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5 laboratoires américains, 5 chinois : le Top 10 mondial de l’IA est désormais coupé en deux

Au 2 octobre 2026, si l’on retient pour chaque laboratoire le meilleur modèle actuellement évalué par l’Artificial Analysis Intelligence Index v4.3.2, les dix premières places se partagent exactement entre cinq laboratoires américains et cinq chinois. Les États-Unis gardent les trois meilleurs scores, mais la densité chinoise juste derrière raconte une compétition devenue beaucoup plus resserrée. Ce classement reste toutefois un instantané de benchmark, pas une mesure exhaustive de la puissance industrielle de l’IA.

Par Florent Despréaux

Illustration STORIMITIK opposant les États-Unis et la Chine autour d’un Top 10 de laboratoires d’intelligence artificielle partagé cinq contre cinq.
V1 STORIMITIK — Au 2 octobre 2026, le Top 10 par laboratoire d’Artificial Analysis compte cinq acteurs américains et cinq chinois.

Le constat est spectaculaire, mais il faut d’abord définir ce que l’on classe

L’Artificial Analysis Intelligence Index n’est pas un classement des entreprises d’IA au sens économique, industriel ou géopolitique. C’est un indice composite qui mesure la performance de modèles de langage sur une batterie d’évaluations standardisées.

Pour #103, STORIMITIK retient une règle simple et reproductible : prendre le meilleur score actuellement publié pour chaque laboratoire, puis classer les laboratoires sur cette base. Avec cette méthode, le Top 10 au 2 octobre 2026 se partage exactement entre cinq laboratoires américains et cinq chinois.

Cette précision est essentielle. Un laboratoire peut avoir plusieurs modèles et plusieurs niveaux d’effort ; le score retenu ici correspond donc au meilleur résultat actuellement mesuré pour chacun, pas à une moyenne de toute sa gamme.

Les trois meilleurs scores restent américains

Anthropic occupe la première place avec Claude Opus 5.5 en configuration maximale à 58 points. OpenAI suit avec GPT-6 Astra à 53, à égalité avec Google et Gemini 4 Argon à 53.

Meta complète le groupe américain avec Muse Spark 1.3 en configuration maximale à 48. SpaceXAI atteint 46 avec Grok 4.7. Les États-Unis conservent donc les cinq premières positions du classement retenu par STORIMITIK, et surtout les trois scores les plus élevés.

Le 58 d’Anthropic mérite une nuance : Artificial Analysis mesure plusieurs niveaux d’effort pour certains modèles. Claude Opus 5.5 atteint 58 en configuration « Max Effort » avec fallback ; GPT-6 Astra atteint 53 en configuration Max, et Gemini 4 Argon 53 en configuration High. Comparer les scores exige donc de conserver la configuration évaluée en tête.

Infographie STORIMITIK montrant les trois meilleurs scores américains du classement Artificial Analysis : Anthropic 58, OpenAI 53 et Google 53.
V2 STORIMITIK — Les trois meilleurs scores restent américains : Anthropic 58, OpenAI 53 et Google 53.

La Chine occupe désormais toute la seconde moitié du Top 10

À partir de la sixième place, les cinq laboratoires retenus sont chinois. Xiaomi ouvre ce groupe avec MiMo-V2.6-Pro à 46 points, soit le même score que SpaceXAI.

Alibaba suit à 45 avec Qwen3.8 Max (0902), à égalité avec Z AI et GLM-5.3 Max. Kimi atteint 44 avec Kimi K3 Max, et StepFun 44 avec Step 5 Preview.

La caractéristique la plus frappante est donc moins un « rattrapage » absolu qu’une concentration : cinq laboratoires chinois se situent dans une bande très étroite de 44 à 46 points. Le meilleur chinois reste à douze points du leader Anthropic, mais il n’existe plus de large zone vide entre les meilleurs laboratoires américains et un seul acteur chinois isolé.

Infographie STORIMITIK présentant cinq laboratoires chinois concentrés entre 44 et 46 points dans la seconde moitié du Top 10 d’Artificial Analysis.
V3 STORIMITIK — Xiaomi 46, Alibaba 45, Z AI 45, Kimi 44 et StepFun 44 occupent la seconde moitié du Top 10 retenu.

DeepSeek n’est plus le seul symbole de la poussée chinoise

Un autre signal apparaît dans la composition de ce groupe. DeepSeek, qui a cristallisé une grande partie de l’attention internationale en 2025 et au début de 2026, n’est pas dans ce Top 10 par laboratoire au moment de cette photographie du classement. Artificial Analysis affiche actuellement son meilleur modèle à 39 points.

À sa place, la profondeur chinoise vient désormais de plusieurs acteurs : Xiaomi, Alibaba, Z AI, Kimi et StepFun. Cela rend la lecture plus intéressante qu’un duel entre OpenAI et DeepSeek : la concurrence ressemble de plus en plus à deux écosystèmes capables de produire plusieurs laboratoires de premier plan.

Cette profondeur peut évoluer très vite. Les sorties de modèles sont fréquentes, les scores sont mis à jour et Artificial Analysis fait évoluer sa méthodologie. Le 5–5 doit donc être lu comme une photographie datée du 2 octobre 2026, pas comme une structure définitive du marché.

Ce que mesure vraiment l’Artificial Analysis Intelligence Index

La version 4.3.2 de l’indice agrège dix évaluations. Artificial Analysis explique que le score global est une moyenne pondérée, ramenée sur une échelle de 0 à 100, avec quatre grandes familles — agents, code, capacités générales et raisonnement scientifique — pesant chacune 25 %.

Parmi les évaluations figurent notamment AA-Briefcase, GDPval-AA, AutomationBench-AA, Terminal-Bench, SciCode, Humanity’s Last Exam, GDP.pdf, CritPt, AA-Omniscience et AA-LCR. Le benchmark cherche donc à mélanger raisonnement, tâches agentiques, code, connaissances et exécution de problèmes complexes.

Mais un score composite reste une abstraction. Un modèle classé plus bas peut être meilleur pour un usage précis, moins coûteux, plus rapide, plus ouvert ou plus facile à déployer localement. Artificial Analysis publie d’ailleurs séparément des mesures de prix, vitesse, latence, contexte et performances par domaine.

Tableau STORIMITIK du Top 10 par laboratoire selon Artificial Analysis au 2 octobre 2026, avec cinq laboratoires américains et cinq chinois, leurs meilleurs modèles et leurs scores.
V4 DATA STORIMITIK — Classement par laboratoire selon le meilleur modèle actuellement évalué par Artificial Analysis Intelligence Index v4.3.2, vérifié le 2 octobre 2026.

Un Top 10 ne mesure pas toute la puissance de l’IA d’un pays

Le partage 5–5 ne signifie donc pas que la Chine et les États-Unis seraient devenus parfaitement égaux dans l’intelligence artificielle. Le benchmark ne mesure ni la quantité de calcul disponible, ni les revenus, ni le nombre d’utilisateurs, ni les puces, ni les data centers, ni l’accès au capital, ni la capacité industrielle à déployer l’IA à grande échelle.

Il ne mesure pas davantage la diffusion des modèles dans les entreprises, les administrations ou les produits grand public. Une avance dans un benchmark et une avance dans un écosystème complet sont deux choses différentes.

Ce que ce Top 10 montre réellement est plus précis : la frontière des modèles de haut niveau n’est plus occupée par quelques laboratoires américains suivis très loin derrière. Les États-Unis restent devant sur les meilleurs scores, tandis que la Chine dispose désormais d’un groupe dense de laboratoires immédiatement présents dans la seconde moitié du classement.

La compétition devient une course d’écosystèmes

L’image la plus intéressante n’est donc peut-être pas le chiffre 5–5 lui-même. C’est le fait que derrière Anthropic, OpenAI et Google, la compétition ne se résume plus à un ou deux challengers. Meta, SpaceXAI, Xiaomi, Alibaba, Z AI, Kimi et StepFun forment un peloton beaucoup plus fourni.

Dans une industrie où un nouveau modèle peut modifier un classement en quelques jours, cette densité compte. Elle augmente le nombre d’équipes capables de produire la prochaine rupture et réduit la valeur d’une lecture trop simple du type « un champion américain contre un champion chinois ».

Au 2 octobre 2026, le signal est donc clair mais limité : les meilleurs scores restent américains, tandis que la Chine occupe désormais la moitié du Top 10 par laboratoire de ce benchmark. Le prochain classement pourra déjà raconter autre chose.

Sources