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Des lunettes sans caméra qui vous soufflent quoi répondre : l’IA entre dans nos conversations

Et si, pendant que vous discutez avec quelqu'un, une intelligence artificielle analysait l'échange et vous suggérait discrètement quoi répondre ? Avec ses lunettes Even G2 et la fonction Conversate, Even Realities transforme cette idée en produit commercialisé. Sans caméra, sans haut-parleurs, mais avec des microphones et un affichage invisible pour votre interlocuteur. Une innovation qui pose une question inédite : sommes-nous encore seuls dans nos conversations ?

Par Florent Despréaux

Date d’observation :

V1 STORIMITIK : femme portant des lunettes lors d'une conversation dans un café, accompagnée du titre sur les lunettes sans caméra et les réponses suggérées par l'IA. Illustration générée par IA ; les montures ne sont pas des Even G2 authentifiées.
V1 — Échange illustratif généré par IA, montrant le concept d'assistance contextuelle au cours d'une conversation ; les lunettes visibles ne sont pas des Even G2 authentifiées. Logo maître STORIMITIK intégré techniquement.

Vous discutez à deux. L'IA est la troisième personne.

Imaginez une réunion.

Votre interlocuteur évoque un dirigeant que vous connaissez mal, une technologie dont le nom vous échappe ou une question à laquelle vous aimeriez répondre avec davantage de précision.

Habituellement, trois possibilités s'offrent à vous : faire appel à votre mémoire, poser une question ou consulter votre smartphone.

Avec les Even G2, une quatrième possibilité apparaît.

Une information peut s'afficher directement devant vos yeux, sans interrompre l'échange.

Quelques mots suffisent pour expliquer une notion, rappeler des éléments biographiques ou suggérer une piste de réponse.

La personne en face de vous ne voit pas ces informations.

C'est le principe de Conversate, une fonction développée par Even Realities pour accompagner les conversations en temps réel.

Le changement est plus profond qu'il n'y paraît. Jusqu'ici, nous sollicitions volontairement une intelligence artificielle pour obtenir une réponse. Désormais, l'IA peut analyser une discussion en cours et proposer spontanément une aide contextuelle, une fois la fonction activée.

Quatre microphones, deux affichages, aucune caméra

Les Even G2 prennent volontairement une direction différente de celle de nombreuses lunettes connectées.

Elles n'intègrent ni caméra ni haut-parleurs.

En revanche, elles possèdent quatre microphones et un système d'affichage micro-LED vert dans chaque verre.

Les informations sont projetées dans le champ de vision du porteur grâce à des guides d'ondes optiques. Elles ne sont pas directement visibles par les personnes qui lui font face.

Cette architecture permet notamment de consulter une indication de navigation, des notifications, des traductions ou une assistance IA sans regarder systématiquement son téléphone.

Le dispositif dépend toutefois d'un smartphone connecté et d'un accès à Internet pour fonctionner. Il ne s'agit pas d'un ordinateur totalement autonome.

Le choix de supprimer la caméra répond à une préoccupation désormais centrale dans les objets connectés : ne pas transformer chaque paire de lunettes en dispositif de prise de vues.

Mais Even Realities pousse le raisonnement plus loin. Puisque les lunettes disposent déjà de microphones et d'un affichage privé, pourquoi ne pas les utiliser pour assister directement les échanges humains ?

Conversate : la parole devient une information exploitable

Le fonctionnement repose sur plusieurs étapes.

L'utilisateur active Conversate depuis l'application, les commandes des lunettes ou l'assistant vocal Even AI.

Pendant la session, les microphones des lunettes — ou celui du smartphone, selon le réglage choisi — captent la parole. Le système la transcrit et l'analyse pour identifier les sujets, les noms ou les questions évoqués.

Il peut alors générer des AI Cues, autrement dit des indications contextuelles produites par l'intelligence artificielle.

Ces indications prennent différentes formes.

Lorsqu'un concept technique apparaît, Conversate peut afficher une explication. Lorsqu'une personnalité est mentionnée, il peut apporter des éléments biographiques. Face à une question, il peut proposer des faits ou une réponse possible. Il peut également suggérer un sujet à approfondir ou une action à envisager.

V2 STORIMITIK : gros plan sur une femme portant des lunettes avec affichage vert illustratif, accompagné du schéma parole, analyse IA, affichage privé.
V2 — Explication illustrative : parole, analyse IA, informations affichées dans le champ de vision. Lunettes générées par IA, non authentifiées comme Even G2. Le graphisme ne reproduit pas l'interface officielle.

L'utilisateur peut choisir si ces informations apparaissent automatiquement ou s'il préfère les ouvrir lui-même.

Il ne s'agit donc pas d'une IA qui parle à sa place. Elle propose des informations et des suggestions que le porteur reste libre d'utiliser ou d'ignorer.

Et c'est précisément ce détail qui rend le concept intéressant : l'assistance devient une couche d'information accessible pendant l'interaction, sans passer par l'écran traditionnel.

Avant, pendant et après la conversation

Even Realities ne limite pas Conversate à l'instant présent.

Avant une réunion, les Prep Notes, ou notes de préparation, permettent d'ajouter des informations, des questions ou des documents de référence.

Ces éléments peuvent ensuite alimenter les indications proposées pendant l'échange.

Pour un entretien professionnel, une présentation commerciale ou une réunion technique, le porteur peut ainsi disposer d'un contexte préparé à l'avance.

Pendant la discussion, Conversate peut également afficher une transcription ou traduire la parole vers une langue sélectionnée.

Après la session, l'application permet de retrouver une synthèse, les informations proposées pendant l'échange et la transcription.

Elle organise notamment les conclusions principales et les actions à poursuivre.

La conversation n'est donc plus seulement un événement oral. Elle peut devenir un contenu structuré, consultable et exploitable ultérieurement.

Cette perspective dépasse le simple gadget technologique. Elle rapproche les lunettes d'un assistant professionnel permanent, capable de relier ce qui se dit à ce que l'utilisateur sait déjà ou souhaite retrouver.

Sans caméra ne veut pas dire sans enjeu de confidentialité

C'est ici que l'innovation soulève une contradiction.

Even Realities insiste sur l'absence de caméra comme élément de protection de la vie privée.

Mais Conversate utilise tout de même la parole des personnes présentes.

Selon la documentation du fabricant, le traitement ne commence qu'après l'activation volontaire de la fonction. Le son est transmis à des services informatiques distants pour la transcription et l'analyse, puis les segments audio bruts sont supprimés après leur traitement, sauf exception prévue pour les personnes ayant choisi le programme d'amélioration du produit.

En revanche, les transcriptions et les synthèses peuvent être conservées et retrouvées dans l'application.

Autre élément : Even Realities propose une mémoire IA facultative permettant de réutiliser certains éléments de sessions antérieures. Son activation nécessite, selon la politique de la marque, un consentement explicite de l'utilisateur.

Ces choix techniques réduisent certains risques, sans faire disparaître la question fondamentale.

L'utilisateur des lunettes contrôle l'activation de l'assistant. Mais les personnes qui participent à la conversation savent-elles nécessairement qu'une IA les analyse ?

Dans les contextes professionnels, les exigences de confidentialité et de protection des données personnelles peuvent dépendre de la nature des informations, de la finalité du traitement et du cadre juridique applicable.

La disparition de la caméra ne règle donc pas à elle seule la question du consentement, de l'information des participants et des usages appropriés.

Un échange, deux réalités

Jusqu'à présent, lorsqu'une personne consultait son smartphone pendant une discussion, le geste était généralement visible.

Même sans savoir exactement ce qu'elle regardait, son interlocuteur pouvait constater qu'elle utilisait un outil numérique.

Les lunettes introduisent une asymétrie plus discrète.

Une personne peut écouter, regarder son interlocuteur et recevoir simultanément des informations supplémentaires que les autres ne voient pas.

V3 STORIMITIK : cinq personnes participent à une discussion dans une salle de réunion, avec le titre Un échange, deux réalités.
V3 — Une personne pourrait recevoir des suggestions de l'IA sans que les autres participants les voient. Scène collective fictive générée par IA ; elle n'atteste d'aucun événement réel.

Cette situation ouvre des possibilités utiles.

Une personne peut mieux comprendre une langue étrangère, retrouver un détail technique, suivre un échange complexe ou préparer plus facilement une réponse.

Mais les mêmes fonctions peuvent aussi intervenir dans un entretien de recrutement, une négociation ou une discussion personnelle.

Le sujet n'est pas seulement de savoir si l'assistance est efficace.

Il est de déterminer à quel moment l'utilisation discrète d'une IA change la nature de la relation entre les personnes.

Nous avions appris à vivre avec des smartphones sur la table. Il faudra peut-être apprendre à vivre avec des assistants numériques que l'on ne voit plus.

Une promesse séduisante, encore imparfaite

Les capacités présentées par Even Realities ne doivent pas être confondues avec une assistance infaillible.

Dans un essai publié en février 2026, le journaliste Chris Haslam, pour WIRED, décrit un matériel léger et un système de transcription convaincant, mais relève également plusieurs limites.

Les indications IA peuvent arriver avec du retard. Certaines fonctions logicielles manquent encore de stabilité. Lire des informations tout en poursuivant naturellement une conversation peut également se révéler difficile.

Le dispositif promet de réduire les distractions liées au smartphone, mais les informations projetées devant les yeux constituent elles-mêmes une nouvelle sollicitation de l'attention.

À cela s'ajoute une limite fondamentale des modèles d'IA : une réponse proposée au bon moment n'est pas nécessairement exacte.

Les utilisateurs doivent donc conserver leur capacité de vérification, particulièrement lorsque les informations concernent des personnes, des décisions ou des sujets sensibles.

Après le smartphone, l'IA devient-elle une présence invisible ?

Les Even G2 ne remplaceront pas à elles seules le téléphone, l'ordinateur ou nos moyens habituels de communication.

Mais elles illustrent une transformation importante.

L'intelligence artificielle n'attend plus nécessairement que l'utilisateur ouvre une application, rédige une question et consulte une réponse.

Elle peut accompagner un moment de vie, interpréter son contexte et fournir une information directement dans le champ de vision.

C'est une autre manière de concevoir l'informatique personnelle.

L'enjeu n'est plus uniquement de rendre les réponses plus rapides ou les interfaces plus discrètes.

Il est aussi de comprendre ce que nous acceptons de partager avec ces systèmes — et ce que les autres doivent savoir lorsqu'ils entrent dans une conversation où une IA est présente.

La véritable innovation des Even G2 n'est peut-être pas ce qu'elles affichent devant nos yeux, mais la place qu'elles donnent à l'intelligence artificielle entre deux personnes.

Sources