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27 satellites en 9 minutes ? Non : voilà ce qui se passe vraiment pendant un lancement Starlink

Une vidéo peut donner l’impression que SpaceX lance, met en orbite et déploie 27 satellites en neuf minutes. La mission Starlink 11-11 montre autre chose : le booster revient en un peu plus de huit minutes, le deuxième étage atteint une première orbite autour de neuf minutes, mais les satellites ne sont libérés qu’environ une heure après le décollage.

Par Florent Despréaux

Infographie éditoriale expliquant la différence entre décollage, retour du booster et déploiement des satellites lors d’une mission Starlink.
V1 STORIMITIK — Fact-check de Starlink 11-11 : 27 satellites ont décollé ensemble le 7 avril 2025, mais leur déploiement a été confirmé environ une heure plus tard.

Le chiffre viral mélange trois événements différents

« SpaceX met 27 satellites en orbite en neuf minutes. » La formule paraît résumer une performance spectaculaire. Elle mélange en réalité plusieurs moments d’une mission Falcon 9 : l’arrivée du deuxième étage sur une première trajectoire orbitale, le retour du premier étage et le déploiement effectif des satellites.

La mission Starlink 11-11 du 7 avril 2025 permet de voir précisément la différence. Le Falcon 9 a bien décollé de Vandenberg avec 27 satellites Starlink V2 Mini. Mais SpaceX n’a confirmé leur déploiement qu’environ une heure après le lancement.

Reconstitution éditoriale de la chronologie de la mission Starlink 11-11 : décollage, retour du booster puis déploiement des 27 satellites.
V1 STORIMITIK — Les 27 satellites sont bien lancés ensemble, mais leur déploiement intervient environ une heure après le décollage, pas à T+9 minutes.

À T+2 min 28, la fusée devient deux véhicules

Le Falcon 9 est une fusée à deux étages. Après l’extinction du premier étage, les deux parties se séparent. Sur Starlink 11-11, cette séparation est donnée à environ T+2 min 28.

À partir de là, deux missions se déroulent en parallèle. Le premier étage commence sa séquence de retour vers la Terre. Le deuxième étage, lui, allume son moteur Merlin Vacuum et poursuit l’accélération du payload vers l’orbite.

C’est cette simultanéité qui rend les vidéos de lancement faciles à mal interpréter : pendant qu’une partie de la fusée revient déjà vers l’océan, l’autre continue encore sa mission spatiale.

Reconstitution éditoriale montrant les deux trajectoires après la séparation d’un Falcon 9 : retour du premier étage et poursuite du deuxième vers l’orbite.
V2 STORIMITIK — Après la séparation, le premier étage revient se poser tandis que le deuxième poursuit sa mission avec les satellites.

À T+8 min, ce qui se pose n’est pas la charge utile

Un peu plus de huit minutes après le décollage, le premier étage de Starlink 11-11 s’est posé sur le drone ship Of Course I Still Love You dans le Pacifique. La télémétrie publiée pour la mission situe l’atterrissage autour de T+8 min 11.

Ce spectaculaire retour du booster peut donner l’impression que la mission principale est déjà terminée. Elle ne l’est pas. Au même moment, le deuxième étage est toujours en vol avec les 27 satellites.

Vers T+9 min, les satellites sont encore attachés

La première extinction du moteur du deuxième étage intervient autour de T+8 min 38. Le véhicule a alors atteint une première orbite, mais le stack Starlink est toujours fixé à l’étage supérieur.

Autrement dit, atteindre une orbite initiale et déployer la charge utile sont deux événements différents. Une fusée peut avoir accompli son insertion orbitale initiale sans que les satellites aient encore été libérés.

Reconstitution éditoriale du deuxième étage d’un Falcon 9 avec ses satellites encore attachés après l’insertion orbitale initiale.
V3 STORIMITIK — Vers T+9 minutes, le deuxième étage a terminé sa première poussée orbitale mais les satellites sont encore attachés ; leur déploiement intervient plus tard.

Le véritable déploiement arrive à T+58 min 50

La chronologie publiée de Starlink 11-11 indique une courte seconde mise à feu du deuxième étage autour de T+51 min 57, puis le déploiement du stack Starlink à T+58 min 50. Spaceflight Now résume donc correctement l’événement en indiquant que SpaceX a confirmé le déploiement environ une heure après le lancement.

C’est à ce moment-là que les 27 satellites cessent d’être une charge attachée au lanceur pour devenir des engins spatiaux séparés. Le mot « lancé » peut donc désigner le fait d’avoir quitté le sol à bord du Falcon 9, alors que « déployé » décrit leur séparation effective du deuxième étage.

La performance réelle n’a pas besoin d’être exagérée

Le fact-check ne rend pas la mission moins impressionnante. En moins de neuf minutes, un premier étage ayant propulsé la fusée hors des couches denses de l’atmosphère peut revenir se poser sur une plateforme en mer, tandis que le deuxième étage poursuit indépendamment l’insertion orbitale de plusieurs tonnes de charge utile.

Cette architecture est au cœur du Falcon 9 : SpaceX décrit officiellement une fusée réutilisable à deux étages, dont le premier est conçu pour revenir tandis que le second place la charge utile sur l’orbite visée.

La prouesse n’est donc pas « 27 satellites déployés en neuf minutes ». Elle est plus subtile : plusieurs séquences complexes — montée, séparation, retour, insertion orbitale puis déploiement — sont enchaînées et partiellement simultanées.

Une vidéo courte peut comprimer une heure en quelques secondes

Les montages viraux renforcent la confusion parce qu’ils assemblent souvent le décollage, la pose du booster et des images de satellites en orbite sans conserver le temps réel qui sépare ces scènes.

Le bon réflexe consiste donc à regarder ce que représente chaque instant : à T+8 minutes, on observe surtout le retour du premier étage ; vers T+9 minutes, le deuxième étage a atteint une première orbite ; sur Starlink 11-11, les 27 satellites ne sont effectivement déployés qu’à T+58 min 50.

SpaceX va très vite. Mais même dans une mission Starlink, neuf minutes et une heure ne racontent pas la même étape.

Sources