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300 W sur 5 ports chez UGREEN, 250 W sur 6 chez Anker : le simple chargeur USB-C devient une centrale électrique de bureau

UGREEN concentre jusqu’à 300 W sur cinq ports ; Anker, jusqu’à 250 W sur six. Mais les deux plafonnent à 140 W sur un seul USB-C. La vraie rupture est ailleurs : un seul bloc devient capable de négocier et répartir la puissance entre PC, tablette, smartphone et accessoires.

Par Florent Despréaux

Illustration éditoriale STORIMITIK comparant un chargeur UGREEN 300 W à un Anker Prime 250 W sur un bureau multiappareil.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V1. Mise en scène éditoriale d’un chargeur UGREEN 300 W et d’un Anker Prime 250 W. Les produits représentés sont des illustrations générées inspirées de leurs caractéristiques documentées, pas des photographies officielles. Les puissances 300 W et 250 W sont des puissances totales multiport ; chaque port USB-C principal plafonne ici à 140 W.

Pendant longtemps, le chargeur était un accessoire presque invisible : un bloc secteur par appareil, souvent oublié au fond d’un sac. Les nouveaux chargeurs multiports racontent autre chose.

UGREEN commercialise désormais un Nexode capable de délivrer jusqu’à 300 W au total sur cinq ports. Anker propose de son côté un Prime de 250 W répartis sur six ports.

Le chiffre spectaculaire cache toutefois une nuance essentielle : aucun de ces deux appareils ne délivre 250 ou 300 W sur un seul câble. Leur port USB-C principal monte à 140 W. La vraie innovation est ailleurs : concentrer dans un seul bloc la puissance nécessaire à plusieurs ordinateurs, téléphones, tablettes et accessoires.

300 W ne veut pas dire 300 W sur un seul port

Le Nexode 300 W d’UGREEN possède quatre ports USB-C et un port USB-A. Le premier USB-C peut délivrer jusqu’à 140 W avec USB Power Delivery 3.1.

Les ports USB-C2 et USB-C3 montent jusqu’à 100 W chacun, USB-C4 jusqu’à 45 W et le port USB-A jusqu’à 22,5 W.

UGREEN documente notamment une configuration où les trois premiers ports USB-C fournissent simultanément 140 W, 100 W et 60 W, soit 300 W au total.

Chez Anker, 250 W sont répartis sur six ports

L’Anker Prime 250 W dispose de quatre ports USB-C et deux ports USB-A.

Son premier USB-C monte lui aussi à 140 W. Les trois USB-C suivants atteignent jusqu’à 100 W chacun lorsqu’ils sont utilisés seuls, tandis que les USB-A plafonnent à 22,5 W.

Anker précise qu’avec deux ports utilisés simultanément, la puissance totale peut atteindre 240 W ; avec trois à six ports actifs, le plafond est de 250 W.

Autrement dit, ces chargeurs ne sont plus conçus pour alimenter un appareil très puissant. Ils sont conçus pour arbitrer en permanence entre plusieurs appareils.

Illustration technique STORIMITIK montrant l’architecture interne conceptuelle d’un chargeur multiport UGREEN et Anker : conversion, GaN, contrôleurs USB-PD, thermique et répartition de puissance.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V2. Vue technique conceptuelle : les composants et leur disposition ne reproduisent pas fidèlement l’intérieur réel des chargeurs UGREEN ou Anker. Elle illustre les fonctions techniques documentées — conversion AC/DC, GaN, contrôle USB-PD, gestion thermique et distribution multiport.

Le véritable cerveau du chargeur est la négociation de puissance

USB Power Delivery permet au chargeur et à l’appareil de négocier tension et courant plutôt que d’envoyer arbitrairement la puissance maximale disponible.

Un téléphone n’a pas besoin de la même puissance qu’un ordinateur portable. Un casque ou des écouteurs en demandent encore moins. Le rôle du chargeur multiport est donc de reconnaître la demande de chaque appareil et de répartir son budget électrique.

Anker pousse cette logique jusqu’à un mode baptisé AI Power Mode. Selon le constructeur, il détecte la tension de l’appareil connecté, classe ses besoins et ajuste automatiquement la distribution entre les ports.

La marque permet également de visualiser les puissances sur un écran intégré, de modifier certains réglages et de connecter le chargeur à son application via Wi-Fi pour des fonctions avancées et des mises à jour.

USB-PD 3.1 a changé l’échelle de ce qu’un câble USB-C peut transporter

Le standard USB Power Delivery 3.1, annoncé en 2021, a porté la limite théorique du système de 100 W à 240 W sur un câble USB-C compatible.

L’USB-IF a ajouté de nouveaux niveaux de tension : 28 V pour 140 W, 36 V pour 180 W et 48 V pour 240 W.

Les deux chargeurs étudiés ici utilisent le palier 28 V / 5 A pour atteindre 140 W sur leur port principal. Le plafond théorique USB-C est donc déjà plus haut que ce qu’ils exploitent aujourd’hui sur un seul port.

Pourquoi ne pas simplement envoyer 240 W partout ?

Parce que la puissance utile dépend du chargeur, du câble et surtout de l’appareil alimenté. Un ordinateur qui n’accepte que 100 W n’en utilisera pas 140. Un smartphone conçu pour 27 W ne devient pas plus rapide parce qu’il est connecté à un chargeur de 300 W.

Les protocoles, profils de tension, câbles certifiés et limites propres à chaque appareil déterminent la puissance réellement négociée.

C’est pour cette raison que le chiffre inscrit sur le chargeur décrit surtout une capacité maximale, pas la vitesse réelle de chaque recharge.

Le GaN permet de faire entrer plus de puissance dans moins de volume

Le nitrure de gallium — GaN — remplace progressivement le silicium dans de nombreux chargeurs haute puissance.

Ses propriétés permettent notamment de commuter à des fréquences élevées avec moins de pertes que certaines architectures traditionnelles, ce qui facilite des alimentations plus compactes et plus denses.

UGREEN indique utiliser des composants GaN et SiC dans son Nexode 300 W. Anker commercialise sa propre architecture sous l’appellation GaNPrime.

Mais GaN ne supprime pas le problème de la chaleur. Plus on concentre de puissance dans un petit boîtier, plus la gestion thermique devient structurante.

UGREEN mesure la température jusqu’à 800 fois par seconde

UGREEN annonce que son système de protection thermique surveille la température 800 fois par seconde afin de limiter les risques liés à la surchauffe et aux courts-circuits.

Anker utilise de son côté ActiveShield 3.0 sur sa gamme Prime et affirme surveiller la température plusieurs millions de fois par jour.

Ces chiffres sont des spécifications et affirmations constructeurs. Ils indiquent l’importance accordée au contrôle thermique ; ils ne constituent pas à eux seuls une comparaison indépendante de sécurité entre les deux produits.

Le chargeur devient aussi un produit logiciel

L’Anker Prime illustre une évolution plus étonnante : un chargeur peut désormais disposer d’un écran, d’une molette, du Wi-Fi, d’une application et recevoir des mises à jour de firmware.

Anker avertit même que la répartition de puissance montrée dans sa documentation peut varier après une mise à jour OTA ou selon la version du firmware.

Le bloc secteur commence donc à ressembler à un petit système embarqué : matériel de conversion, capteurs thermiques, logique de négociation, interface utilisateur et logiciel évolutif.

Pourquoi cette montée en puissance change réellement l’usage

Le bénéfice n’est pas seulement technique. Il est logistique.

Un ordinateur portable, un téléphone, une tablette, des écouteurs et une montre peuvent auparavant nécessiter plusieurs blocs secteur ou obliger l’utilisateur à alterner les prises.

Avec 250 ou 300 W disponibles au total, un seul chargeur peut couvrir simultanément plusieurs de ces besoins, à condition que les appareils et les câbles soient compatibles.

Illustration éditoriale STORIMITIK comparant un bureau encombré de plusieurs chargeurs à une configuration utilisant un seul chargeur multiport pour plusieurs appareils.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V3. Mise en scène avant/après destinée à illustrer l’usage multiappareil. Les marques d’ordinateurs et d’accessoires visibles sont décoratives ; les puissances réellement obtenues dépendent de chaque appareil, du câble et du protocole de charge.

Le bureau est évident. Le voyage l’est peut-être encore plus

Pour un utilisateur qui voyage avec un ordinateur, un téléphone, une tablette et quelques accessoires, réduire plusieurs blocs à un seul appareil signifie moins de volume et moins de prises nécessaires dans une chambre d’hôtel ou un espace de travail.

Le compromis existe toutefois : ces chargeurs de bureau restent plus lourds et plus volumineux qu’un petit chargeur de téléphone. Leur intérêt augmente avec le nombre d’appareils transportés.

Le câble devient une pièce critique du système

Atteindre 140 W exige un câble USB-C capable de supporter les niveaux de courant et de tension prévus par USB Power Delivery Extended Power Range.

UGREEN fournit avec son Nexode un câble USB-C annoncé compatible 240 W. Un câble insuffisant peut limiter la puissance, même si le chargeur et l’ordinateur acceptent davantage.

La promesse « un seul chargeur » dépend donc en réalité d’un trio : chargeur, câble et appareil.

250 W ou 300 W : lequel est réellement le plus puissant ?

Sur la puissance totale annoncée, UGREEN possède l’avantage : 300 W contre 250 W.

Sur le nombre de ports, Anker en propose six contre cinq chez UGREEN.

Mais les deux plafonnent à 140 W sur leur port USB-C principal. La différence se joue donc davantage dans la façon dont la puissance totale est répartie, les interfaces, le nombre d’appareils simultanés et les usages visés.

Il serait trompeur de résumer le choix à « 300 W est meilleur que 250 W ». Un utilisateur avec deux appareils n’exploite pas forcément la puissance supplémentaire, tandis qu’un bureau avec plusieurs ordinateurs peut y trouver un réel intérêt.

La prochaine frontière est déjà visible : 240 W sur un seul port

Le standard USB-PD autorise déjà 240 W sur une seule connexion USB-C. Tous les chargeurs, câbles et ordinateurs ne l’exploitent pas encore.

Si cette puissance devient courante sur davantage d’ordinateurs portables, d’écrans ou d’équipements, l’USB-C pourrait remplacer encore davantage d’alimentations propriétaires.

Le chargeur multiport serait alors capable de concentrer dans un seul boîtier ce qui nécessitait autrefois plusieurs briques dédiées.

Le petit bloc secteur est devenu une infrastructure personnelle

Cette évolution résume bien le parcours de l’USB-C : un connecteur conçu pour simplifier les branchements devient progressivement un standard capable de transporter données, vidéo et plusieurs centaines de watts.

UGREEN et Anker ne vendent donc plus seulement des chargeurs rapides. Ils vendent une mini-infrastructure électrique pour le bureau et le voyage.

La vraie rupture n’est pas qu’un nombre soit passé à 250 ou 300 W. C’est qu’un accessoire autrefois dédié à un seul appareil commence à gérer tout l’écosystème électronique qui l’entoure.

Sources