Storie DécryptageRetail
Squeezie ne vend plus seulement des vidéos : boissons, marques et formats télé… comment 20 millions d’abonnés deviennent une machine à créer des business
Squeezie reste l’un des plus grands créateurs francophones. Mais son économie dépasse désormais largement la publicité YouTube : Ciao en grande distribution, GP Explorer dans le monde physique, Yoko dans la mode et Stop The Train dont Banijay a acquis les droits mondiaux. Le véritable actif n’est peut-être plus seulement la chaîne : c’est la capacité à transformer une audience en infrastructure de lancement.

Pendant longtemps, le modèle économique d’un youtubeur semblait relativement simple : produire des vidéos, accumuler des vues, vendre de la publicité, des opérations sponsorisées et éventuellement du merchandising. Le parcours de Squeezie montre à quel point cette définition est devenue trop étroite.
En 2026, Lucas Hauchard reste d’abord un créateur de contenu. Mais autour de son audience se développent désormais des produits de grande consommation, des événements physiques, des marques, des sociétés de production et même des formats audiovisuels dont les droits peuvent voyager à l’international.
Le changement fondamental n’est donc pas que Squeezie aurait cessé d’être youtubeur. C’est que son audience devient une infrastructure : elle permet de tester une idée, lancer un produit, créer un événement ou donner immédiatement une exposition considérable à un nouveau format.
20 millions d’abonnés : l’audience n’est plus seulement une audience
La chaîne YouTube de Squeezie dépasse désormais les 20 millions d’abonnés et cumule plus de 12 milliards de vues selon les données publiques disponibles.
À cette échelle, publier une vidéo ne signifie plus seulement toucher des spectateurs. Cela signifie disposer d’un canal de distribution médiatique que très peu de nouvelles marques pourraient acheter au prix du marché.
Mais il faut être précis : une audience n’est ni un chiffre d’affaires ni une garantie de succès commercial. Elle réduit surtout un problème majeur pour toute nouvelle marque : obtenir l’attention initiale.
De Dofus à un écosystème média
Lucas Hauchard commence très jeune à publier des contenus liés au jeu vidéo avant de créer la chaîne Squeezie en 2011. Son ascension accompagne la professionnalisation de YouTube en France.
Au fil des années, les formats s’élargissent : gaming, divertissement, musique, documentaires, collaborations et productions de plus en plus ambitieuses.
Cette diversification constitue une première rupture : la chaîne n’est plus définie par un seul sujet. C’est la relation avec la communauté et la capacité à fabriquer des concepts qui deviennent les actifs centraux.
GP Explorer : quand une communauté numérique devient un événement physique
Avec GP Explorer, Squeezie démontre qu’une audience née sur internet peut être déplacée vers un événement réel à grande échelle.
La première édition est organisée en 2022. La deuxième, en 2023, établit un record d’audience simultanée sur Twitch en France avec environ 1,34 million de spectateurs au pic, selon les chiffres largement rapportés à l’époque.
Le GP Explorer ne doit pas être réduit à une vidéo géante. Il mobilise un circuit, des pilotes-créateurs, des partenaires, une production audiovisuelle, des spectateurs sur place et une audience en ligne. Le créateur devient organisateur d’un actif événementiel.
Ciao : transformer l’attention en produit de grande consommation
L’étape suivante est encore différente : vendre un produit qui doit survivre en dehors de YouTube.
Ciao Kombucha est développé avec Banger Ventures, un studio de marques qui travaille avec des créateurs pour concevoir puis distribuer des produits de grande consommation.
Selon une présentation UDM/Banger Ventures s’appuyant sur des données NielsenIQ, Ciao réalise 788 000 euros de ventes en grande distribution lors de son premier mois en 2025. La même présentation classe ensuite Ciao comme 4e innovation PGC-FLS 2025 et 1re innovation boissons.
Ces chiffres ne doivent pas être transformés en chiffre d’affaires annuel sans source comptable correspondante. Ils montrent néanmoins qu’une marque issue d’un créateur peut obtenir très rapidement une présence mesurable dans les circuits traditionnels de distribution.
Banger Ventures industrialise une nouvelle chaîne de valeur
Le rôle de Banger Ventures est important parce qu’il évite une lecture trop simpliste du type « Squeezie fabrique des boissons ». Le créateur apporte notamment son univers, sa compréhension de sa communauté et sa capacité médiatique ; le studio apporte des compétences de développement de marque, produit et distribution.
Banger Ventures se présente comme un studio destiné à construire des marques de grande consommation avec des créateurs.
Son portefeuille public comprend Ciao Kombucha avec Squeezie, puis Ciao Energy avec Squeezie, Léna Situations et Inoxtag, ainsi que Brosti avec McFly & Carlito.
Le modèle consiste donc à transformer un actif immatériel — confiance, notoriété, communauté, capacité à raconter — en un produit qui doit ensuite gagner sa place dans un rayon physique.
Le vrai test commence quand le produit quitte la vidéo
Une marque de créateur bénéficie d’un lancement que la plupart des nouvelles marques rêveraient d’obtenir. Mais la grande distribution impose ensuite ses propres règles : rotation en rayon, prix, réachat, logistique, disponibilité et concurrence.
La notoriété peut provoquer le premier achat. Elle ne garantit pas le deuxième.
C’est ce passage de l’audience au réachat qui permet de distinguer un produit soutenu par une communauté d’une marque réellement durable.

Stop The Train franchit une autre frontière : celle de la propriété intellectuelle
En 2026, un autre projet illustre une évolution encore plus profonde. Stop The Train n’est pas un produit physique mais un format audiovisuel.
Le 21 avril 2026, Banijay Entertainment annonce avoir acquis les droits mondiaux de Stop The Train, créé par Squeezie et Théodore Bonnet et produit par Unfold Productions.
L’intérêt économique est très différent d’une vidéo classique. Une vidéo est généralement consommée telle quelle. Un format, lui, peut être adapté dans d’autres langues, avec d’autres animateurs, d’autres participants et d’autres diffuseurs.
Autrement dit, une idée née dans l’écosystème YouTube français devient une propriété intellectuelle susceptible d’être vendue et adaptée sur plusieurs marchés.

YouTube devient alors un laboratoire de formats
La télévision traditionnelle développe généralement un concept avant de tester son audience à l’antenne. Les grands créateurs peuvent inverser une partie de cette logique.
Ils expérimentent directement devant des millions de personnes. Un concept qui fonctionne possède déjà des preuves : audience, réactions, rythme, personnages, mécanique narrative et capacité à générer de la conversation.
Pour un groupe international comme Banijay, cette validation publique peut constituer un signal particulièrement intéressant. Cela ne garantit évidemment pas le succès d’une adaptation, mais réduit une partie de l’incertitude initiale.
Le créateur devient-il une entreprise ? Pas exactement
Il serait tentant de représenter tout cet écosystème comme un empire détenu intégralement par Squeezie. Ce serait juridiquement et économiquement trop simplificateur.
Les différents projets impliquent des sociétés, partenaires, producteurs, investisseurs, studios et accords dont les structures varient. Une collaboration commerciale n’équivaut pas automatiquement à une filiale, et la présence d’un créateur dans une marque ne signifie pas qu’il en possède seul le capital.
La bonne lecture est celle d’un réseau d’actifs et de partenariats construit autour d’une capacité centrale : mobiliser l’attention et fabriquer des concepts.
Yoko, Gentle Mates, musique : plusieurs extensions, plusieurs modèles
La marque Yoko inscrit également Squeezie dans la mode. Sa participation à Gentle Mates le relie à l’e-sport. Son album Oxyz avait déjà montré en 2020 que son audience pouvait être déplacée vers la musique.
Ces activités n’ont ni la même structure économique ni le même degré de contrôle. Les regrouper sous un chiffre d’affaires unique serait donc artificiel.
Ce qui les relie est plutôt une même capacité de passage entre médias : vidéo, événement, produit, musique, mode, sport et désormais format audiovisuel international.
Pourquoi les marques traditionnelles regardent ce modèle de près
Une marque classique doit souvent acheter de l’attention avant de pouvoir vendre. Un grand créateur dispose déjà d’une communauté qu’il peut mobiliser, sous réserve de conserver sa confiance.
Cette asymétrie change le coût et la vitesse du lancement. Le créateur peut montrer les coulisses, raconter la fabrication, faire tester le produit et obtenir un retour immédiat.
Mais cet avantage comporte aussi une fragilité : si la relation avec la communauté se dégrade, l’actif marketing central peut être touché beaucoup plus vite qu’une marque distribuée entre de nombreux canaux indépendants.
Le modèle économique le plus précieux est peut-être la distribution
Pendant des décennies, posséder une usine, un réseau de magasins ou une chaîne de télévision constituait un avantage considérable. Les créateurs ont ajouté un autre actif stratégique : la distribution directe de l’attention.
Cette distribution peut être convertie en publicité, mais aussi en lancement de produit, billetterie, audience événementielle, marque, propriété intellectuelle ou négociation avec de grands groupes.
C’est pourquoi la question « combien gagne Squeezie sur YouTube ? » devient de moins en moins suffisante pour comprendre son économie.
Le prochain Squeezie sera peut-être moins youtubeur qu’architecte d’écosystème
La trajectoire de Squeezie raconte une transformation plus large de l’économie des créateurs. Les plus importants ne cherchent plus seulement à maximiser leurs revenus publicitaires.
Ils peuvent utiliser leur média pour créer des actifs qui continuent d’exister ailleurs : un produit dans un supermarché, une course automobile, une marque de vêtements ou un format vendu à un groupe audiovisuel mondial.
YouTube reste alors essentiel, mais son rôle change. Ce n’est plus seulement l’endroit où l’on monétise des vues. C’est le point de départ d’une infrastructure capable de lancer des projets.
Squeezie n’a donc pas cessé d’être youtubeur. Son parcours montre quelque chose de plus intéressant : ce qu’il est possible de construire lorsque vingt millions d’abonnés deviennent non pas la finalité, mais le moteur.

Sources
- Chaîne officielle SqueezieYouTube — Squeezie · YouTube / Squeezie
- Banijay Entertainment boards digital-first format Stop The TrainBanijay Entertainment · Banijay Entertainment
- Présentation et portefeuille de marquesBanger Ventures · Banger Ventures
- Ciao Kombucha x Squeezie — bilan grande distribution et données NielsenIQUDM / Banger Ventures · UDM / Banger Ventures
- Squeezie YouTube statisticsSocial Blade · Social Blade