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Storie DécryptageMobilité / Recharge

1 500 € pour remplacer un câble : pourquoi le vol de cuivre devient le nouveau talon d’Achille des bornes de recharge

Les voleurs ne détruisent pas nécessairement la borne : ils sectionnent surtout son câble pour récupérer le cuivre. Pour eux, la matière revendue peut ne représenter que quelques dizaines d’euros. Pour l’opérateur, le remplacement du matériel se chiffre autour de 1 500 à 1 800 € par câble, avant l’intervention technique, l’immobilisation de la station et les pertes d’exploitation. À mesure que le réseau français dépasse 200 000 points ouverts au public, sa sécurité physique devient un nouvel enjeu d’infrastructure.

Par Florent Despréaux

Reconstitution éditoriale d’une borne de recharge électrique intacte dont le câble a été sectionné, avec cuivre visible, sur un parking humide.
V1 STORIMITIK — Reconstitution éditoriale générée d’un vol de câble. La borne est représentée intacte, avec câble sectionné et cuivre visible. Le logo IONITY sert de repère visuel de marque et ne documente ni n’attribue aucun incident réel à une station IONITY.

Le vol vise surtout le câble, pas la borne

Le mode opératoire est simple : le câble est sectionné puis emporté pour récupérer le cuivre qu’il contient. La station peut rester physiquement intacte, mais elle devient inutilisable pour l’usager tant que le câble n’a pas été remplacé.

Ce type de vol s’est fortement développé en France à partir de 2025, au point que Mobilians a alerté en décembre sur une recrudescence touchant notamment la Seine-et-Marne et le Nord. L’organisation professionnelle souligne que la valeur de revente du cuivre reste faible au regard du coût subi par l’opérateur.

Borne de recharge intacte avec câble sectionné et cuivre visible, reconstitution éditoriale.
V1 STORIMITIK — Reconstitution éditoriale générée : câble sectionné, borne intacte. Le visuel ne représente pas un incident réel et n’attribue aucun vol à IONITY.

Un câble peut rapporter peu au voleur et coûter très cher à l’opérateur

Mobilians estime qu’une centaine de câbles dégradés représente entre 150 000 et 180 000 € pour le seul remplacement du matériel. Rapporté à 100 câbles, cela donne un ordre de grandeur de 1 500 à 1 800 € par câble.

À ce montant s’ajoutent les interventions techniques, l’immobilisation de l’infrastructure et les pertes d’exploitation. Le vrai dommage ne correspond donc pas à la seule valeur du cuivre disparu.

Matthieu Dischamps, secrétaire général de Charge France, indiquait en 2026 qu’un câble pouvait ne représenter qu’environ 20 à 30 € de cuivre à la revente alors que son remplacement coûtait autour de 1 500 € à l’opérateur. Cette estimation vient de la filière et doit être lue comme un ordre de grandeur opérationnel, pas comme un tarif universel.

Gros plan éditorial sur un câble de recharge sectionné, cuivre visible, avec rappel du coût de remplacement.
V2 STORIMITIK — 100 câbles remplacés : 150 000 à 180 000 € pour le matériel selon Mobilians, soit environ 1 500 à 1 800 € par câble. Reconstitution générée ; aucune attribution d’incident réel à IONITY.

En 2026, le phénomène change d’échelle

Charge France a indiqué en 2026 que plus de 650 stations avaient été touchées par des vols de câbles, pour un préjudice estimé à plus de 13 millions d’euros pour l’écosystème. Fin septembre, TF1 rapportait au moins 650 stations ciblées et un préjudice dépassant 14 millions d’euros depuis le début de l’année.

Ces chiffres ne sont pas une statistique policière nationale consolidée : ils proviennent principalement de la filière des opérateurs, puis ont été repris par plusieurs médias à partir des informations de Charge France. Ils donnent néanmoins un ordre de grandeur de l’ampleur du phénomène.

En septembre, un gang a notamment été interpellé en flagrant délit en Haute-Garonne après plusieurs vols attribués au même réseau dans le Sud-Ouest. Les enquêteurs décrivaient un mode opératoire organisé : câbles coupés, récupérés puis destinés à la revente du cuivre.

Le vrai risque est l’indisponibilité du réseau

Pour un automobiliste électrique, un câble manquant signifie d’abord une borne inutilisable. Sur un site très fréquenté ou sur un axe longue distance, plusieurs câbles volés peuvent réduire brutalement la capacité disponible et obliger les conducteurs à chercher une autre station.

Le problème devient donc comparable à ceux rencontrés par d’autres infrastructures utilisant beaucoup de cuivre : rail, télécommunications, éclairage public ou réseaux électriques. Plus une infrastructure devient dense et essentielle, plus elle doit intégrer la sécurité physique dans son exploitation quotidienne.

Cela implique surveillance, détection plus rapide des coupures, traçabilité du matériel, intervention de maintenance et coopération avec les forces de l’ordre et les filières de recyclage. Certaines stations utilisent déjà de la vidéosurveillance ou des dispositifs de traçage pour augmenter le risque d’identification des voleurs.

200 926 points ouverts au public : la recharge devient une infrastructure nationale

Au 31 août 2026, la France comptait 200 926 points de recharge ouverts au public, selon le baromètre de l’Avere-France, du ministère de la Transition écologique et de Gireve. Le réseau avait progressé de 13 % en un an.

Cette densification change la nature du problème. Quand la recharge était encore marginale, un câble coupé pouvait apparaître comme un simple acte de vandalisme local. Avec plus de 200 000 points accessibles au public et des millions de véhicules électrifiés en circulation, la disponibilité du réseau devient une composante de la mobilité quotidienne.

Carte éditoriale illustrative de la France symbolisant la densification du réseau de recharge public et les enjeux de protection physique.
V3 STORIMITIK — 200 926 points de recharge ouverts au public fin août 2026. Carte générée et illustrative : les points lumineux ne constituent pas une géolocalisation exacte des bornes. Source du chiffre : Avere-France / ministère de la Transition écologique / Gireve.

Le cuivre révèle un problème de maturité

Le paradoxe est saisissant : quelques dizaines d’euros de métal récupéré peuvent provoquer plusieurs milliers d’euros de coûts directs et indirects, sans compter le temps perdu par les conducteurs.

Ce n’est pas un signe que la recharge électrique échoue. C’est plutôt un problème classique de maturité d’infrastructure : lorsqu’un réseau devient suffisamment dense, visible et indispensable, il attire aussi les mêmes formes de criminalité que les infrastructures historiques.

La prochaine bataille de la recharge ne se jouera donc pas seulement sur la puissance, le prix du kilowattheure ou le nombre de bornes. Elle se jouera aussi sur quelque chose de beaucoup plus concret : empêcher qu’un coup de pince transforme une station moderne en point de recharge indisponible.

Sources