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3,6 millions d’enfants en moins dans le préscolaire en un an : comment la Chine apprend à vivre avec l’enfant rare

Entre 2024 et 2025, les effectifs préscolaires chinois ont chuté de 35,84 à 32,26 millions d’enfants. Derrière cette baisse de 3,58 millions se joue une transformation plus profonde : moins d’enfants, davantage de ressources concentrées autour de chacun et un État désormais engagé à réduire le coût de la parentalité.

Par Florent Despréaux

Illustration éditoriale STORIMITIK montrant une enfant entrant dans une école maternelle en Chine.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V1. Mise en scène inspirée d’une entrée de maternelle en Chine. Les personnes, l’établissement et les inscriptions sont fictifs ; l’image ne documente pas une école réelle. Le chiffre de 3,6 millions correspond à la baisse des effectifs préscolaires entre 2024 et 2025.

En un an, la Chine a perdu l’équivalent de la population d’une grande métropole dans ses effectifs préscolaires.

Le nombre d’enfants inscrits dans le préscolaire est passé de 35,84 millions en 2024 à 32,26 millions en 2025. La baisse atteint 3,58 millions d’enfants, soit environ 10 % en une seule année.

Ce recul n’est pas seulement un chiffre démographique. Il commence à modifier très concrètement l’école, les familles et la manière dont l’État pense désormais l’enfance.

La baisse des naissances arrive maintenant dans les salles de classe

Les statistiques du ministère chinois de l’Éducation montrent 35,839 millions d’enfants dans le préscolaire en 2024. En 2025, ils ne sont plus que 32,255 millions.

La contraction est donc de 3,585 millions d’enfants en un an.

Le nombre de jardins d’enfants suit la même direction : 253 263 établissements en 2024, contre environ 231 900 en 2025. Il s’agit d’une baisse nette d’environ 21 400 établissements, pas nécessairement de 21 400 fermetures individuelles : des ouvertures, regroupements, transformations ou reclassements peuvent intervenir derrière le solde.

Le primaire commence à ressentir le même choc

En 2024, 16,166 millions d’enfants sont entrés dans le primaire. En 2025, ils ne sont plus que 14,617 millions.

Cela représente environ 1,55 million de nouveaux élèves de moins en une seule rentrée, soit une baisse proche de 9,6 %.

Le phénomène se déplace donc progressivement avec les cohortes : d’abord les naissances, puis les crèches et maternelles, ensuite le primaire, et plus tard le secondaire, l’université et le marché du travail.

Illustration éditoriale STORIMITIK montrant un enfant faisant ses devoirs avec ses parents dans un intérieur urbain contemporain inspiré de Shanghai.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V2. Mise en scène symbolique de l’attention familiale et des ressources éducatives concentrées autour d’un enfant. Les personnes, le logement et les inscriptions sont fictifs ; l’image n’est pas une photographie documentaire.

Pendant des décennies, l’enfant unique a concentré l’attention familiale

La politique de l’enfant unique, mise en place à la fin des années 1970, a structuré plusieurs générations de familles chinoises avant d’être progressivement assouplie.

Le modèle souvent résumé par « 4-2-1 » — quatre grands-parents, deux parents, un enfant — a contribué à installer l’idée d’un enfant situé au centre des attentes familiales.

C’est dans ce contexte qu’est apparue l’expression de « Petit Empereur », utilisée dans les médias et la recherche pour décrire le stéréotype d’un enfant unique surinvesti, surprotégé ou gâté.

Mais le terme doit être manié avec précaution. Les recherches ne démontrent pas l’existence d’une personnalité uniforme propre aux enfants uniques chinois. Certaines études observent des différences sur certains comportements ; d’autres ne retrouvent pas le portrait caricatural du « Petit Empereur ».

Ce qui est beaucoup plus solide : moins d’enfants permet de concentrer davantage de ressources

Lorsqu’une famille a un seul enfant, le temps, l’argent, les ambitions scolaires et parfois les ressources de deux générations de grands-parents peuvent se concentrer sur lui.

Cela ne signifie pas que toutes les familles chinoises dépensent davantage par enfant ni qu’elles disposent des mêmes moyens. Les écarts entre villes et campagnes, niveaux de revenus et régions restent considérables.

Mais la logique économique est simple : quand le nombre d’enfants diminue, les ressources familiales ne sont plus réparties entre autant de frères et sœurs.

Cette concentration peut se retrouver dans le logement, les activités extrascolaires, les cours, les équipements numériques, les voyages ou tout simplement le temps consacré aux devoirs.

L’enfant devient plus rare au moment même où les attentes restent élevées

La rareté démographique ne rend pas nécessairement l’enfance plus légère.

Dans une société où la réussite scolaire reste fortement valorisée, un nombre plus faible d’enfants peut aussi signifier que davantage d’attentes familiales reposent sur chacun d’eux.

Le paradoxe est donc puissant : moins d’enfants à l’échelle nationale, mais potentiellement davantage d’attention et de pression concentrées sur chaque enfant dans certaines familles.

La politique démographique a complètement changé de direction

En 2016, la Chine a généralisé la possibilité pour les couples d’avoir deux enfants, mettant fin au régime de l’enfant unique.

En 2021, la loi a de nouveau été modifiée pour permettre trois enfants par couple. Le texte prévoit également des mesures fiscales, éducatives, de logement, d’emploi et de services de garde afin de réduire le coût de la parentalité.

Ce basculement est historique : l’État est passé d’une politique destinée à limiter les naissances à une politique qui cherche désormais à rendre la naissance d’enfants supplémentaires plus facile à supporter.

Depuis 2025, l’État verse directement de l’argent aux familles

Le changement est devenu très concret en 2025 avec la création d’une allocation nationale pour les enfants de moins de trois ans.

Le montant de base est de 3 600 yuans par enfant et par an jusqu’au troisième anniversaire. Un enfant né à partir du 1er janvier 2025 peut ainsi ouvrir droit à 10 800 yuans sur trois ans, si les conditions du dispositif sont remplies.

La mesure s’applique au premier, au deuxième comme au troisième enfant. L’objectif officiel est d’alléger le coût de l’éducation des jeunes enfants et la pression financière pesant sur les familles.

Illustration éditoriale STORIMITIK montrant un enfant courant avec un avion-jouet devant ses parents dans un parc urbain inspiré de Shanghai.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V3. Mise en scène symbolique de l’enfant et de la famille dans la Chine urbaine contemporaine. Les personnes, slogans et éléments de décor sont fictifs ; ils ne représentent pas une campagne gouvernementale réelle.

La dernière année de maternelle est également devenue gratuite

Depuis le semestre d’automne 2025, les établissements publics ne facturent plus les frais d’éducation et de garde pour la dernière année de préscolaire.

Les enfants inscrits dans des établissements privés agréés bénéficient d’une réduction calculée sur la base du niveau de gratuité de l’établissement public local comparable.

Les repas, l’hébergement et d’autres frais annexes ne sont toutefois pas nécessairement couverts.

Le signal politique est néanmoins clair : la politique familiale ne se contente plus d’autoriser davantage de naissances ; elle commence à prendre en charge une partie du coût économique de l’enfant.

Le vrai choc est visible dans l’âge de la population

Fin 2025, la Chine comptait environ 230,15 millions de personnes de moins de 16 ans, soit 16,4 % de sa population.

Les 60 ans et plus représentaient déjà 23 % de la population.

En 2025, seulement 7,92 millions d’enfants sont nés, tandis que 11,31 millions de personnes sont décédées. La population a diminué de 3,39 millions sur l’année.

Cette structure explique pourquoi quelques millions d’enfants en moins dans les maternelles deviennent une question économique nationale : les cohortes qui rétrécissent aujourd’hui seront les étudiants, travailleurs, consommateurs et contribuables de demain.

Des écoles devront s’adapter à une géographie de l’enfance qui se contracte

La diminution des effectifs ne signifie pas que toutes les écoles chinoises vont se vider au même rythme.

Les migrations internes peuvent continuer à concentrer des familles dans certaines grandes villes, pendant que des zones rurales ou des villes en perte de population disposent de capacités excédentaires.

La baisse nationale peut donc produire simultanément deux réalités : pénurie de places dans certains quartiers très attractifs et fermetures, regroupements ou transformations ailleurs.

Une partie des infrastructures préscolaires peut aussi être reconvertie vers la garde des moins de trois ans, un service que les politiques publiques cherchent à développer.

Un enfant plus rare peut aussi devenir un enfant plus stratégique

Le recul démographique change la valeur économique et sociale de l’enfance.

Pour la famille, chaque enfant peut concentrer davantage de temps, d’argent et d’espoirs. Pour une école, chaque élève devient plus important lorsque les cohortes diminuent. Pour l’État, chaque naissance compte davantage dans l’équilibre futur de la population.

Cette convergence ne signifie pas que l’enfant chinois vit partout comme un enfant privilégié. Elle signifie que sa rareté relative change les arbitrages autour de lui.

De l’enfant unique à l’enfant rare

Le changement le plus spectaculaire est peut-être là.

Pendant des décennies, la Chine a construit une partie de sa politique démographique autour de la limitation du nombre d’enfants.

Aujourd’hui, elle verse une allocation, rend une année de préscolaire gratuite et cherche à développer des services pour convaincre les familles que l’enfant supplémentaire est économiquement supportable.

Dans le même temps, les statistiques montrent déjà 3,6 millions d’enfants de moins dans le préscolaire en un an.

La Chine n’est donc plus seulement confrontée à la question de savoir combien d’enfants une famille peut avoir. Elle entre dans une époque où chaque enfant devient plus rare — et où toute une société doit apprendre à s’organiser autour de cette rareté.

Sources