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Uber, DiDi, Grab, Bolt : le VTC devait devenir un marché mondial — il a créé quatre empires régionaux

Le VTC semblait promis à un marché mondial dominé par une poignée d’applications capables de s’imposer partout. Vingt ans plus tard, le secteur est bien mondial, mais il s’est organisé en puissances régionales : Uber à très grande échelle internationale, DiDi ancré en Chine et en expansion hors de son marché domestique, Grab en Asie du Sud-Est et Bolt avec une forte présence en Europe et en Afrique. Et chacune cherche désormais à dépasser le simple trajet en voiture.

Par Florent Despréaux

Montage éditorial STORIMITIK mettant en scène Uber, DiDi, Grab et Bolt dans différents environnements urbains.
V1 STORIMITIK — Quatre plateformes issues du même usage, réserver un trajet, mais développées dans des marchés et des écosystèmes très différents.

Le VTC a mondialisé l’usage, pas le vainqueur

Le geste est presque identique partout : ouvrir une application, indiquer une destination, voir apparaître un prix puis suivre l’arrivée du véhicule sur une carte. Cette simplicité a longtemps laissé penser que le VTC finirait par fonctionner comme d’autres marchés numériques mondiaux, avec un leader capable de s’imposer presque partout.

La réalité a pris une autre direction. Uber reste la plateforme la plus internationalisée des quatre, avec une présence revendiquée dans plus de 70 pays. Mais DiDi, Grab et Bolt ont construit des positions très fortes dans des zones où leur connaissance du marché, leur offre locale et leurs écosystèmes ont compté autant que la taille globale.

Il ne faut donc pas transformer ces quatre groupes en classement simpliste. Les indicateurs publiés ne sont pas homogènes : Uber communique en consommateurs actifs et en trips, DiDi en transactions et GTV, Grab en utilisateurs transactionnels et GMV, Bolt en clients cumulés, pays, villes et run-rate. Les comparer directement produirait un faux palmarès.

Uber reste le plus internationalisé

Au deuxième trimestre 2026, Uber comptait 208 millions de consommateurs actifs mensuels sur sa plateforme. Le groupe a enregistré 3,867 milliards de trips sur le trimestre et 58,0 milliards de dollars de Gross Bookings. Ces données couvrent plusieurs activités de la plateforme et ne doivent pas être lues comme un simple compteur de courses VTC.

Uber revendique en septembre 2026 une présence dans plus de 70 pays et plus de 15 000 villes. Son ambition reste globale, mais son histoire montre aussi les limites d’une expansion uniforme : certaines batailles régionales ont fini par produire des acteurs locaux beaucoup plus puissants.

La Chine et l’Asie du Sud-Est ont changé la trajectoire du marché

En 2016, après une bataille coûteuse en Chine, Uber a cédé ses opérations chinoises à DiDi. Deux ans plus tard, en 2018, Uber a vendu ses activités de mobilité et de livraison en Asie du Sud-Est à Grab. Ces deux opérations ont contribué à fixer une géographie qui reste visible aujourd’hui : DiDi est devenu l’acteur central de la mobilité à la demande en Chine, tandis que Grab a consolidé sa position de super-app régionale en Asie du Sud-Est.

Ce n’est pas pour autant un partage étanche du monde. Uber continue d’opérer dans de nombreux marchés asiatiques, DiDi accélère hors de Chine et Bolt ou Grab rencontrent eux aussi des concurrents locaux. Mais les trajectoires historiques ont créé des bastions très différents.

Infographie STORIMITIK montrant Uber, DiDi, Grab et Bolt comme quatre bastions régionaux de la mobilité à la demande.
V2 STORIMITIK — Uber conserve une très large empreinte internationale ; DiDi est fortement ancré en Chine ; Grab structure une super-app en Asie du Sud-Est ; Bolt s’est fortement développé en Europe et en Afrique.

DiDi reste immense en Chine tout en accélérant à l’international

Au deuxième trimestre 2026, DiDi a enregistré 5,052 milliards de transactions sur son Core Platform : 3,648 milliards dans China Mobility et 1,403 milliard à l’international. Le groupe définit cependant ces transactions différemment d’Uber : à l’international, elles peuvent inclure des courses et des livraisons de repas. Une comparaison directe avec les trips d’Uber serait donc trompeuse.

L’international est néanmoins devenu un moteur de croissance. Le GTV international de DiDi a progressé de 61,1 % sur un an au deuxième trimestre 2026, ou de 52,8 % à changes constants. Le groupe indique également vouloir approfondir ses investissements dans l’IA et la conduite autonome.

Grab a fait de la mobilité la porte d’entrée d’une super-app

Grab opère dans plus de 900 villes réparties dans huit pays d’Asie du Sud-Est : Cambodge, Indonésie, Malaisie, Myanmar, Philippines, Singapour, Thaïlande et Vietnam. Son modèle dépasse largement le VTC : mobilité, livraison et services financiers cohabitent dans la même application.

Au deuxième trimestre 2026, Grab comptait 53,9 millions d’utilisateurs transactionnels mensuels au niveau du groupe. Son activité Mobility a généré 2,214 milliards de dollars de GMV sur le trimestre et ses transactions de mobilité ont progressé de 28 % sur un an.

Bolt a bâti une autre puissance régionale, surtout européenne et africaine

Bolt revendique plus de 200 millions de clients, une présence dans plus de 50 pays et environ 850 villes. Son service de transport avec chauffeur reste central, mais la plateforme s’est étendue aux trottinettes et vélos électriques, à l’autopartage et à la livraison de repas.

À décembre 2025, Bolt affichait un GMV run-rate supérieur à 12 milliards d’euros et un chiffre d’affaires run-rate de 3 milliards d’euros. Là encore, ces données ne sont pas directement comparables aux chiffres trimestriels publiés par Uber, DiDi ou Grab, mais elles donnent l’échelle atteinte par une entreprise née à Tallinn en 2013.

Infographie STORIMITIK montrant Uber, DiDi, Grab et Bolt comme des plateformes qui dépassent désormais le simple trajet en voiture.
V3 STORIMITIK — Les quatre plateformes élargissent la mobilité vers d’autres services : livraison, services financiers, micromobilité, autopartage ou véhicules autonomes selon les groupes.

Le VTC n’est plus qu’une couche d’entrée

Ce qui rapproche désormais les quatre groupes n’est plus seulement la course en voiture. Uber développe Mobility, Delivery et Freight tout en cherchant à devenir une plateforme majeure pour les véhicules autonomes. DiDi combine mobilité, services locaux, énergie et robotaxi. Grab relie mobilité, livraison et finance. Bolt empile VTC, micromobilité, autopartage et livraison.

La logique économique est similaire : utiliser un besoin quotidien à forte fréquence — se déplacer — pour acquérir des utilisateurs, des chauffeurs, des commerçants et des données opérationnelles, puis ajouter progressivement d’autres services autour de cette relation.

Cela transforme la compétition. Un groupe ne cherche plus seulement à avoir davantage de voitures disponibles dans une ville. Il cherche à devenir l’application à laquelle l’utilisateur revient pour plusieurs besoins urbains.

Un classement mondial n’a de sens que si le critère est explicite

Si l’on choisit un critère comparable — le nombre de pays actuellement desservis — l’ordre est clair parmi ces quatre plateformes : Uber revendique plus de 70 pays, Bolt plus de 50, DiDi opère en Chine et dans 14 autres pays, soit 15 au total, et Grab concentre son activité dans huit pays d’Asie du Sud-Est.

Ce classement ne mesure ni le nombre d’utilisateurs actifs, ni les parts de marché locales, ni les trajets, ni le GMV. Il mesure seulement l’empreinte géographique par pays. C’est précisément pourquoi il est utile : il montre à quel point l’internationalisation de ces quatre plateformes reste asymétrique.

Classement STORIMITIK d’Uber, Bolt, DiDi et Grab selon le nombre de pays desservis.
V4 DATA STORIMITIK — Classement par empreinte géographique en nombre de pays desservis : Uber >70, Bolt >50, DiDi 15, Grab 8. Ce classement ne compare pas utilisateurs, trajets ou GMV.

La prochaine frontière pourrait encore rebattre les cartes

Les robotaxis pourraient modifier une nouvelle fois cet équilibre. Uber veut agréger de nombreux partenaires autonomes sur sa plateforme. DiDi développe directement sa propre activité de conduite autonome et son robotaxi R2. Dans ce nouveau cycle, la taille du réseau d’utilisateurs pourrait rencontrer une autre bataille : celle de la technologie, des véhicules et des infrastructures d’exploitation.

Le VTC a donc bien créé un marché mondial, mais pas une plateforme mondiale unique. Il a produit plusieurs systèmes régionaux capables de partir du même geste — réserver un trajet — puis de construire autour de lui des stratégies, des services et des infrastructures très différents.

Sources