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Anthropic paie 1,25 milliard de dollars par mois à SpaceX. La prochaine étape : faire monter le calcul IA en orbite
SpaceX loue désormais des centaines de milliers de GPU à Anthropic et Google. En parallèle, l’entreprise prépare AI1, un satellite géant conçu pour faire tourner du calcul d’intelligence artificielle en orbite. Deux activités encore distinctes, mais une même ambition : devenir une infrastructure majeure de l’IA.
Par Florent Despréaux
Date d’observation :
Lieu : États-Unis / orbite terrestre

SpaceX n’est plus seulement une entreprise de fusées, de satellites et d’accès à Internet. En 2026, l’entreprise d’Elon Musk est aussi devenue un fournisseur de puissance de calcul pour des acteurs majeurs de l’intelligence artificielle.
Le chiffre qui donne immédiatement la mesure du virage est celui d’Anthropic. En mai 2026, l’entreprise a signé avec SpaceX des accords lui donnant accès à environ 325 000 GPU NVIDIA répartis entre les infrastructures COLOSSUS et COLOSSUS II. Le tarif annoncé dans les documents réglementaires : 1,25 milliard de dollars par mois, avec une montée en charge initiale à tarif réduit.
Quelques semaines plus tard, Google a signé à son tour. Son accord prévoit l’accès à environ 110 000 GPU NVIDIA, ainsi qu’aux CPU, à la mémoire et aux composants associés, pour 920 millions de dollars par mois à partir d’octobre 2026. La capacité doit monter progressivement avant cette échéance.
SpaceX vend désormais quelque chose de nouveau : du calcul
Ces contrats montrent que l’infrastructure construite à l’origine pour les besoins d’IA du groupe peut aussi devenir un produit vendu à des tiers. SpaceX explique explicitement qu’elle peut répartir sa capacité entre ses propres applications d’intelligence artificielle et des clients externes.
Le contrat Anthropic porte sur environ 325 000 GPU. Celui de Google sur environ 110 000. Les deux sociétés conservent la propriété intellectuelle de leurs modèles, contenus et données : SpaceX fournit la capacité informatique, pas les modèles.

Il faut d’ailleurs résister à une tentation : multiplier simplement les mensualités par plusieurs années et présenter le résultat comme un chiffre d’affaires garanti. Les contrats comportent des mécanismes de montée en charge et des clauses de résiliation. Anthropic peut notamment sortir de l’accord après la période initiale avec préavis ; Google dispose lui aussi d’une possibilité de résiliation après le 31 décembre 2026 avec un préavis de 90 jours.
Le paradoxe : vendre du calcul à des entreprises qui développent leurs propres IA
Anthropic développe Claude. Google développe Gemini. SpaceX dispose, via son activité IA, de ses propres modèles et applications. Cela n’empêche pas les mêmes groupes de se retrouver dans une relation fournisseur-client lorsqu’il s’agit d’accéder rapidement à des centaines de milliers de GPU.
Le signal économique est important : dans l’IA, la valeur ne se situe pas seulement dans le modèle. Elle se situe aussi dans l’électricité, les bâtiments, les GPU, les réseaux, le refroidissement et la capacité à mettre ces ressources en service assez vite.
C’est précisément là que l’histoire change d’échelle. SpaceX ne veut pas s’arrêter aux centres de calcul terrestres.
AI1 : le data center devient un satellite
Sur sa page officielle consacrée à STARMIND, SpaceX présente désormais AI1, un satellite conçu autour d’une charge de calcul IA locale. Le principe : produire l’électricité grâce à de vastes panneaux solaires, dissiper la chaleur dans l’espace et transmettre les résultats par liaisons laser vers le réseau Starlink.
La fiche publique actuelle annonce un engin d’environ 30 mètres de hauteur une fois déployé, 75 mètres d’envergure et une charge de calcul pouvant atteindre 250 kW en pointe pour environ 175 kW en moyenne.
Ces valeurs ont déjà évolué. Une présentation antérieure de 2026 montrait une première version de travail autour de 150 kW en pointe et 120 kW soutenus. La différence rappelle qu’AI1 reste un projet en développement : les caractéristiques ne doivent pas être traitées comme celles d’un produit industriel figé.
Pourquoi mettre du calcul dans l’espace ?
Le premier argument avancé par SpaceX est énergétique. En orbite héliosynchrone, l’entreprise veut exploiter une exposition solaire très élevée et réduire la dépendance aux réseaux électriques terrestres, au foncier et à certaines infrastructures énergétiques.
Le deuxième est thermique. Dans le vide spatial, il n’y a pas de convection comme sur Terre. La chaleur doit être évacuée par rayonnement. SpaceX prévoit pour cela de grands radiateurs, des chambres à vapeur, des boucles de refroidissement actives et des revêtements thermiques.
Cela ne signifie pas que le refroidissement devient gratuit ou trivial. Il faut toujours transporter et dissiper plusieurs centaines de kilowatts de chaleur dans un environnement où réparer un composant défaillant est extrêmement difficile. SpaceX reconnaît d’ailleurs dans ses documents que les processeurs en orbite ne sont pas censés être réparés sur place.
Le troisième argument est le réseau. Les satellites AI1 doivent communiquer entre eux par lasers et utiliser Starlink pour renvoyer les résultats vers la Terre. SpaceX cherche ainsi à transformer une constellation de satellites en une infrastructure informatique distribuée.
Et la fusée devient une partie du data center
Le modèle n’a de sens que si le coût de mise en orbite baisse suffisamment. SpaceX présente donc Starship comme un élément central du projet : pour déployer du calcul à grande échelle, il faut lancer beaucoup de masse — panneaux solaires, radiateurs, structures, processeurs et systèmes de communication.
C’est l’une des singularités du projet. Un acteur classique du cloud doit acheter des serveurs, construire des bâtiments et sécuriser de l’électricité. SpaceX cherche à maîtriser en plus le satellite, le réseau de communication, la fabrication et le lanceur.
Un million de satellites ? Attention à ce que dit réellement la FCC
Le chiffre donne le vertige : jusqu’à un million de satellites. Il existe bien dans un document officiel. Mais il faut le lire correctement.
Le 4 février 2026, le Space Bureau de la Federal Communications Commission a annoncé avoir accepté pour examen une demande de SpaceX visant un système de centres de données orbitaux pouvant aller jusqu’à un million de satellites, sur des orbites comprises entre environ 500 et 2 000 kilomètres.
« Accepté pour examen » ne signifie pas « autorisé », et encore moins « un million de satellites seront lancés ». Il s’agit d’un plafond demandé dans un dossier réglementaire. L’architecture finale, son calendrier et son échelle réelle peuvent encore évoluer considérablement.
Les premières échéances sont beaucoup plus proches
SpaceX indique vouloir construire à Bastrop, au Texas, une « Gigasat Factory » dédiée à la fabrication de satellites IA. Sa page officielle évoque une production de milliers d’unités pouvant commencer dès la fin de 2027.
Dans ses documents réglementaires, l’entreprise indique par ailleurs qu’elle pourrait commencer à déployer ses satellites de calcul IA à partir de 2028. Là encore, il s’agit d’un objectif annoncé, pas d’une date de service garantie.
Le projet reste extraordinairement difficile
Le vertige technologique ne doit pas masquer les obstacles. Les processeurs doivent supporter les radiations. Les systèmes de refroidissement doivent évacuer une puissance thermique considérable. Les satellites doivent être produits à très grande cadence, lancés, connectés, maintenus par logiciel et finalement retirés de service sans créer un risque orbital supplémentaire.
L’économie du système reste elle aussi à démontrer. L’énergie solaire disponible en orbite ne suffit pas, à elle seule, à rendre le calcul moins cher : il faut intégrer le coût des satellites, des lancements, des puces, du réseau, des pertes de matériel et du renouvellement rapide des générations de processeurs.
Le plus spectaculaire est peut-être le changement de métier
Les contrats Anthropic et Google sont terrestres. AI1 est orbital. Ce sont aujourd’hui deux étapes distinctes, qu’il ne faut pas confondre.
Mais leur juxtaposition révèle la stratégie : SpaceX cherche à devenir un opérateur d’infrastructure IA de bout en bout, capable de fournir du calcul sur Terre aujourd’hui et, si la technologie tient ses promesses, une partie de ce calcul depuis l’espace demain.
Dans cette vision, la fusée n’est plus seulement un moyen d’atteindre l’orbite. Le satellite n’est plus seulement un relais de télécommunications. Et le data center n’est plus nécessairement un bâtiment posé sur Terre.
C’est là que le projet AI1 donne réellement le vertige : SpaceX essaie de transformer l’orbite terrestre en une nouvelle couche de l’infrastructure mondiale de calcul.
Sources
- Compute Services Agreements with Third Parties — AnthropicU.S. Securities and Exchange Commission · Space Exploration Technologies Corp. · 5 juin 2026
- Cloud Service Agreement with Google LLCU.S. Securities and Exchange Commission · Space Exploration Technologies Corp. · 5 juin 2026
- STARMIND — AI1 orbital compute satelliteSpaceX · SpaceX
- Space Bureau Accepts for Filing SpaceX’s Application for Orbital Data CentersFederal Communications Commission · FCC Space Bureau · 4 février 2026
- Orbital AI compute — technical and operational descriptionU.S. Securities and Exchange Commission · Space Exploration Technologies Corp.
- AI1 early design discussion — 150 kW peak / 120 kW sustainedU.S. Securities and Exchange Commission · Space Exploration Technologies Corp.