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Storie DécryptageTech et IA

La bulle Internet a laissé des kilomètres de fibre. Si l’IA surinvestit à son tour, que restera-t-il ?

En 2000, l’euphorie Internet s’est terminée dans un krach, mais une partie des infrastructures construites pendant la frénésie est restée. Vingt-six ans plus tard, l’IA déclenche à son tour un cycle massif de data centers, d’énergie, de refroidissement, de calcul et de robotique. Si une partie de cet investissement s’avère excessive, que restera-t-il ?

Par Florent Despréaux

Illustration éditoriale STORIMITIK représentant une bulle spéculative autour de l’intelligence artificielle, reliée aux data centers, aux réseaux et à la robotique.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V1. Mise en scène éditoriale de la thèse de l’article : un éventuel surinvestissement dans l’IA pourrait néanmoins laisser des infrastructures réutilisables. L’image ne documente aucun site réel.

En 2000, l’euphorie Internet s’est terminée dans un krach. Des entreprises ont disparu, des milliards se sont évaporés, mais les réseaux construits pendant la frénésie ne se sont pas volatilisés avec elles. Vingt-six ans plus tard, les investissements dans l’IA se rapprochent à nouveau des niveaux atteints au sommet du boom technologique.

La vraie question n’est peut-être donc pas seulement « sommes-nous dans une bulle ? », mais « qu’est-ce qui survivra si elle éclate ? »

La bulle Internet n’a pas tout emporté

Dans une note publiée en juillet 2026, la Réserve fédérale américaine rappelle qu’au sommet du boom technologique, les investissements américains en équipements et en propriété intellectuelle avaient atteint 11,5 % du PIB. Lorsque le cycle s’est retourné, une partie du capital construit est devenue excédentaire. La Fed cite explicitement la « dark fiber » : de la fibre optique déployée pendant le boom mais restée inutilisée après le krach.

Ce capital n’était pourtant pas forcément inutile pour toujours. Une infrastructure peut être surdimensionnée pour les usages du moment, puis devenir précieuse lorsque de nouveaux services apparaissent. C’est ce qui rend le parallèle avec l’IA intéressant : le gaspillage financier et l’utilité future d’une infrastructure peuvent coexister.

Illustration éditoriale STORIMITIK comparant le surinvestissement de la bulle Internet et les infrastructures construites pour l’intelligence artificielle.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V2. Parallèle éditorial entre le surinvestissement des années dot-com et le cycle d’investissement IA. Le chiffre de 11,5 % concerne la part des investissements américains en équipements et propriété intellectuelle dans le PIB en 2000 ; l’accord Figure–Nscale porte sur jusqu’à 100 000 GPU avec un engagement initial annoncé de 3,5 Md$.

En 2026, l’investissement recommence à accélérer

La Fed observe qu’au premier trimestre 2026, la part des investissements en équipements et propriété intellectuelle dans le PIB américain se situait à peine sous son sommet de 2000. Elle estime qu’une grande partie de l’accélération récente est liée à l’IA.

Le mouvement dépasse les seules puces. Après une hausse de 5,5 % en 2025, l’investissement fixe des entreprises américaines a progressé à un rythme annualisé de 11 % au premier trimestre 2026. La Fed indique que l’essentiel de cette vigueur semble lié aux infrastructures nécessaires aux services d’IA et que la construction de nouveaux data centers a fortement accéléré depuis 2022.

En juillet 2026, la gouverneure de la Fed Lisa Cook indiquait en outre que les entreprises avaient annoncé plus de 1 500 milliards de dollars de projets de data centers, dont seule une petite partie avait alors été réalisée.

100 000 GPU… pour apprendre aux robots à agir dans le monde réel

L’un des exemples les plus spectaculaires vient de la robotique. Figure et Nscale ont annoncé en septembre 2026 un partenariat pouvant aller jusqu’à 100 000 GPU NVIDIA Vera Rubin, avec un engagement initial de 3,5 milliards de dollars et l’intention de dépasser 6 milliards. Le début du déploiement est annoncé pour le second semestre 2027 au Texas. Il s’agit donc d’un projet annoncé, et non de 100 000 GPU déjà installés.

Figure explique que cette puissance doit notamment servir à entraîner ses modèles de robotique. Son programme Index affirme avoir dépassé 16 millions de vidéos collectées et prévoit de consacrer plus d’un milliard de dollars sur douze mois aux données et au calcul. Ces chiffres sont déclarés par l’entreprise elle-même.

Ce qui pourrait réellement survivre à une correction

Tous les investissements IA n’ont évidemment pas la même durée de vie. Un GPU extrêmement cher peut perdre rapidement de sa valeur lorsqu’une nouvelle génération plus performante apparaît. Un modèle peut être dépassé. Une start-up peut disparaître.

Mais autour du calcul se construit une couche beaucoup plus difficile à effacer : connexions électriques renforcées, postes de transformation, capacités de production, fibre, bâtiments de data centers, refroidissement et chaînes industrielles adaptées à l’automatisation.

Illustration éditoriale STORIMITIK présentant cinq infrastructures susceptibles de rester après un cycle de surinvestissement dans l’IA : énergie, fibre, refroidissement, calcul et robotique.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V3. Synthèse conceptuelle des infrastructures physiques susceptibles de conserver une utilité au-delà d’un cycle d’investissement IA : énergie, fibre, refroidissement, calcul et robotique. Il s’agit d’une mise en scène éditoriale, pas d’un inventaire de sites réels.

L’Agence internationale de l’énergie projette que la consommation mondiale d’électricité des data centers pourrait plus que doubler pour atteindre environ 945 TWh en 2030. Aux États-Unis, leur expansion pourrait représenter près de la moitié de la hausse de la demande électrique d’ici 2030.

Mais la fibre de 2000 n’est pas le GPU de 2026

C’est ici que le parallèle avec la bulle Internet doit être manié avec prudence. Une fibre enterrée peut rester exploitable pendant longtemps. Un bâtiment peut changer d’usage. Une ligne électrique renforcée peut servir à plusieurs industries. Un accélérateur IA, lui, est soumis à des cycles technologiques beaucoup plus rapides.

Tous les data centers ne pourront pas non plus être reconvertis avec la même facilité si les besoins de calcul évoluent. Leur emplacement, leur alimentation électrique, leur refroidissement et leur architecture peuvent rendre certaines installations beaucoup plus utiles que d’autres.

La Fed ne dit d’ailleurs pas qu’une bulle IA est certaine. Son analyse montre qu’un grand progrès technologique peut produire un boom durable, mais aussi, dans certains scénarios, un surinvestissement et un excès de capital.

Ce que la prochaine vague pourrait récupérer

Internet a bénéficié de réseaux construits avant que l’on sache précisément quels services allaient les remplir. Le cloud a ensuite absorbé une partie des infrastructures numériques construites auparavant. Aujourd’hui, l’IA pousse à nouveau à construire avant de connaître tous les usages futurs.

Si les agents deviennent réellement autonomes, si la robotique généraliste progresse, si l’industrie se remplit de machines intelligentes et si le calcul devient une ressource aussi structurante que le réseau, alors une partie de l’infrastructure financée pendant l’euphorie actuelle pourrait continuer à produire de la valeur longtemps après que certaines entreprises ou valorisations auront disparu.

Les bulles technologiques peuvent avoir tort sur le prix… tout en ayant raison sur la direction.

Sources