Storie ExpressNouveaux usages
Le nouveau luxe numérique : réussir à se déconnecter
Pendant longtemps, être connecté était un privilège. Aujourd’hui, nous avons obtenu exactement cela : être connectés partout, tout le temps. Et la valeur commence peut-être à s’inverser.
Par Florent Despréaux
Date d’observation :
Lieu : France

Pendant longtemps, être connecté était un privilège.
Avoir Internet partout, pouvoir travailler à distance, joindre quelqu’un immédiatement ou accéder à une information en quelques secondes représentait un progrès évident.
Aujourd’hui, nous avons obtenu exactement cela : être connectés partout, tout le temps.
Et la valeur commence peut-être à s’inverser.
Quand la connexion devient abondante
Le smartphone nous accompagne au travail, dans les transports, au restaurant, pendant les vacances et jusque dans nos moments de repos.
Notifications, messageries, réseaux sociaux et contenus peuvent solliciter notre attention en permanence.
La connexion n’est presque plus une décision. Elle est devenue l’état par défaut.
Ce qui devient rare, au contraire, c’est :
du silence, du temps sans interruption et quelques heures pendant lesquelles personne n’attend de réponse.
La connexion est devenue abondante. La déconnexion devient rare.

Être injoignable devient un privilège
Il suffirait théoriquement d’éteindre son téléphone.
Mais le même appareil sert aujourd’hui à travailler, payer, voyager, photographier, communiquer, se repérer et se divertir.
Se rendre réellement indisponible demande donc un effort — et parfois une organisation.
C’est là que le phénomène devient intéressant : la déconnexion commence elle-même à devenir une expérience recherchée.
Séjours hors réseau, retraites de déconnexion, hôtels valorisant l’absence de Wi-Fi, soirées où les téléphones restent à l’entrée : plusieurs offres commercialisent désormais la possibilité de réduire volontairement les sollicitations.
Nous commençons donc à payer pour retrouver quelque chose qui était autrefois gratuit :
être momentanément indisponibles.

Le produit vendu est parfois… une contrainte
Les événements sans téléphone résument parfaitement ce renversement.
Les participants déposent leur appareil, puis parlent, lisent, jouent ou rencontrent d’autres personnes.
La promesse n’est pas une nouvelle technologie.
C’est son absence temporaire.
La contrainte devient le service.
Dans une économie numérique construite sur toujours plus de contenus, d’alertes et de possibilités, le luxe peut ainsi consister à avoir moins de décisions à prendre.
L’attention devient la vraie ressource rare
Le téléphone n’est pas l’ennemi.
La transformation porte plutôt sur la maîtrise de son rythme.
Pouvoir choisir quand être connecté, à quoi, avec qui — et quand ne plus l’être.
Tout le monde ne dispose d’ailleurs pas de la même liberté pour disparaître quelques heures. Se rendre indisponible dépend aussi du travail, de la situation familiale, de l’autonomie et parfois du revenu.
Le « luxe numérique » pourrait donc devenir très concret :
avoir les moyens d’organiser son absence.
Pendant des années, nous avons payé pour être toujours connectés.
Nous commençons maintenant à payer pour pouvoir nous déconnecter.
Et dans un monde où tout peut nous atteindre, le vrai luxe pourrait devenir simplement :
choisir ce qui n’y parvient pas.
Sources
- European Travel Trend Report 2026DERTOUR Group · DERTOUR Group / Appinio · 4 mars 2026
- No Phone, No Social Safety Net: Welcome to the ‘Offline Club’WIRED · Joel Khalili · 28 janvier 2026
- Déconnexion forcée : cinq hôtels digital detox pour couper avec les écransGault&Millau · Pierre Gautrand · 9 juin 2026
- The great British switch-off: how floating retreats, mobile-free pubs and sauna book groups are liberating people from their phonesThe Guardian · Isabelle Aron · 1 août 2026