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50,8 % des étudiants du supérieur sont des femmes, 320 millions travaillent : pourquoi leur trajectoire change aussi le mariage et la démographie en Chine

En 2024, les femmes représentaient 50,8 % des étudiants du supérieur en Chine et 43,4 % des personnes en emploi. Dans le même temps, mariage, maternité et politique démographique changent de rythme. Le sujet n’est pas une causalité simple, mais l’élargissement des trajectoires de vie.

Par Florent Despréaux

Illustration éditoriale STORIMITIK représentant trois femmes adultes dans un environnement urbain contemporain inspiré de Shanghai.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V1. Mise en scène éditoriale inspirée de Shanghai. Les personnes, le lieu précis et les inscriptions sont fictifs ; l’image ne documente pas une scène réelle. Les chiffres intégrés au visuel renvoient aux statistiques nationales chinoises 2024 citées dans l’article.

La Chine compte 26,614 millions d’étudiantes dans l’enseignement supérieur. Elles représentent 50,8 % des inscrits. À la fin de 2024, 320 millions de femmes étaient en emploi, soit 43,4 % de l’ensemble des personnes en emploi.

Pris séparément, ces chiffres parlent d’éducation et de travail. Mis à côté du recul durable des naissances, de l’évolution du mariage et des nouvelles politiques familiales, ils racontent une transformation plus large des trajectoires de vie.

Il faut pourtant éviter un raccourci : les données disponibles ne prouvent pas que davantage d’études ou d’emploi féminin causent mécaniquement moins de mariages ou moins de naissances. Les coûts du logement et de l’éducation, l’emploi des jeunes, les normes sociales, l’urbanisation, les attentes familiales et les politiques publiques interviennent aussi.

Dans le supérieur, les femmes sont désormais légèrement majoritaires

Selon le Bureau national des statistiques chinois, 26,614 millions de femmes étaient inscrites dans l’enseignement supérieur en 2024, soit 50,8 % des étudiants.

Chez les étudiants de troisième cycle, la parité était exactement atteinte : 2,048 millions de femmes, soit 50,0 % des inscrits.

Ce basculement ne signifie pas que toutes les inégalités ont disparu. Il indique cependant que l’accès aux diplômes du supérieur n’est plus un espace où les femmes sont minoritaires à l’échelle nationale.

Illustration éditoriale STORIMITIK montrant trois femmes adultes dans un environnement urbain contemporain en Chine, autour d’un ordinateur et d’un espace de travail.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V2. Mise en scène éditoriale de trajectoires d’études et de travail. Les personnes, le lieu précis et les inscriptions visibles sont fictifs et ne constituent pas une scène documentaire.

320 millions de femmes travaillent — mais ce chiffre ne mesure pas un taux d’emploi féminin

À la fin de 2024, la Chine comptait 320 millions de femmes en emploi. Elles représentaient 43,4 % de l’ensemble des personnes en emploi, soit 0,1 point de plus qu’un an auparavant.

Cette proportion ne doit pas être confondue avec le taux d’emploi des femmes. Elle mesure la part des femmes parmi les personnes qui travaillent, pas la proportion de femmes en âge de travailler qui occupent effectivement un emploi.

Dans les unités urbaines non privées, le Bureau national des statistiques recensait 68,886 millions de femmes, soit 41,7 % des effectifs.

L’éducation et l’emploi donnent donc une image différente de celle d’une société où la trajectoire féminine serait exclusivement définie par le mariage et la maternité.

Le mariage change lui aussi, mais pas de manière linéaire

La Chine a enregistré 6,76 millions de mariages en 2025. C’est 657 000 de plus qu’en 2024.

Cette hausse ne suffit pas à effacer la tendance de long terme au recul des mariages. Elle intervient aussi après une réforme importante : depuis mai 2025, les couples peuvent enregistrer leur mariage dans des bureaux qualifiés partout dans le pays, sans être obligés de revenir dans le lieu associé à leur hukou.

Cette simplification administrative a mécaniquement rendu certains enregistrements plus faciles. Elle complique aussi la lecture d’une seule année : une hausse des inscriptions ne signifie pas nécessairement un retournement profond des comportements conjugaux.

À Shanghai, les femmes se marient pour la première fois autour de 29 ans

Shanghai offre un indicateur précis mais local : en 2025, l’âge moyen au premier mariage était de 29,1 ans pour les femmes et de 30,3 ans pour les hommes.

Cette donnée ne doit pas être généralisée à toute la Chine. Shanghai est une métropole riche, très urbanisée et très mobile, avec des coûts de logement et des trajectoires professionnelles qui ne ressemblent pas à ceux de toutes les provinces.

Elle montre néanmoins à quel point le calendrier adulte peut s’éloigner du modèle mariage précoce puis enfant qui structurait davantage les générations précédentes.

La démographie met cette transformation sous pression

En 2025, la Chine a enregistré 7,92 millions de naissances, avec un taux de natalité de 5,63 pour mille.

Dans le même temps, 11,31 millions de décès ont été enregistrés. La population totale a diminué de 3,39 millions de personnes sur l’année.

Le pays comptait 1,40489 milliard d’habitants fin 2025. Les 60 ans et plus représentaient déjà 23 % de la population.

Cette équation transforme les choix individuels en enjeu collectif : moins de naissances aujourd’hui signifie, à terme, moins d’actifs pour financer et faire fonctionner une société qui vieillit.

L’État essaie désormais de réduire le coût d’avoir un enfant

Depuis le 1er janvier 2025, la Chine a instauré une allocation nationale pour les enfants de moins de trois ans.

Le montant de base est de 3 600 yuans par enfant et par an jusqu’au troisième anniversaire, pour le premier comme pour le deuxième ou le troisième enfant.

La mesure est exonérée d’impôt sur le revenu et s’inscrit dans un ensemble plus large de politiques concernant la garde d’enfants, l’éducation, le logement, l’emploi et la maternité.

Le gouvernement présente explicitement cette politique comme un moyen d’alléger le coût de l’éducation des jeunes enfants et de créer un environnement plus favorable aux naissances.

Illustration éditoriale STORIMITIK montrant une femme adulte avec un ordinateur et un jeune enfant dans une promenade urbaine contemporaine inspirée de Shanghai.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V3. Mise en scène symbolique du croisement entre travail, maternité et choix de vie. Les personnes, inscriptions et éléments de décor sont fictifs ; l’image n’est pas une photographie documentaire.

Le droit interdit déjà plusieurs formes de discrimination liées au mariage et à la maternité

La loi chinoise sur la protection des droits et intérêts des femmes interdit notamment à un employeur de demander le statut matrimonial ou reproductif d’une candidate, d’imposer un test de grossesse à l’embauche ou de conditionner un recrutement au mariage ou à la maternité.

Elle interdit aussi de réduire salaire ou avantages, de bloquer une promotion ou de licencier une salariée en raison de son mariage, d’une grossesse, d’un congé maternité ou de l’allaitement.

Le fait que ces interdictions soient explicitement inscrites dans la loi ne permet pas de mesurer à lui seul leur respect réel. Il montre en revanche que l’articulation entre emploi et maternité est considérée comme un enjeu suffisamment important pour nécessiter une protection juridique détaillée.

Autonomie économique ne veut pas dire absence de contraintes

Une femme diplômée et salariée dispose potentiellement de davantage de ressources pour choisir son calendrier de vie. Mais l’autonomie ne se résume pas au diplôme ou au salaire.

Les contraintes peuvent se déplacer : coût du logement, concurrence professionnelle, horaires, garde des enfants, prise en charge des parents âgés, attentes conjugales ou difficulté à concilier progression de carrière et maternité.

C’est précisément pourquoi la trajectoire d’une femme à Shanghai, d’une ouvrière migrante, d’une employée d’une ville moyenne ou d’une diplômée d’université ne peut pas être résumée par une seule statistique.

La Chine ne vit pas une seule transition féminine

Les moyennes nationales peuvent masquer des écarts majeurs entre villes et campagnes, provinces côtières et intérieures, niveaux de diplôme, générations et catégories de revenus.

Le chiffre de 50,8 % dans le supérieur ne dit pas quel métier sera obtenu ensuite. Le chiffre de 320 millions de femmes en emploi ne dit pas quel salaire elles perçoivent ni comment se répartit le travail domestique.

De la même manière, l’âge moyen au premier mariage de 29,1 ans à Shanghai ne décrit pas la totalité du pays.

Ce qui change est le nombre de trajectoires possibles

Le phénomène le plus intéressant n’est donc pas de chercher un modèle unique de la « femme chinoise moderne ». Il est d’observer l’élargissement des chemins possibles : études longues, emploi, mobilité géographique, mariage plus tardif, célibat prolongé, maternité différée ou articulation différente entre famille et carrière.

Plus les trajectoires se diversifient, plus les politiques démographiques doivent composer avec des choix individuels qui ne se décrètent pas simplement.

Une allocation peut réduire une partie du coût d’un enfant. Une réforme administrative peut faciliter le mariage. Une loi peut interdire les discriminations. Mais aucune de ces mesures ne suffit, isolément, à recréer le calendrier familial d’une génération précédente.

Éducation, travail, mariage, maternité : la même vie ne se déroule plus dans le même ordre

La Chine de 2026 juxtapose donc deux réalités.

D’un côté, des femmes sont massivement présentes dans l’enseignement supérieur et représentent plus de quatre personnes en emploi sur dix. De l’autre, le pays cherche activement à soutenir mariage, parentalité et natalité face au vieillissement.

Ces deux dynamiques ne sont pas contradictoires. Elles montrent qu’une société doit désormais penser simultanément autonomie individuelle, égalité professionnelle et renouvellement démographique.

Le vrai changement n’est peut-être pas que les femmes chinoises choisissent toutes une nouvelle vie. C’est qu’il devient de moins en moins crédible d’imaginer qu’elles suivront toutes la même.

Sources