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La Chine vient de franchir 4 térawatts d’électricité installée. Et le solaire a dépassé le charbon.

Fin juin 2026, la Chine a franchi 4,04 TW de capacité électrique installée. Un mois plus tard, le photovoltaïque atteignait 1,286 TW et dépassait pour la première fois le charbon en capacité. Mais ce basculement ne signifie pas que le solaire produit déjà plus d’électricité : le vrai défi se déplace désormais vers le réseau, le stockage et la flexibilité.

Par Florent Despréaux

Illustration STORIMITIK montrant un vaste parc solaire chinois, un système électrique de plus de 4 térawatts et des centrales thermiques en arrière-plan.
V1 STORIMITIK — La Chine a dépassé 4 TW de capacité électrique installée et le solaire est devenu sa première source en capacité, devant le charbon.

4 térawatts installés : la Chine change encore d’échelle

Fin juin 2026, la Chine a atteint 4,04 milliards de kilowatts de capacité électrique installée, soit 4,04 térawatts. La progression reste très rapide : +10,8 % sur un an selon la National Energy Administration.

À elle seule, la capacité solaire atteignait déjà 1,27 TW fin juin, tandis que l’éolien approchait 0,68 TW. Un mois plus tard, le solaire avait encore progressé jusqu’à 1,286 TW.

C’est là que s’est produit le basculement symbolique : fin juillet, la capacité photovoltaïque chinoise a dépassé pour la première fois celle du charbon, estimée à 1,285 TW.

Illustration STORIMITIK comparant capacité installée et production réelle entre solaire et charbon en Chine.
V2 STORIMITIK — 1,286 TW de solaire peuvent dépasser 1,285 TW de charbon en capacité sans encore produire davantage d’électricité sur l’année.

Dépasser le charbon en capacité ne veut pas dire le dépasser en production

C’est la nuance décisive. Une centrale au charbon peut produire de nombreuses heures dans l’année et ajuster sa puissance selon la demande. Un panneau solaire ne produit que lorsque le soleil est disponible.

La capacité installée mesure donc une puissance maximale théorique. La production réelle dépend du facteur de charge, des conditions météorologiques, de la disponibilité du réseau, du stockage et parfois de la capacité à déplacer la consommation vers les bonnes heures.

En 2025, le charbon fournissait encore environ 55 % de l’électricité chinoise selon l’Agence internationale de l’énergie. Dans le même temps, la part du solaire dans la production avait franchi le seuil de 10 %.

Le solaire est donc désormais numéro un en puissance installée, mais pas encore en énergie produite. Les deux classements racontent deux réalités différentes du même système.

Pourquoi la Chine installe-t-elle autant de solaire ?

Le pays continue d’électrifier son économie : industrie, bâtiments, véhicules électriques, centres de données, transports et nouveaux usages numériques tirent la demande vers le haut. En 2025, la demande nette d’électricité chinoise a dépassé 9 500 TWh et progressé de 5,1 % selon l’IEA.

Dans ce contexte, ajouter rapidement des capacités solaires et éoliennes permet d’augmenter l’offre bas carbone tout en réduisant la croissance nécessaire des combustibles fossiles.

La Chine dispose aussi d’une chaîne industrielle photovoltaïque extrêmement intégrée. Cette capacité à produire panneaux, équipements, électronique de puissance et infrastructures à très grande échelle réduit les coûts et accélère les déploiements.

Le vrai goulot d’étranglement se déplace vers le réseau

À mesure que la part des sources variables augmente, installer des panneaux ne suffit plus. L’électricité doit être transportée depuis les grandes zones de production vers les centres industriels et urbains, parfois à plusieurs milliers de kilomètres.

Les autorités chinoises prévoient donc de renforcer les corridors interprovinciaux, les réseaux à très haute et ultra-haute tension, les interconnexions régionales et les systèmes de pilotage capables de coordonner un nombre croissant de producteurs distribués.

Le gouvernement a fixé pour 2030 un objectif de plus de 420 GW de capacité de transfert dans le cadre du programme « West-to-East », ainsi qu’une hausse des capacités d’entraide entre provinces. Ce type d’infrastructure devient indispensable pour absorber les grands projets solaires et éoliens de l’ouest et du nord du pays.

Illustration STORIMITIK montrant des centrales solaires et éoliennes reliées à des villes chinoises par des lignes à très haute tension, du stockage et des centres de supervision.
V3 STORIMITIK — Le nouveau défi chinois : transporter, stocker et équilibrer une production renouvelable de plus en plus massive afin que les capacités installées deviennent réellement utiles.

Le stockage devient l’autre pièce du système

Le stockage permet de décaler une partie de l’électricité dans le temps, de soutenir le réseau lors des pointes et d’absorber davantage de production renouvelable lorsque l’offre dépasse temporairement la demande locale.

Fin 2025, la Chine avait déjà atteint 136 GW de nouvelles capacités de stockage hors pompage hydraulique, contre seulement 3 GW au début du 14e plan quinquennal. La National Energy Administration considère désormais ce stockage comme une composante structurelle du nouveau système électrique.

Le marché évolue lui aussi : stockage, demande flexible et échanges entre provinces sont progressivement intégrés aux marchés de l’électricité et aux mécanismes de services système.

Le charbon ne disparaît pas pour autant

Le dépassement du charbon par le solaire en capacité installée ne signifie pas une sortie rapide du charbon. La Chine exploite toujours un parc thermique gigantesque, utilisé pour fournir de l’énergie mais aussi de la puissance pilotable lorsque la demande est forte ou lorsque le vent et le soleil sont insuffisants.

En 2025, la production électrique à partir du charbon a néanmoins reculé d’environ 1,5 % selon l’IEA, sous l’effet de la forte progression du solaire, de l’éolien, de l’hydraulique et du nucléaire.

La transition chinoise combine donc deux mouvements apparemment contradictoires : un déploiement renouvelable sans équivalent mondial et le maintien d’un socle charbon encore essentiel à la sécurité et à la flexibilité du système.

Après la course aux gigawatts, la course au système

Le passage des 4 TW et le dépassement du charbon par le solaire constituent des jalons historiques. Mais le défi devient maintenant plus difficile à photographier : construire le réseau, le stockage, les marchés et les outils de pilotage capables de faire fonctionner toutes ces capacités ensemble.

La prochaine frontière énergétique chinoise ne se résume donc plus à installer davantage. Elle consiste à convertir une puissance théorique gigantesque en électricité effectivement disponible au bon endroit et au bon moment.

C’est là que se jouera la vraie portée du record : non pas dans le nombre de térawatts affiché, mais dans la capacité du système à les absorber sans perdre en stabilité, en coût ou en sécurité d’approvisionnement.

Sources