Storie DécryptageNouveaux usages
Les jeunes n’ont pas abandonné la télé : ils y regardent YouTube
Le téléviseur reste au centre du salon, mais il n’appartient plus seulement aux chaînes. En 2026, deux utilisateurs de YouTube sur trois regardent aussi la plateforme sur un poste de télévision, et 84 % des 15-24 ans utilisateurs de YouTube regardent des vidéos de plus d’une heure.
Par Florent Despréaux
Date d’observation :
Lieu : France

La télévision n’a pas disparu du salon. Mais chez les jeunes, elle n’est plus forcément synonyme de chaînes de télévision.
L’étude Tendances audio-vidéo 2026 de l’Arcom décrit un basculement beaucoup plus subtil que « la télé meurt » : le téléviseur reste un écran central du foyer, pendant que les contenus qu’on y lance se diversifient rapidement.
YouTube illustre parfaitement cette mutation. La plateforme est désormais utilisée chaque semaine par 48 % des Français de 15 ans et plus, mais cette proportion atteint 69 % chez les 15-24 ans et 64 % chez les 25-34 ans.
Le téléviseur reste là — mais il ouvre désormais sur YouTube
Sur l’ensemble de la population, le poste de télévision reste l’équipement le plus utilisé pour regarder de la vidéo : 89 % des Français de 15 ans et plus déclarent l’utiliser, devant le smartphone à 75 % et l’ordinateur à 68 %.
Chez les plus jeunes, l’ordre change : le smartphone devient prioritaire. Mais le téléviseur ne disparaît pas pour autant. Il devient simplement un écran connecté parmi d’autres.
C’est particulièrement visible avec YouTube. Parmi les utilisateurs de la plateforme, 89 % la regardent sur smartphone, 78 % sur ordinateur et 67 % sur un poste de télévision. La tablette arrive derrière à 46 %.
Autrement dit, deux utilisateurs de YouTube sur trois regardent aussi la plateforme sur un téléviseur. L’écran du salon n’est donc pas rejeté : il est réinvesti par de nouveaux services.

Le vrai basculement se joue dans le réflexe
L’étude qualitative de l’Arcom montre que, pour une partie des jeunes, lancer YouTube sur le téléviseur devient un geste banal : le grand écran sert désormais aussi à regarder des créateurs, des documentaires, des podcasts filmés, des émissions ou des contenus musicaux.
Le téléviseur n’est donc plus seulement l’endroit où l’on « regarde la télé ». Il devient une interface vers plusieurs univers : chaînes linéaires, plateformes de streaming, replay, YouTube et autres applications.
Cette évolution est accélérée par les Smart TV, les box opérateurs, les consoles et les boutons d’accès direct intégrés aux télécommandes.
L’Arcom souligne d’ailleurs que plus de huit Français sur dix connectent leur téléviseur à Internet. Le matériel reste familier ; c’est l’offre accessible depuis cet écran qui change.
Chez les moins de 35 ans, les plateformes prennent l’avantage sur certains usages
La télévision linéaire gratuite reste le service vidéo le plus largement utilisé dans l’ensemble de la population. Mais la fréquence d’usage raconte une autre histoire chez les plus jeunes.
Dans l’étude Arcom, les 15-24 ans utilisent au moins trois fois par semaine les réseaux sociaux vidéo à 78 %, contre 50 % pour les chaînes de télévision gratuites en direct. Chez les 25-34 ans, les proportions sont de 71 % pour les réseaux sociaux et 60 % pour la télévision gratuite.
La vidéo à la demande par abonnement est elle aussi très présente chez ces générations : 60 % des 15-24 ans et 64 % des 25-34 ans la consomment au moins trois fois par semaine.
Cela ne signifie pas que tous les jeunes ont abandonné les chaînes. Cela signifie que la télévision linéaire n’occupe plus seule la position centrale qu’elle avait dans le foyer.
La surprise : les jeunes ne regardent pas seulement des formats courts
L’image d’une génération condamnée aux clips de quelques secondes résiste mal aux chiffres.
Parmi les utilisateurs de YouTube, 77 % regardent des vidéos de plus de 30 minutes. Et chez les 15-24 ans, 84 % déclarent regarder aussi des vidéos de plus d’une heure.
Chez les 25-34 ans, cette proportion reste presque aussi élevée : 82 %. Elle descend ensuite progressivement avec l’âge, mais reste encore à 65 % chez les 35-49 ans.
Le format long n’est donc pas l’opposé de YouTube. Il en est désormais une composante majeure.
L’Arcom observe même que l’usage du téléviseur favorise cette consommation longue : 85 % des utilisateurs de YouTube sur TV regardent des vidéos de plus de 30 minutes.
YouTube adopte certains codes de la télévision
Cette évolution n’est pas seulement une affaire de durée.
Les contenus les plus ambitieux de YouTube reprennent de plus en plus les codes de la télévision : décors, réalisation multicaméra, narration documentaire, effets visuels, génériques, invités, épisodes récurrents et rendez-vous de publication.
L’étude Arcom relève que 93 % des utilisateurs qui regardent YouTube sur leur téléviseur jugent les contenus de la plateforme au moins aussi intéressants que ceux des chaînes TV linéaires.
Le résultat est paradoxal : YouTube a grandi comme plateforme informatique et sociale, mais une partie de ses contenus finit aujourd’hui par être consommée exactement dans les conditions historiques de la télévision — dans le salon, sur un grand écran, parfois à plusieurs.
La télévision devient une interface plutôt qu’un programme
Pendant des décennies, le poste de télévision et les chaînes étaient presque indissociables. Allumer l’un revenait à entrer dans l’univers des autres.
La Smart TV a séparé ces deux notions. Le téléviseur reste un objet physique central, mais l’utilisateur choisit ensuite une application, un service ou un créateur.
C’est probablement là que se situe le changement le plus profond : la télévision cesse progressivement d’être une programmation imposée par quelques chaînes pour devenir un écran d’accès à une multitude de catalogues et de recommandations.
Le même canapé peut donc accueillir deux pratiques complètement différentes : un journal télévisé linéaire à 20 heures ou une vidéo YouTube de 90 minutes lancée à la demande.
Les chaînes traditionnelles s’adaptent elles aussi
La frontière n’est d’ailleurs plus étanche. Les médias traditionnels publient leurs propres émissions, extraits et formats originaux sur YouTube, tandis que des créateurs venus du web produisent des contenus comparables à des documentaires ou à des émissions de plateau.
L’Arcom note que les émissions de télévision figurent parmi les types de contenus regardés sur YouTube. La plateforme n’est donc pas seulement un concurrent des chaînes : elle devient également un autre lieu de distribution pour leurs programmes.
Le système se mélange : les chaînes vont sur YouTube, YouTube arrive sur le téléviseur, les créateurs investissent le format long et le public passe de l’un à l’autre sans forcément penser en catégories historiques.
Ce qui disparaît n’est peut-être pas la télé, mais une définition de la télé
Dire que « les jeunes ne regardent plus la télévision » masque donc une réalité plus intéressante.
Ils utilisent encore le téléviseur. Ils regardent encore des contenus longs. Ils peuvent encore partager un programme dans le salon. Mais ils choisissent davantage eux-mêmes le moment, la durée, le créateur et le service.
Le poste de télévision survit très bien à cette révolution. Ce qui s’effrite, c’est l’idée qu’un grand écran dans le salon appartient nécessairement aux chaînes linéaires.
En 2026, le même objet peut afficher le JT des parents, Netflix quelques minutes plus tard, puis un documentaire YouTube d’une heure et demie.
La télévision n’a donc pas forcément perdu son écran. Elle est en train d’en perdre l’exclusivité.
Sources
- Tendances audio-vidéo 2026Arcom · Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique · 31 mars 2026
- Tendances audio-vidéo 2026 — SynthèseArcom / CSA · CSA pour l’Arcom · 31 mars 2026
- Tendances audio-vidéo — Baromètre, données ouvertes 2026Arcom / data.gouv.fr · Arcom · 3 avril 2026