Storie DécryptageRunning / Marathon
De l’équitation au running, Hästko veut en finir avec les coutures qui irritent les sportives
Une couture qui frotte, une brassière qui comprime, un maintien qui devient inconfortable après plusieurs kilomètres : ces détails peuvent transformer une sortie sportive en épreuve. À Chamonix, deux entrepreneuses françaises ont décidé de faire du sous-vêtement un véritable équipement technique. Leur marque, Hästko, vient de lever 3 millions d’euros pour poursuivre son développement.
Par Florent Despréaux
Date d’observation :
Lieu : Chamonix-Mont-Blanc, France

Tout a commencé dans une écurie
Avant de s'intéresser aux marathoniennes et aux traileuses, Aurélie Moinier et Joséphine Bigo partageaient une passion : l'équitation.
C'est dans cet univers, où les mouvements répétés et les frottements peuvent provoquer des irritations, qu'elles identifient un problème. Les vêtements de sport bénéficient de nombreuses innovations, mais les sous-vêtements qu'elles portent ne répondent pas toujours à leurs attentes de maintien et de confort.
Elles commencent leurs premiers prototypes en 2017. La première collection de Hästko est commercialisée en 2019.
Le nom lui-même conserve cette origine : Häst signifie « cheval » en suédois, et les fondatrices expliquent s'être inspirées de l'expression Häst Kompaniet.
Leur idée n'est pas de créer une marque de lingerie supplémentaire. Elles veulent concevoir une première couche capable d'accompagner les mouvements sportifs, avec le même niveau d'exigence que le reste de l'équipement.
La technologie se cache là où la peau touche le tissu
Le principe de Hästko repose sur une approche simple à comprendre : réduire les coutures et les reliefs susceptibles de créer des points de pression.
Mais fabriquer un sous-vêtement de sport sans coutures classiques au contact de la peau nécessite de repenser son assemblage.
La marque utilise notamment la thermosoudure, les soudures par ultrasons, les laminations multicouches, les finitions découpées au laser et, selon les références, des techniques d'impression textile 2D ou 3D.
Ces procédés permettent de construire certaines zones de maintien sans recourir systématiquement à des assemblages cousus traditionnels.

La promesse est particulièrement intéressante pour les disciplines d'endurance. Lorsqu'un vêtement répète le même mouvement contre la peau pendant plusieurs heures, un détail de conception peut devenir une gêne persistante.
Reste une distinction essentielle : l'existence de ces technologies est documentée, mais leur capacité à supprimer les irritations chez toutes les sportives n'est pas démontrée par un comparatif indépendant identifié.
Une brassière qui doit s'adapter à la sportive, pas l'inverse
L'approche de Hästko ne se limite pas à supprimer des coutures.
La marque développe plusieurs modèles correspondant à différents niveaux d'impact, de maintien et de morphologie. Une coureuse possédant un buste fin et une poitrine généreuse n'a pas nécessairement les mêmes besoins qu'une sportive à la silhouette différente.
La brassière N°42 illustre cette logique. Destinée notamment au running et au trail, elle utilise des assemblages soudés, un moulage textile et de l'impression 3D. Commercialisée à 89 € au moment de notre consultation, elle se positionne clairement sur un segment premium.
Le niveau de maintien reste toutefois dépendant de la morphologie et de l'ajustement. La marque reconnaît elle-même qu'une référence adaptée à une sportive ne conviendra pas forcément à une autre.
Ce positionnement transforme une question souvent considérée comme secondaire en véritable critère d'équipement : choisir la première couche aussi attentivement que ses chaussures ou son sac de trail.
Le confort à l'épreuve des kilomètres
Courir un semi-marathon, préparer un marathon ou traverser la montagne pendant des heures exige des équipements capables de rester confortables malgré la répétition des mouvements.
C'est précisément le terrain sur lequel Hästko souhaite développer sa légitimité.
La marque affirme tester ses produits en laboratoire et auprès de sportives de profils variés. Selon L'Équipe, ses développements associent notamment des athlètes d'ultra-trail comme Stéphanie Howe et Fernanda Maciel, mais également des consommatrices aux morphologies différentes.

L'enjeu dépasse finalement le seul confort immédiat. Une première couche mal ajustée peut détourner l'attention de la sportive, alors qu'un équipement adapté doit idéalement se faire oublier.
Cela ne signifie pas que les produits Hästko garantissent l'absence de frottements, mais explique la logique de leur développement.
Trois millions d'euros pour changer d'échelle
L'histoire de Hästko prend une nouvelle dimension en 2026.
Après une levée de 400 000 € annoncée en 2022, puis d'autres financements, la société réalise une nouvelle levée de 3 millions d'euros à l'été 2026.
Cette opération accompagne son ambition de se développer au-delà du marché français, notamment vers les États-Unis.
Dans un article publié le 18 septembre 2026, L'Équipe rapporte que la marque revendique désormais 40 000 clientes. Ce chiffre émane de l'entreprise et ne constitue pas un décompte audité indépendamment.
Hästko étend également sa distribution à plusieurs marchés européens et envisage de développer son offre au-delà des seules brassières et culottes techniques.
La marque cherche ainsi à passer du statut de spécialiste de niche à celui d'acteur plus large de l'équipement sportif féminin.
Conçue à Chamonix, fabriquée en Chine
L'ancrage français de Hästko est réel, mais il ne doit pas être confondu avec une fabrication française.
La conception, la recherche et le développement sont réalisés à Chamonix-Mont-Blanc, tandis que la production est effectuée en Chine.
L'entreprise justifie cette organisation par la spécialisation technique de ses partenaires industriels. Elle met également en avant des matières recyclées, des certifications textiles et des engagements environnementaux.
Ces déclarations doivent être examinées à l'échelle des références et des fournisseurs : elles ne suffisent pas à établir que l'ensemble des produits possède un impact environnemental faible.
Cette question industrielle accompagne l'ambition de croissance de l'entreprise : développer une marque technique française tout en dépendant de capacités de fabrication internationales.
Le véritable enjeu : faire évoluer l'équipement sportif féminin
Hästko raconte finalement une évolution plus large du marché.
Pendant longtemps, la performance sportive a surtout été associée aux chaussures, aux textiles extérieurs, aux accessoires ou aux technologies de mesure.
En concentrant son travail sur ce qui se trouve directement au contact de la peau, la marque défend une autre lecture de l'innovation.
Son principal défi sera de démontrer, dans la durée et à grande échelle, que sa spécialisation technique répond à des besoins suffisamment importants pour justifier son positionnement premium.
Car une innovation textile ne se mesure pas seulement aux procédés utilisés pour fabriquer un vêtement.
Elle se mesure aussi à ce que la sportive ressent — ou ne ressent plus — pendant son effort.
Sources
- FAQ officielle — fondatrices, procédés, fabricationHÄSTKO · HÄSTKO
- À propos de Hästko — histoire de la marqueHÄSTKO · HÄSTKO
- Brassière N°42 — descriptif officiel et recommandationsHÄSTKO · HÄSTKO
- La marque de lingerie féminine de sport Hästko lève 400.000 eurosBref Eco · Claude Thomas · 9 mai 2022
- Hästko lève 3 millions d'euros, Chamonix Développement savoureLe Dauphiné Libéré · Le Dauphiné Libéré · 8 juillet 2026
- Des marques de sport exclusivement féminines commencent à émerger pour répondre à la demande des consommatricesL'Équipe · Quentin Coldefy · 18 septembre 2026


