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Red Bull vend 14 milliards de canettes… mais a construit une machine média de 1 250 événements par an
Red Bull reste une entreprise de boissons. Mais autour de sa canette, la marque a construit une infrastructure mondiale de contenus : événements, athlètes, films, plateformes et distribution. Une stratégie où le marketing ne consiste plus seulement à acheter de l’attention, mais à la produire.
Par Florent Despréaux

Une entreprise de boissons… entourée d’une infrastructure média mondiale
Ouvrez le site de Red Bull : on y trouve du VTT, du gaming, du surf, de la danse, du sport automobile, des événements, des athlètes et des vidéos. La boisson est toujours là, mais elle n’est pas le seul point d’entrée. Cette architecture éditoriale reflète une stratégie construite depuis des années : Red Bull ne se contente pas d’acheter de la visibilité, la marque produit elle-même une partie de l’univers culturel dans lequel son produit existe.
La nuance est essentielle. Red Bull reste d’abord une entreprise de boissons. En 2025, le groupe a vendu 13,969 milliards de canettes dans le monde, soit 10,2 % de plus qu’en 2024, et son chiffre d’affaires a progressé de 11,227 à 12,196 milliards d’euros. Fin 2025, la marque était vendue dans 178 pays.

En 2007, Red Bull crée sa propre maison média
Red Bull Media House est fondée en 2007 pour produire et distribuer des contenus. L’entreprise se présente aujourd’hui comme une société média mondiale multiplateforme, centrée sur le sport, la culture et le lifestyle, avec des activités en télévision, mobile, numérique, audio, print, événements et cinéma.
L’échelle est considérable : Red Bull Media House revendique plus de 1 250 événements par an, plus de 100 disciplines, plus de 700 athlètes et une diffusion dans plus de 160 pays. Son portefeuille comprend également plus de 20 plateformes média propriétaires. À cela s’ajoute un réseau de plus de 1 000 partenaires de distribution dans la télévision, la VOD, l’OTT, les plateformes FAST, le numérique et le cinéma.

Le produit peut disparaître derrière l’histoire
Prenez Red Bull Rampage. L’événement réunit les meilleurs spécialistes mondiaux du freeride VTT sur les falaises de l’Utah. En 2026, Red Bull annonce une édition marquant 25 ans de freeride sur ce terrain. Ici, le contenu n’est pas un simple décor autour d’une canette : l’événement lui-même devient un actif éditorial capable de générer des images, des récits et une audience.
Même logique avec le Red Bull Cliff Diving World Series, lancé en 2009. La série met en scène des plongeons de plus de 20 mètres, jusqu’à 27 mètres selon les formats. Le spectateur vient d’abord pour la performance. La marque, elle, est intégrée au nom, à l’événement et à son écosystème de diffusion.
Red Bull ne loue plus seulement l’audience des autres
Dans le modèle publicitaire classique, une marque produit un message puis paie un média pour accéder à une audience. Red Bull a construit une partie de cette chaîne elle-même. Red Bull Media House exploite notamment The Red Bulletin, ServusTV, ServusTV On, Speedweek et Red Bull Studios, et propose Red Bull Content Pool comme plateforme B2B destinée aux médias.
La société explique produire et licencier des événements en direct, des programmes courts et longs ainsi que des films. Elle peut donc, selon les projets, participer à plusieurs étapes de la chaîne : conception d’événements, production de contenus, distribution, partenariats médias et exploitation de ses propres canaux.
Cela ne signifie pas pour autant que Red Bull possède systématiquement tous les droits de tous les sports ou événements auxquels elle est associée. Les montages varient selon les compétitions, les partenaires et les territoires. Le point stratégique est ailleurs : la marque dispose d’une capacité média interne suffisamment large pour ne pas dépendre uniquement de campagnes publicitaires achetées.
Le site Red Bull ressemble volontairement à un média
Cette logique explique pourquoi l’expérience éditoriale de Red Bull ressemble davantage à celle d’un média qu’à celle d’une marque alimentaire classique. Sports, athlètes, gaming, danse, événements et contenus vidéo occupent une place centrale. Le produit n’a pas disparu ; il est entouré d’un univers narratif permanent.
Le mécanisme est puissant parce que le contenu peut être intéressant indépendamment de l’intention commerciale. On regarde un rider descendre une montagne, un plongeur s’élancer d’une plateforme ou un pilote réaliser une performance parce que l’image vaut le détour. La marque bénéficie ensuite de l’association créée avec l’énergie, la performance, la créativité et le dépassement de soi.
Une machine qui fabrique de l’attention avant de vendre un produit
Un spot publicitaire cesse généralement de produire de la portée lorsque l’achat média s’arrête. Un événement récurrent, un athlète, un film, une série ou une plateforme éditoriale peuvent continuer à produire de l’attention beaucoup plus longtemps. C’est ce qui rend le modèle Red Bull particulièrement intéressant : une partie du marketing devient une infrastructure éditoriale durable.
Il faut toutefois éviter de transformer cette stratégie en équation magique. Les données publiques ne permettent pas d’attribuer directement un nombre précis de canettes vendues à un documentaire, un événement ou une vidéo. De même, le chiffre souvent repris selon lequel Red Bull consacrerait 25 à 30 % de son chiffre d’affaires au marketing n’est pas suffisamment documenté par des sources officielles récentes pour être retenu ici.

Les deux extrémités de la machine sont, elles, mesurables
D’un côté, Red Bull Media House annonce plus de 1 250 événements par an, plus de 700 athlètes, plus de 20 plateformes média propriétaires et une présence dans plus de 160 pays. De l’autre, l’activité boissons a atteint 13,969 milliards de canettes vendues et 12,196 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025.
Ces chiffres ne prouvent pas une causalité directe entre média et ventes. Ils montrent en revanche l’ampleur des deux systèmes construits en parallèle : un produit mondial et une infrastructure de contenus mondiale.
Red Bull n’est pas devenu un média à la place d’être une boisson
Dire que « Red Bull est un média qui vend des canettes » est séduisant, mais trop simple. Red Bull reste une entreprise de boissons qui a compris qu’une marque pouvait produire une partie de l’univers culturel dans lequel son produit devait exister.
Elle ne sponsorise donc plus seulement l’attention. Elle contribue à la fabriquer. Et lorsqu’un rider s’élance d’une falaise, qu’un plongeur tombe de 27 mètres ou qu’une vidéo spectaculaire apparaît sur un écran, la canette peut être absente du cadre. La marque, elle, est déjà présente dans l’expérience.
Sources
- Red Bull Company — Company Facts 2025Red Bull · Red Bull
- About usRed Bull Media House · Red Bull Media House
- Red Bull Media House — Brands, channels and partnershipsRed Bull Media House · Red Bull Media House
- Red Bull Rampage 2026Red Bull · Red Bull
- Red Bull Cliff Diving World SeriesRed Bull · Red Bull
- Red Bull FranceRed Bull · Red Bull
- Red Bull Content Pool — Editorial ServicesRed Bull Media House · Red Bull Media House