Storie DécryptageTech et IA
8,64 secondes sur 100 m : ce robot humanoïde a couru plus vite que le record de Bolt
Le chrono est réel : Tiangong Ultra a parcouru 100 m en 8,64 s aux World Humanoid Robot Games de Pékin. C’est moins que les 9,58 s d’Usain Bolt, mais ce n’est pas un record d’athlétisme homologué. L’histoire la plus spectaculaire est peut-être ailleurs : le même robot courait encore en 21,50 s en 2025.
Par Florent Despréaux
Date d’observation :
Lieu : Pékin, Chine

8,64 secondes sur 100 mètres. Le 26 août 2026 à Pékin, Tiangong Ultra a remporté la finale du 100 m grande catégorie des World Humanoid Robot Games avec un chrono inférieur au record du monde humain d’Usain Bolt, fixé à 9,58 s depuis 2009.
Le chiffre est spectaculaire. Mais il faut immédiatement poser une nuance : il ne s’agit pas d’un record d’athlétisme homologué par World Athletics. Tiangong courait dans une compétition réservée aux robots, avec ses propres règles, sa propre biomécanique et un protocole différent de celui d’un 100 m humain.
Le plus intéressant n’est donc pas de savoir si un robot « bat » Bolt. C’est de comprendre comment une machine humanoïde a pu passer d’un 100 m en 21,50 s en 2025 à 8,64 s un an plus tard.
Trois courses, trois chronos de plus en plus rapides
Pendant l’édition 2026, Tiangong Ultra a accéléré presque à chaque passage. Il a d’abord couru en 9,39 s, puis en 8,86 s, avant de terminer la finale en 8,64 s.
Reuters rappelle qu’en 2025, le robot avait remporté le 100 m en 21,50 s. En un an, son temps a donc chuté d’environ 60 %. À l’échelle d’une discipline sportive humaine, une progression de cette ampleur serait inimaginable. En robotique, elle traduit surtout une architecture encore jeune, dont plusieurs composants évoluent simultanément.
Le record humain de Bolt reste officiellement 9,58 s. World Athletics impose des règles précises sur le départ, le vent, le chronométrage et le franchissement de la ligne. Rien de tout cela ne permet de convertir automatiquement un chrono robotique en record d’athlétisme.
Des moteurs plus puissants, mais pas seulement
Le Beijing Humanoid Robot Innovation Center explique avoir amélioré plusieurs couches à la fois. Les moteurs articulaires gagnent en couple et en vitesse, ce qui augmente la puissance disponible et l’accélération.
La structure a également été allégée et retravaillée pour réduire la résistance à l’air. À haute vitesse, quelques kilogrammes, la forme du corps et la façon dont les membres déplacent l’air deviennent des paramètres importants.
Les ingénieurs ont aussi renforcé le contrôle du corps, ce qu’ils décrivent comme une amélioration des capacités du « cervelet » du robot. Enfin, les algorithmes ont été spécifiquement entraînés pour les besoins du 100 m, notamment l’accélération rapide.

Le robot est encore très différent d’un sprinteur humain
La comparaison devient encore plus intéressante lorsqu’on regarde la manière de courir. Reuters rapporte que Tiangong Ultra partait debout et a démarré presque une seconde après le signal, contrairement à Bolt qui utilisait des starting-blocks.
Le robot compense par une cadence de pas plus élevée et une mécanique très différente. Surtout, la vitesse brute ne résout pas encore tout : lors de certaines courses, Tiangong avait du mal à ralentir après la ligne et pouvait terminer sa course contre les protections.
C’est un rappel important. Courir vite est une compétence. Percevoir l’environnement, décider, éviter un obstacle, freiner, se réorienter et accomplir une tâche en sont d’autres.
Le 100 m devient un banc d’essai de mobilité
Pour l’équipe de Pékin, la course n’est donc pas seulement un spectacle. Les ingénieurs présentent le sprint comme un test de mobilité généralisable : la capacité à atteindre rapidement un endroit accessible à un humain.
Cette compétence peut sembler abstraite sur une piste d’athlétisme. Elle devient concrète dans un entrepôt, une usine, un hôtel, un site de secours ou tout environnement où un robot doit se déplacer vite, sans roues ni rails.
Le centre de Pékin indique déjà travailler sur des usages industriels et de service. Reuters a également observé des essais de robots Tiangong déplaçant des cartons en environnement industriel.
Cela ne signifie pas que des humanoïdes capables de courir à 40 km/h vont entrer demain dans les usines ou les maisons. La vitesse n’est utile que si elle s’accompagne de fiabilité, de sécurité, d’autonomie et d’intelligence situationnelle.
Le vrai record, c’est peut-être la vitesse du progrès
Le 8,64 s frappe l’imagination parce qu’il place pour la première fois un humanoïde sous le chrono de Bolt sur la même distance nominale.
Mais l’information la plus importante est ailleurs : en douze mois, la locomotion de cette plateforme a changé d’échelle.
La course sert ici de vitrine à une convergence de progrès — moteurs, matériaux, contrôle du corps, entraînement algorithmique et gestion de la puissance. C’est cette combinaison qui rapproche progressivement les robots humanoïdes de déplacements autrefois réservés aux humains.
Tiangong Ultra n’a donc pas « pris » le record de Bolt au sens sportif. Il a montré quelque chose de peut-être plus important pour la robotique : une machine humanoïde peut désormais franchir le 100 m en 8,64 s, et rien n’indique que cette courbe de progression soit arrivée à son terme.

Sources
- Robot Olympics ends with humanoid's 8.64-second 100m, nearly a second faster than BoltReuters · Reuters · 26 août 2026
- China's record robotic strides show the limits of human speedReuters · Reuters · 28 août 2026
- Beijing E-Town robot breaks world record againBeijing Economic-Technological Development Area · Beijing Humanoid Robot Innovation Center / Yicheng Times · 28 août 2026
- After outrunning Bolt, China's robot champion races towards real-world workReuters · Reuters · 10 septembre 2026
- Bolt again! 9.58 World record in Berlin!World Athletics · World Athletics · 16 août 2009