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En 2017, Benoît Hamon parlait de revenu universel. En 2026, Elon Musk défend presque la même idée face à l’IA.

Neuf ans séparent les deux discours. Benoît Hamon défendait en 2017 un revenu universel comme politique publique ; Elon Musk évoque en 2026 un « universal high income » dans une économie où l’IA et les robots rendraient la production beaucoup plus abondante. Le rapprochement est réel sur une question — que devient le revenu si le travail perd de sa centralité ? — mais leurs réponses restent très différentes.

Par Florent Despréaux

Illustration STORIMITIK comparant Benoît Hamon en 2017 et Elon Musk en 2026 autour de la question du revenu face à l’automatisation.
V1 STORIMITIK — Deux trajectoires politiques et économiques très différentes, mais une question commune : que devient le revenu lorsque l’automatisation réduit la place du travail humain ?

Même question, réponses très différentes

Le rapprochement est accrocheur, mais il faut le cadrer précisément. En 2017, Benoît Hamon a fait du revenu universel l’une des mesures centrales de sa campagne présidentielle. En 2026, Elon Musk évoque de son côté un futur où l’IA et les robots pourraient créer suffisamment d’abondance pour conduire à un « universal high income ».

Le point commun est donc réel mais limité : tous deux interrogent ce qui arrive au revenu quand le travail humain perd une partie de sa centralité économique. En revanche, ils ne proposent ni le même mécanisme, ni le même calendrier, ni la même théorie de l’État.

Hamon défendait une politique publique financée et administrée par la puissance publique. Musk décrit surtout une conséquence possible d’une économie très automatisée, sans présenter en 2026 un dispositif législatif détaillé comparable.

Illustration STORIMITIK comparant le revenu universel proposé par Benoît Hamon en 2017 et le « universal high income » évoqué par Elon Musk en 2026.
V2 STORIMITIK — Même question sur le revenu et le travail, mais deux mécanismes différents : politique publique d’un côté, scénario d’abondance automatisée de l’autre.

En 2017, Hamon voulait construire un revenu universel par étapes

La proposition de Benoît Hamon a évolué pendant la campagne. Public Sénat résumait en avril 2017 une première étape passant par une revalorisation et une automatisation du RSA, puis un revenu pouvant atteindre 600 euros pour certains jeunes et salariés modestes, avant une conférence citoyenne destinée à définir l’extension du dispositif.

L’objectif de long terme affiché pendant la campagne restait un revenu universel pouvant atteindre 750 euros par mois. Le Monde avait documenté les modifications successives du projet en janvier 2017, avec des formulations qui ont changé plusieurs fois avant de revenir à cet objectif à terme.

Le revenu universel de Hamon était donc bien une proposition politique explicite, avec des bénéficiaires, des montants, des étapes et un débat sur son financement. Il ne s’agissait pas seulement d’une prédiction sur l’avenir du travail.

En 2026, Musk parle d’un « universal high income »

Elon Musk emploie un vocabulaire différent. En mai 2026, Reuters rapportait qu’il anticipait une diffusion massive des humanoïdes et estimait que cette automatisation pourrait soutenir la croissance économique et conduire à un « universal high income ».

Il a répété ensuite une vision d’« âge de l’abondance » dans laquelle l’IA et la robotique feraient fortement baisser le coût de nombreux biens et services. Certaines de ses déclarations vont jusqu’à envisager un monde où le travail deviendrait optionnel et où l’argent lui-même compterait moins.

Mais contrairement à la campagne de Hamon, Musk ne présente pas un programme public complet avec un barème, une administration, un financement et un calendrier. Le « universal high income » est chez lui une projection sur l’économie future, pas une politique prête à être votée.

Le vrai point commun : découpler une partie du revenu du travail

L’idée commune apparaît lorsque l’on retire les étiquettes politiques : si les machines produisent davantage avec moins de travail humain, une partie de la société pourrait avoir besoin d’un revenu qui ne dépende plus exclusivement d’un emploi classique.

C’est précisément ce qui rend la comparaison intéressante. Hamon partait d’un diagnostic politique sur la précarité, les mutations du travail et l’automatisation. Musk part d’un scénario technologique dans lequel la productivité des IA et des robots devient si forte qu’elle permettrait de redistribuer une part beaucoup plus importante de la richesse créée.

Dans les deux cas, le débat se déplace : il ne porte plus seulement sur la création d’emplois, mais sur la manière de distribuer la valeur lorsque la production dépend davantage du capital, des logiciels et des machines.

Illustration STORIMITIK représentant la chaîne travail, IA et robots, productivité puis revenu, avec la question du partage des gains de l’automatisation.
V3 STORIMITIK — La question commune dépasse les personnes : si l’automatisation augmente la productivité, reste à savoir comment les gains sont distribués entre capital, salaires, services publics et transferts.

Mais l’automatisation ne signifie pas automatiquement disparition du travail

Le scénario de Musk suppose un niveau d’automatisation extrêmement élevé. Les données actuelles ne permettent pas de conclure qu’il est imminent. L’Organisation internationale du travail estime qu’environ un travailleur sur quatre occupe un métier exposé à un certain degré à l’IA générative, mais souligne que la transformation des emplois est aujourd’hui plus probable que leur disparition pure et simple.

Autrement dit, l’IA peut modifier des tâches, augmenter la productivité et changer la demande de compétences sans supprimer mécaniquement l’emploi. Entre exposition, automatisation partielle et remplacement complet, les écarts sont considérables.

Cela ne rend pas la question du revenu inutile. Au contraire : même une transformation partielle du travail peut déplacer les salaires, la durée du travail, les carrières et la répartition des gains de productivité.

La question décisive n’est pas seulement le montant du revenu

Un revenu universel ou un revenu élevé distribué à grande échelle suppose toujours de répondre à une série de questions : qui finance, qui reçoit, quel montant, quelles prestations sont maintenues, comment évoluent les impôts, et quelle part de la richesse créée par les machines revient aux individus plutôt qu’aux propriétaires du capital.

C’est ici que les deux visions divergent profondément. Hamon inscrivait la redistribution dans les institutions publiques. Musk mise d’abord sur une hausse massive de la productivité rendue possible par la technologie, puis évoque un revenu universel élevé comme conséquence ou mécanisme d’accompagnement.

Le débat ne se résume donc pas à « pour ou contre le revenu universel ». Il concerne la propriété des outils de production, la fiscalité, les services publics, la protection sociale et le pouvoir de négociation dans une économie plus automatisée.

Neuf ans plus tard, la même question revient par une autre porte

En 2017, le revenu universel français était surtout discuté comme une réforme sociale et une réponse aux transformations du travail. En 2026, le même thème réapparaît dans la bouche d’un entrepreneur technologique qui mise sur des IA et des robots capables d’augmenter radicalement la production.

Les deux propositions ne sont donc pas interchangeables. Mais leur point de rencontre est révélateur : dès que l’on imagine une économie où la contribution humaine au travail change fortement, la question du revenu finit par revenir.

Le débat de fond reste ouvert : si l’IA et la robotique créent réellement des gains de productivité massifs, la question ne sera pas seulement de savoir combien les machines produisent. Elle sera de savoir qui bénéficie de cette nouvelle richesse.

Sources