Storie DécryptageRunning / Marathon
330 km en 65 h 55, une femme 3e au scratch : le Tor des Géants vient de changer d’échelle
330 kilomètres, 24 000 mètres de dénivelé positif et aucune étape imposée : le Tor des Géants était déjà l’une des références mondiales de l’ultra-endurance. L’édition 2026 ajoute deux repères spectaculaires : Jiaju Zhao passe sous les 66 heures et Katharina Hartmuth termine troisième au classement général en pulvérisant son propre record féminin.
Par Florent Despréaux
Date d’observation :
Lieu : Vallée d’Aoste, Italie

330 kilomètres, 24 000 mètres de dénivelé positif et aucune étape imposée : le Tor des Géants était déjà l’une des références mondiales de l’ultra-endurance. L’édition 2026 ajoute deux repères spectaculaires : Jiaju Zhao passe sous les 66 heures et Katharina Hartmuth termine troisième au classement général en pulvérisant son propre record féminin. Derrière les chronos, c’est toute la manière de courir ces épreuves extrêmes qui évolue.
Une précision avant de parler de records : la fiche officielle du TOR330 présente l’épreuve comme un parcours de 330 km et 24 000 m D+, tandis que le profil détaillé publié par l’organisation affiche 336,5 km et 26 182 m D+. STORIMITIK conserve les chiffres officiels de présentation dans le titre, tout en signalant cet écart de mesure.
Une course de 330 km où chaque minute d’arrêt compte
Le TOR330 effectue une boucle autour de la Vallée d’Aoste avec départ et arrivée à Courmayeur. L’organisation annonce 330 km, 24 000 m D+ et un temps limite de 150 heures. Surtout, aucune étape obligatoire n’est imposée : chaque concurrent décide quand s’arrêter, manger ou dormir. La gestion du repos fait donc partie intégrante de la compétition.
Ce détail change complètement la lecture d’un résultat. Sur un marathon, arrêter le chronomètre n’est pas une option. Sur le Tor non plus, mais le coureur peut choisir de passer vingt minutes, une heure ou davantage dans une base de vie. Le classement mesure donc autant la vitesse en montagne que la capacité à limiter le temps passé immobile.
En 2026, cette équation a été poussée très loin.
Jiaju Zhao passe sous les 66 heures
Le Chinois Jiaju Zhao a rejoint Courmayeur après 65 h 55 min 22 s, améliorant d’environ treize minutes la marque établie en 2025 par Victor Richard en 66 h 08 min 22 s. Il devient ainsi le premier vainqueur du Tor à passer sous les 66 heures.
Treize minutes peuvent sembler dérisoires sur près de trois jours de course. C’est justement ce qui rend le résultat intéressant : le record masculin était déjà extrêmement comprimé.
D’après Outside, Zhao a mené l’essentiel de l’épreuve. À Gressoney, il s’est toutefois arrêté une cinquantaine de minutes pour dormir, permettant momentanément au Suisse Jonathan Schindler de passer devant. Zhao a ensuite repris la tête et ne l’a plus abandonnée.
Autrement dit, même le vainqueur n’a pas simplement couru sans interruption pendant près de 66 heures. Il a choisi quand perdre volontairement du temps pour essayer d’en regagner ensuite.
Trois concurrents séparés par seulement 1 h 15 après près de trois jours
Jonathan Schindler termine deuxième en 66 h 55 min 06 s. Puis arrive Katharina Hartmuth.
Son temps : 67 h 10 min 09 s. Elle ne se situe qu’à 1 h 14 min 47 s du vainqueur et à 15 min 03 s de Schindler.
Sur une épreuve annoncée à 330 kilomètres, voir les trois premiers du classement général regroupés dans une fenêtre d’un peu plus d’une heure montre à quel point le sommet de la course est devenu compétitif.
Le Tor reste une aventure de plusieurs jours pour la majorité du peloton. Mais à l’avant, il prend de plus en plus les caractéristiques d’une véritable course continue.
Katharina Hartmuth enlève douze heures à son propre record
La performance la plus disruptive de l’édition est probablement celle de Katharina Hartmuth.
L’Allemande détenait déjà le record féminin depuis sa victoire de 2024, en 79 h 10 min 40 s. Deux ans plus tard, elle descend à 67 h 10 min 09 s : quasiment douze heures de moins.
Mais son classement est peut-être encore plus significatif que son chrono. Hartmuth termine troisième de l’ensemble de la course, hommes et femmes confondus. Plusieurs comptes rendus de l’épreuve, dont RUN247 et MyTrails, la présentent comme la première femme à monter sur le podium général du Tor des Géants.
Il ne s’agit donc plus seulement d’un record féminin particulièrement rapide. Elle se retrouve directement engagée dans la lutte avec les meilleurs hommes.
Quinze minutes de sommeil en 67 heures
Après son arrivée, Hartmuth a expliqué n’avoir réellement dormi qu’environ quinze minutes pendant ses 67 heures de course.
Cette donnée ne constitue évidemment pas une recommandation d’entraînement. C’est une stratégie extrême, propre à une athlète de très haut niveau engagée dans une situation de course particulière.
Mais elle révèle l’un des nouveaux champs de performance de l’ultra : savoir gérer non seulement les jambes, l’alimentation et l’altitude, mais également le sommeil.

Les bases de vie deviennent des arrêts au stand
Le règlement du Tor laisse aux concurrents une très grande liberté dans la gestion des arrêts. Cette caractéristique transforme les bases de vie en véritables éléments tactiques.
Manger, changer de vêtements, soigner ses pieds, remplir ses flasques ou dormir sont indispensables. Mais chacune de ces opérations consomme du temps.
Le dilemme ressemble presque à celui des sports mécaniques : repartir immédiatement ou accepter un arrêt plus long dans l’espoir d’être plus performant ensuite ?
Les stratégies de Zhao, Schindler et Hartmuth montrent qu’il n’existe pas une réponse unique. Schindler expliquait avoir prévu de dormir durant les deux nuits afin de rester plus frais. Zhao s’est accordé un sommeil plus substantiel à Gressoney. Hartmuth a, elle, réduit son sommeil à presque rien. Trois stratégies différentes ; trois concurrents réunis sur le podium général.
Ce n’est donc pas simplement une question de courir plus vite
Sur une distance aussi longue, gagner quelques secondes au kilomètre ne raconte qu’une partie de l’histoire.
Le résultat dépend également de la capacité à continuer à s’alimenter, éviter que les problèmes de pieds deviennent invalidants, gérer les changements de température, maintenir une navigation fiable malgré la fatigue, décider quand dormir, limiter la durée des ravitaillements et conserver suffisamment de lucidité pour continuer à prendre de bonnes décisions.
Cette accumulation de micro-décisions explique pourquoi deux coureurs capables d’avancer à des vitesses proches peuvent finalement perdre plusieurs heures l’un sur l’autre.
L’ultra-endurance devient ainsi une discipline d’optimisation du temps total, pas seulement du temps de course.
La performance féminine change aussi la lecture du scratch
La troisième place de Hartmuth apporte une autre dimension. Les ultra-trails de très longue durée font partie des disciplines où l’écart entre les meilleures performances masculines et féminines peut parfois devenir relativement réduit. Mais un podium général féminin sur une épreuve de ce niveau reste un événement remarquable.
Hartmuth termine seulement un peu plus d’une heure derrière Zhao après près de trois jours d’effort. Elle a elle-même expliqué espérer que cette performance puisse encourager davantage de femmes à se projeter sur ce type d’épreuves.
Cela ne permet pas de conclure que les différences de performance entre hommes et femmes disparaissent en ultra-endurance. Mais cela montre quelque chose de beaucoup plus concret : sur cette course, en 2026, une femme a été suffisamment performante pour battre presque tout le plateau masculin.
Le Tor des Géants n’est plus seulement une course que l’on termine
C’est peut-être le principal enseignement de cette édition.
Le Tor a historiquement été associé à une logique de survie sportive : franchir les cols, résister aux nuits, supporter la fatigue et atteindre Courmayeur avant la barrière des 150 heures. Cette dimension existe toujours pour l’immense majorité des participants.
Mais la tête de course fonctionne désormais selon une logique différente.
65 h 55 pour Zhao. 67 h 10 pour Hartmuth. Trois concurrents séparés par 1 h 14 min 47 s. Quinze minutes de sommeil déclarées par Hartmuth. Ce sont les signes d’une professionnalisation croissante de la très longue distance : préparation plus spécifique, stratégie plus précise, matériel optimisé, meilleure compréhension de la nutrition et surtout gestion du temps beaucoup plus agressive.
Le Tor des Géants reste une aventure de 330 kilomètres. Mais pour les meilleurs, l’aventure est devenue une course contre chaque minute.
Sources
- TOR330 – TOR DES GÉANTSTORX — fiche officielle TOR330 · TORX with Kailas · 13 septembre 2026
- TOR330 — Elevation profileTORX — profil détaillé du parcours · TORX with Kailas
- Victoires historiques de Jiaju Zhao et Katharina Hartmuth au Tor des GéantsL’Équipe — résultats et records 2026 · L’Équipe · 16 septembre 2026
- Jiaju Zhao, l’ouvrier chinois devenu chasseur de primes puis recordman du Tor des GéantsOutside — stratégie de Jiaju Zhao · Marina Abello Buyle — Outside · 16 septembre 2026
- Katharina Hartmuth abaisse de 12 h son record sur le Tor des Géants et monte sur le podium au classement généralDistances+ — record féminin et sommeil · Distances+ · 16 septembre 2026
- ‘Dare to dream’ – Katharina Hartmuth hopes historic TOR330 podium inspires other womenRUN247 — première femme sur le podium général · Jonathan Turner — RUN247 · 17 septembre 2026
- Tor des Géants 2026 : Jiaju Zhao et Katharina Hartmuth triomphent sur le Tor330MyTrails — podium et stratégies de course · Luc Beurnaux — MyTrails · 16 septembre 2026
- TOR 330 - Tor des GéantsTrail Running Index — historique des temps · Trail Running Index