie STORIMITIK montrant le déplacement de la demande pétrolière de la route vers la pétrochimie, l’aviation et d’autres usages.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V2 : l’IEA prévoit que la pétrochimie devienne la principale source de croissance de la demande mondiale de pétrole à partir de 2026 ; polymères et fibres synthétiques pourraient absorber 18,4 Mb/j en 2030. Les blocs aviation, maritime et industrie illustrent d’autres usages plus difficiles à électrifier que la voiture particulière.

Cette croissance n’annule pas l’effet des véhicules électriques ; elle le compense partiellement. Une baisse de la demande d’essence ou de diesel peut coexister avec une hausse du naphta, du kérosène ou d’autres produits pétroliers utilisés dans des secteurs différents.

La géographie de la demande change elle aussi

L’IEA prévoit une contraction de la consommation pétrolière dans les économies avancées d’ici 2030, tandis que les économies émergentes et en développement continuent de tirer la croissance. Dans Oil 2025, l’augmentation prévue entre 2024 et 2030 atteint 4,2 Mb/j dans ces économies, contre une baisse de 1,7 Mb/j dans les pays de l’OCDE.

Autrement dit, le même phénomène peut apparaître comme un déclin structurel en Europe ou au Japon et comme une croissance encore forte en Inde ou dans une partie de l’Asie du Sud-Est. Le nombre de véhicules, le niveau de revenu, l’urbanisation, l’accès à l’énergie et la structure industrielle ne progressent pas au même rythme partout.

C’est aussi pour cette raison qu’un succès spectaculaire du véhicule électrique dans certains marchés ne permet pas, à lui seul, de déduire la trajectoire mondiale du pétrole.

IEA : un pic autour de 2030 dans le scénario STEPS

Dans le Stated Policies Scenario du World Energy Outlook 2025, qui tient compte des politiques adoptées ainsi que de mesures officiellement annoncées jugées suffisamment concrètes, la demande mondiale de pétrole se stabilise autour de 102 Mb/j vers 2030 puis commence à décliner progressivement.

Ce scénario suppose notamment que les véhicules électriques continuent de gagner du terrain : leur part dans les ventes mondiales de voitures neuves dépasse 50 % en 2035. L’IEA estime alors que plus de 840 millions de véhicules électriques déplaceraient environ 10 Mb/j de pétrole en 2035.

Mais l’IEA publie aussi un Current Policies Scenario plus conservateur, limité aux politiques effectivement en vigueur. Dans ce cadre, l’adoption électrique ralentit davantage et la demande pétrolière continue de croître jusqu’à 113 Mb/j en 2050, soutenue notamment par la pétrochimie, l’aviation et le transport routier lourd.

OPEP : 124 millions de barils par jour en 2050

L’OPEP retient une trajectoire encore différente. Son World Oil Outlook 2026 projette une demande mondiale de pétrole d’un peu plus de 124 Mb/j en 2050 et ne voit pas de pic de la demande sur son horizon de projection.

L’organisation explique cette croissance par une demande énergétique mondiale en hausse de 23 % d’ici 2050, presque entièrement portée selon elle par les pays en développement. Elle considère également que le pétrole conserverait autour de 30 % du mix énergétique mondial à cette échéance.

Ces projections ne permettent pas de conclure que l’une des organisations « mesure mieux » le futur. L’IEA et l’OPEP utilisent des hypothèses différentes sur les politiques publiques, les technologies, les comportements, la croissance économique, les prix et la vitesse d’électrification.

Illustration STORIMITIK comparant le scénario STEPS de l’IEA (~102 Mb/j autour de 2030 puis déclin) et les perspectives OPEP 2026 (113,3 Mb/j en 2030, 124,1 Mb/j en 2050).
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V3 corrigée : dans le STEPS de l’IEA, la demande mondiale de pétrole se situe autour de 102 Mb/j vers 2030 puis décline progressivement ; l’OPEP projette 113,3 Mb/j en 2030 et 124,1 Mb/j en 2050. Ces trajectoires reposent sur des hypothèses différentes et ne doivent pas être lues comme deux mesures concurrentes du même futur.

La vraie question n’est plus « pétrole ou électrique ? »

Le véhicule électrique change déjà la demande pétrolière, mais il agit surtout sur une partie précise du système : les carburants routiers. La suite dépend de la vitesse à laquelle d’autres usages pourront eux aussi substituer le pétrole, gagner en efficacité ou changer de matière première.

La pétrochimie est particulièrement importante parce qu’elle transforme le pétrole en matière plutôt qu’en carburant. Une bouteille plastique, une fibre synthétique ou un produit chimique ne disparaît pas simplement parce qu’une voiture devient électrique.

L’aviation et certains transports lourds posent un autre problème : leur densité énergétique et leurs contraintes opérationnelles rendent l’électrification directe plus difficile à grande échelle. Les gains peuvent donc venir d’autres technologies, de carburants alternatifs ou d’une amélioration de l’efficacité.

Le scénario du pétrole au milieu du siècle dépendra finalement moins d’un seul produit — la voiture électrique — que de la combinaison entre électrification, efficacité énergétique, croissance des pays émergents, demande de matériaux, politiques climatiques et innovation dans les secteurs difficiles à décarboner.

C’est pourquoi deux chiffres apparemment incompatibles peuvent être vrais dans leur propre cadre : environ 5 Mb/j de pétrole évités par les véhicules électriques en 2030, et une projection OPEP de 124 Mb/j de demande totale en 2050. Ils racontent deux niveaux différents du même système énergétique.

Sources