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Le digital nomad n’est plus celui que vous imaginez : aux États-Unis, 11,2 millions ont désormais un emploi salarié
Le cliché du freelance avec son ordinateur à Bali ne décrit plus la majorité du phénomène américain. En 2025, MBO Partners compte 18,5 millions de digital nomads aux États-Unis : 11,2 millions ont un emploi salarié traditionnel, contre 7,3 millions d’indépendants. Le vrai basculement n’est donc plus seulement géographique. Le travail à distance commence à dissocier l’emploi, le bureau et parfois le pays de résidence — tout en faisant surgir de nouvelles questions de fiscalité, de protection sociale et de conformité pour les employeurs.
Par Florent Despréaux

Le digital nomad n’est plus seulement un freelance
Pendant des années, l’image du digital nomad a été celle d’un indépendant : développeur, consultant ou créateur de contenu travaillant depuis un café, un coliving ou une plage. Cette image existe toujours, mais elle ne décrit plus la majorité du phénomène mesuré aux États-Unis.
Selon le rapport 2025 de MBO Partners, 18,5 millions de travailleurs américains se déclarent digital nomads. Parmi eux, 11,2 millions ont un emploi salarié traditionnel, contre 7,3 millions d’indépendants. Autrement dit, environ six sur dix sont désormais salariés.
Le retournement est notable : avant 2020, MBO indique que les indépendants étaient majoritaires. En 2025, les salariés nomades ont progressé de 10 %, tandis que les indépendants ont reculé de 7 %.

18,5 millions aux États-Unis : le phénomène est devenu mainstream
MBO Partners estime que le nombre de digital nomads américains a augmenté de 153 % depuis 2019 et représente désormais environ 12 % de la main-d’œuvre du pays. La croissance est moins explosive qu’au moment du Covid, mais le phénomène ne disparaît pas avec le retour au bureau.
La raison est simple : une partie des entreprises accepte désormais explicitement des formes de mobilité, tandis que certains salariés organisent leurs déplacements autour des contraintes de présence au bureau. MBO parle de « tethered nomadism » pour décrire ces travailleurs qui continuent à voyager tout en restant suffisamment proches pour revenir lorsque leur employeur le demande.
Le digital nomadisme est donc en train de quitter le registre de la marginalité pour entrer dans celui des politiques RH : qui peut travailler depuis l’étranger, combien de temps, dans quels pays, avec quelles règles de sécurité et quelles conséquences fiscales ?
Le travail s’est détaché du bureau ; il commence à se détacher du pays
Le point de rupture est moins le voyage lui-même que la dissociation entre trois lieux qui coïncidaient autrefois : le lieu où l’on habite, celui où se trouve l’employeur et celui depuis lequel on travaille réellement.
Un salarié peut désormais être employé par une entreprise américaine ou européenne tout en passant plusieurs semaines dans une autre ville ou un autre pays. L’ordinateur portable, la visioconférence, le cloud et les outils collaboratifs rendent techniquement possible ce que le droit du travail, la fiscalité et la protection sociale continuent à traiter comme une situation transfrontalière complexe.

Le profil type a lui aussi changé
Le phénomène reste jeune, mais pas adolescent. Dans l’échantillon MBO 2025, les Millennials représentent 40 % des digital nomads américains et la Gen Z 35 %. La Gen X pèse 19 % et les Baby Boomers 6 %. Près d’un digital nomad américain sur neuf a néanmoins 55 ans ou plus.
La population reste légèrement masculine : 56 % d’hommes, 43 % de femmes et 1 % de personnes non binaires dans l’enquête 2025. Plus de la moitié sont mariés ou vivent en couple.
Les métiers sont également beaucoup plus larges que le cliché du développeur freelance : MBO cite notamment l’informatique, les services créatifs, la vente, le marketing et la communication, la finance et la comptabilité, la R&D et le conseil. 85 % déclarent que leur activité dépend des connexions et outils numériques.
Le nomadisme devient moins rapide
Autre évolution intéressante : le digital nomad 2025 voyage moins frénétiquement. MBO indique une moyenne de 6,2 lieux visités dans l’année, contre 7,2 en 2023. La durée moyenne passée à chaque étape est montée à 6,4 semaines.
Le phénomène se rapproche donc parfois davantage d’une succession de résidences temporaires que d’un voyage permanent. Cela favorise les logements de moyenne durée, les espaces de coworking, les assurances internationales, les services bancaires mobiles et toute une économie conçue autour de travailleurs qui restent plusieurs semaines plutôt que quelques jours.
Les États ont commencé à transformer ces travailleurs en cible économique
Le changement n’est plus seulement visible chez les travailleurs et les entreprises. Les gouvernements se sont eux aussi adaptés. Le Global Digital Nomad Report 2025 de Global Citizen Solutions analyse 64 juridictions et indique que 58 des 64 programmes suivis ont été créés après 2020.
L’Espagne arrive première de cet indice 2025, devant les Pays-Bas, l’Uruguay, le Canada et la Tchéquie ; France et Portugal sont ex æquo au sixième rang. Ce classement ne désigne pas un « meilleur pays » universel : il combine procédure, mobilité, fiscalité, économie, qualité de vie et infrastructure technologique.
Ce qui compte surtout est le signal : le nomade numérique est passé du statut de voyageur atypique à celui de population que des États cherchent explicitement à attirer pour ses revenus, ses compétences et ses séjours plus longs.
Mais travailler partout ne veut pas dire vivre sans frontières
Le fantasme du travail sans frontière se heurte rapidement au droit. Même au sein de l’Union européenne, liberté de circulation ne signifie pas absence de formalités, de règles fiscales ou de coordination sociale.
Un citoyen de l’Union peut vivre et travailler dans un autre pays de l’UE, mais au-delà de trois mois certaines formalités de résidence peuvent s’appliquer. La fiscalité reste déterminée par les législations nationales et les conventions entre États ; il n’existe pas une règle européenne unique qui décide automatiquement où un revenu doit être imposé.
La protection sociale dépend elle aussi de la situation professionnelle et du pays de résidence ou d’activité. Pour les personnes travaillant dans plusieurs pays, des règles spécifiques déterminent le régime applicable.

Le risque commence aussi à remonter vers l’employeur
Pour une entreprise, un salarié qui travaille depuis un autre territoire peut créer des risques fiscaux, réglementaires, sociaux et de cybersécurité. MBO note que 13 % des digital nomads salariés interrogés indiquent que leur employeur ignore leur statut nomade ; 18 % supplémentaires travaillent nomadiquement avec l’accord de leur manager alors que l’entreprise n’a pas de politique formelle.
Près d’un tiers des salariés nomades se trouvent donc dans une zone de gouvernance informelle. Plus le phénomène devient courant, plus les entreprises devront transformer ces exceptions individuelles en politiques explicites.
Le vrai changement : le nomadisme devient une modalité du travail
Le digital nomadisme n’a pas remplacé le bureau, pas plus qu’il n’a supprimé les frontières. Mais il a rendu possible une combinaison qui était auparavant marginale : garder un emploi classique tout en changeant régulièrement de lieu de vie.
C’est peut-être le basculement le plus important. Le digital nomad n’est plus seulement quelqu’un qui a inventé son propre travail pour pouvoir voyager. De plus en plus souvent, c’est quelqu’un qui conserve un emploi ordinaire — et rend extraordinaire la géographie depuis laquelle il l’exerce.
Sources
- 2025 Digital Nomads Trends Report: A Niche Workforce Becomes MainstreamMBO Partners · MBO Partners
- Global Digital Nomad Report 2025Global Citizen Solutions · Global Citizen Solutions
- Droits de séjour dans un autre pays de l’UEYour Europe · Union européenne
- Impôts sur le revenu à l’étrangerYour Europe · Union européenne
- Couverture sociale si vous vivez ou travaillez dans un autre pays de l’UEYour Europe · Union européenne