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Ces montagnes chinoises ressemblent à Avatar. Mais le vrai spectacle, c’est ce que le tourisme a construit autour

Plus de 3 000 piliers de grès, des passerelles au bord du vide et des millions de visites : à Zhangjiajie, un paysage classé UNESCO est devenu une expérience touristique mondiale. Et le lien avec Avatar est plus subtil que la légende souvent racontée.

Par Florent Despréaux

Date d’observation :

Lieu : Zhangjiajie / Wulingyuan, Hunan, Chine

Panorama des piliers de grès quartzique de Wulingyuan à Zhangjiajie.
PHOTO TERRAIN STORIMITIK — Zhangjiajie, 2026 : les piliers de Wulingyuan constituent un paysage classé au Patrimoine mondial de l’UNESCO.

À Zhangjiajie, certains paysages paraissent presque artificiels : des centaines de piliers rocheux surgissent de la végétation et disparaissent parfois dans la brume. Ce décor naturel est devenu mondialement célèbre, notamment parce qu’il évoque immédiatement les montagnes flottantes de Pandora dans Avatar.

Mais mes photos prises sur place montrent une deuxième réalité : passerelles, belvédères, plateformes et foules organisent désormais l’accès à ce paysage spectaculaire. Zhangjiajie est à la fois un patrimoine naturel exceptionnel et une immense infrastructure touristique.

Plus de 3 000 piliers dans un site classé UNESCO

Le site de Wulingyuan est inscrit au Patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1992. Il couvre environ 26 400 hectares et compte plus de 3 000 piliers et pics étroits de grès quartzique, dont beaucoup dépassent 200 mètres de hauteur.

Cette géomorphologie exceptionnelle est le résultat de processus naturels très longs. Le paysage ne doit donc pas sa singularité à une construction humaine : l’enjeu touristique consiste précisément à permettre de l’observer sans dégrader ce qui le rend unique.

Pour voir la nature, il faut construire dans la nature

Les photos montrent ce paradoxe : des passerelles et plateformes ont été aménagées au bord du vide pour rendre les panoramas accessibles et canaliser les visiteurs. Ces infrastructures permettent d’approcher des points de vue qui seraient autrement difficiles à atteindre.

Elles modifient cependant l’expérience du paysage. Le visiteur ne traverse pas seulement un espace naturel : il suit un parcours organisé, avec des points d’arrêt, des files et des zones conçues pour absorber d’importants flux.

Passerelle touristique construite au bord des reliefs de Zhangjiajie.
PHOTO TERRAIN STORIMITIK — Les infrastructures rendent les panoramas accessibles tout en organisant les flux.
Belvédère touristique dominant les piliers de Wulingyuan.
PHOTO TERRAIN STORIMITIK — Le paysage naturel est observé depuis un réseau de points de vue aménagés.

Plus de 3,28 millions de visites en six mois en 2026

Selon le gouvernement du Hunan, le cœur touristique de Wulingyuan a enregistré 3,2812 millions de visites entre janvier et juin 2026. Parmi elles, 576 900 étaient des visites de touristes internationaux.

Ces chiffres concernent la zone touristique et une période précise ; ils ne doivent pas être confondus avec le nombre de personnes uniques ni avec l’ensemble des visiteurs de Zhangjiajie sur une année complète. Ils donnent néanmoins l’échelle de la pression touristique exercée sur le site.

L’UNESCO demande explicitement de maîtriser les visiteurs

La documentation UNESCO ne célèbre pas seulement la beauté de Wulingyuan. Elle souligne aussi la nécessité de contrôler le nombre et les activités des visiteurs afin de maintenir un équilibre entre conservation du patrimoine, population locale et économie.

Les foules visibles sur certaines de mes photos rendent cette formulation très concrète : la popularité qui finance et fait connaître le site est aussi l’une des contraintes que sa gestion doit absorber.

Foule de visiteurs face aux formations rocheuses de Zhangjiajie.
PHOTO TERRAIN STORIMITIK — La fréquentation touristique devient visible au pied même des formations naturelles.
Plateforme de visiteurs dans le parc de Zhangjiajie.
PHOTO TERRAIN STORIMITIK — Les plateformes canalisent des volumes importants de visiteurs.

Avatar : une ressemblance devenue une marque touristique

Zhangjiajie est fréquemment présenté comme le paysage ayant inspiré les montagnes flottantes du film Avatar. Pourtant, je n’ai pas trouvé de source primaire suffisamment solide permettant d’attribuer directement cette inspiration à une déclaration de James Cameron. Cette histoire ne doit donc pas être présentée comme un fait établi.

Ce qui est incontestable, en revanche, c’est l’exploitation touristique du rapprochement. Le gouvernement du Hunan mentionne lui-même l’influence de la franchise Avatar dans le développement touristique de Wulingyuan.

Vue rapprochée de piliers rocheux couverts de végétation à Wulingyuan.
PHOTO TERRAIN STORIMITIK — Plus de 3 000 piliers et pics étroits caractérisent le site UNESCO.

Sur place, « Avatar Tribe » transforme le mythe en expérience

Une de mes photos montre explicitement une installation marquée 阿凡达部落 — « Avatar Tribe ». Le lien entre le paysage et l’univers du film n’est donc plus seulement une comparaison faite par des visiteurs : il fait désormais partie de la mise en scène touristique locale.

Cette appropriation est commercialement puissante. Même sans pouvoir démontrer que le paysage a directement inspiré le film, l’association visuelle fonctionne immédiatement et donne au site une histoire facilement exportable auprès d’un public mondial.

Installation touristique portant l’inscription Avatar Tribe à Zhangjiajie.
PHOTO TERRAIN STORIMITIK — « 阿凡达部落 / Avatar Tribe » : la référence au film fait désormais partie de la mise en scène touristique locale.

Le tourisme international a franchi un cap

Le gouvernement du Hunan indique qu’en 2025 Wulingyuan a dépassé pour la première fois le million de visites internationales, provenant de 183 pays et territoires. La référence à Avatar s’inscrit donc dans une stratégie d’internationalisation plus large de la destination.

Le vrai spectacle est aussi l’infrastructure qui permet de le regarder

Zhangjiajie illustre finalement un paradoxe du tourisme naturel contemporain. Plus un paysage est extraordinaire, plus il attire de visiteurs ; plus il attire de visiteurs, plus il faut construire de parcours, de transports, de plateformes et de services pour les accueillir.

Les piliers de Wulingyuan n’ont pas besoin d’Avatar pour être extraordinaires. Mais autour d’eux s’est construit un système touristique capable de transformer une géologie unique en expérience mondiale. La question pour les prochaines décennies sera de savoir jusqu’où cette infrastructure peut grandir sans finir par prendre le dessus sur le paysage qu’elle est censée révéler.

Sources