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300 m de long à 250 m de haut : Chongqing a construit un « gratte-ciel horizontal » au-dessus de six tours

À Chongqing, huit tours s’élèvent à la rencontre du Yangtsé et du Jialing. Mais la partie la plus spectaculaire du complexe n’est pas verticale : The Crystal, une structure fermée de 300 mètres de long, est installée à environ 250 mètres au-dessus du sol.

Par Florent Despréaux

Lieu : Chongqing, Chine

Vue nocturne de Raffles City Chongqing avec plusieurs tours et The Crystal, structure horizontale reliant les gratte-ciel.
Raffles City Chongqing et The Crystal, structure horizontale suspendue au-dessus des tours du complexe. Photo : Florent Despréaux / STORIMITIK.

À Chongqing, huit tours s’élèvent à la rencontre du Yangtsé et du Jialing. Mais la partie la plus spectaculaire du complexe n’est pas verticale : The Crystal, une structure fermée de 300 mètres de long, est installée à environ 250 mètres au-dessus du sol, posée sur quatre gratte-ciel et reliée à deux autres. Derrière l’image presque irréelle se cache un projet de 24 milliards de yuans mêlant logements, bureaux, hôtel, centre commercial et attraction touristique.

Une photo qui paraît presque impossible

De nuit, le complexe semble déjà hors norme.

Sur la photo prise à Chongqing, plusieurs tours s’élèvent au-dessus du fleuve. Entre elles, une structure suspendue relie les bâtiments dans le ciel.

Ce n’est pas une passerelle technique. C’est pratiquement un immeuble couché à l’horizontale.

Son nom : The Crystal.

300 mètres de long

The Crystal mesure 300 mètres de long, 32,5 mètres de large et 26,5 mètres de haut.

Sa surface totale atteint environ 10 000 m².

Autrement dit, ce n’est pas réellement une passerelle au sens habituel. CapitaLand, le promoteur du projet, la décrit d’ailleurs comme un « horizontal skyscraper » — un gratte-ciel horizontal.

Vue de jour de Raffles City Chongqing montrant The Crystal, la grande structure horizontale reliant plusieurs tours.
Raffles City Chongqing vu de jour, avec The Crystal suspendu entre les tours. Photo : Di Weng / Unsplash — licence Unsplash.

À 250 mètres au-dessus du sol

La structure est nichée au-dessus de quatre tours de 250 mètres, puis rejoint deux tours voisines par des sections en porte-à-faux.

Elle connecte donc au total six des huit gratte-ciel de Raffles City Chongqing.

CapitaLand la présente comme le plus haut skybridge au monde reliant le plus grand nombre de tours. Cette formulation correspond au record revendiqué par le promoteur lors de l’ouverture.

Et ce n’est même pas le sommet du complexe

Raffles City Chongqing comprend huit tours.

Deux atteignent environ 350 mètres et les six autres environ 250 mètres.

L’ensemble a été conçu par l’architecte Moshe Safdie. L’inspiration revendiquée à Chongqing est directement liée à l’histoire du site : les tours doivent évoquer de grandes voiles sur le fleuve, en référence au passé de la ville comme centre de commerce fluvial.

Le spectaculaire architectural n’est donc pas complètement gratuit. Le projet cherche aussi à fabriquer un symbole immédiatement reconnaissable de la ville.

24 milliards de yuans investis

L’échelle économique est elle aussi impressionnante.

CapitaLand indique un investissement total de 24 milliards de yuans et une surface construite d’environ 1,12 million de m².

Le complexe réunit notamment 235 000 m² de centre commercial, 150 000 m² de bureaux de catégorie A, environ 1 400 appartements, une résidence avec services, l’InterContinental Chongqing Raffles City, des restaurants, des bars et l’espace touristique de The Crystal.

Ce n’est donc pas un monument isolé. C’est une petite ville verticale intégrée.

Le défi : construire une énorme structure dans le ciel

The Crystal pèse lourd.

Sa structure continue en acier atteint environ 12 000 tonnes.

Pour l’installer, les ingénieurs l’ont divisée en plusieurs sections.

Trois éléments centraux, pesant chacun jusqu’à 1 100 tonnes, ont d’abord été assemblés au sol avant d’être hissés hydrauliquement jusqu’à environ 250 mètres d’altitude.

CapitaLand indique que cette opération constituait alors une première mondiale pour des éléments de cette masse élevés de cette manière jusqu’à cette hauteur.

L’image finale donne donc une impression de simplicité trompeuse. Ce rectangle posé entre les tours est l’aboutissement d’une opération d’ingénierie extrêmement lourde.

Un gratte-ciel horizontal… avec des arbres

Une fois arrivé dans The Crystal, on ne trouve pas seulement une structure métallique reliant des immeubles.

Le projet intègre notamment des restaurants, des bars, des espaces privés et un jardin intérieur.

Près de 120 arbres y ont été installés ; CapitaLand indiquait qu’ils pourraient atteindre environ neuf mètres à maturité.

Il existe également deux piscines à l’intérieur de l’ensemble.

La logique devient presque paradoxale : on construit un espace végétalisé à 250 mètres du sol dans une mégapole qui manque précisément de terrain plat.

De l’architecture à l’attraction touristique

C’est ici que Raffles City rejoint directement la logique observée ailleurs à Chongqing.

Une prouesse immobilière devient ensuite un produit touristique.

The Crystal abrite l’Exploration Deck, ouvert au public en 2020.

Depuis une plateforme vitrée située à environ 250 mètres, les visiteurs disposent d’un panorama à 270 degrés sur Chongqing et sur la rencontre du Yangtsé et du Jialing.

Le dispositif ne s’arrête plus aujourd’hui à la simple vue panoramique. CapitaLand commercialise également des expériences comme le Skywalk et le Sky Swing.

L’immobilier devient ainsi attraction.

Vue nocturne HD de Raffles City Chongqing, avec les tours éclairées et The Crystal visible dans la skyline.
Raffles City Chongqing de nuit. Photo : Di Weng / Unsplash — licence Unsplash.

Une construction pensée pour cinq usages… puis devenue une destination

Raffles City réunit logement, travail, hébergement, commerce et loisirs.

Mais son architecture crée un sixième usage : venir simplement pour voir le bâtiment.

C’est une transformation importante.

Le rendement d’une architecture spectaculaire ne se mesure alors plus uniquement en mètres carrés vendus ou loués.

Elle génère aussi visibilité internationale, contenu social, fréquentation touristique, restauration, shopping, hébergement et image de ville.

La tour devient média.

Pourquoi construire horizontalement quand tout pousse vers le haut ?

C’est finalement la question la plus intéressante.

Le gratte-ciel traditionnel cherche à conquérir de l’espace vertical.

Raffles City ajoute une autre possibilité : utiliser aussi l’espace entre les gratte-ciel.

Au lieu de considérer chaque tour comme un bâtiment indépendant, The Crystal transforme plusieurs tours en une seule infrastructure connectée.

Le ciel devient presque une nouvelle parcelle immobilière.

Cela ne signifie évidemment pas que toutes les villes vont désormais construire des bâtiments horizontaux entre leurs gratte-ciel. Le coût et la complexité sont considérables.

Mais le principe est révélateur : quand le foncier urbain devient rare et que la ville se verticalise, l’espace utilisable n’est peut-être plus seulement au-dessus du sol. Il peut aussi être entre les bâtiments.

Chongqing transforme encore une contrainte en spectacle

C’est précisément ce qui relie ce projet à l’identité contemporaine de Chongqing.

Dans cette ville, les infrastructures les plus photographiées sont souvent celles qui répondent à une contrainte très concrète : un monorail entre dans un immeuble ; une rue se retrouve vingt étages au-dessus d’une autre ; des routes se croisent sur plusieurs niveaux ; et maintenant un bâtiment de 300 mètres est suspendu entre des tours.

Le résultat paraît futuriste. Mais derrière l’image se trouve toujours une question très ancienne : comment gagner de l’espace dans une ville difficile à construire ?

À Chongqing, le gratte-ciel ne se contente plus de monter. Il commence aussi à traverser le ciel.

Sources