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Storie DécryptageMobilité / Recharge

À Guangzhou, nous avons pris un taxi sans chauffeur : voici ce qui se passe vraiment à bord

À Guangzhou, STORIMITIK a emprunté un robotaxi Pony.ai sans conducteur. Volant vide, écran de suivi, bouton SOS, commandes « Pull Over » et « Assist » : voici ce que l’expérience révèle du passage de la voiture autonome au service de transport.

Par Florent Despréaux

Lieu : Guangzhou, Chine

Photo terrain STORIMITIK d’un robotaxi Pony.ai à Guangzhou, avec son module de capteurs visible sur le toit.
PHOTO TERRAIN STORIMITIK — Robotaxi Pony.ai photographié à Guangzhou. Le véhicule est équipé d’un important module de capteurs sur le toit.

La voiture roule dans Guangzhou.

Devant nous, le volant tourne. Mais personne ne le tient.

Le siège conducteur est vide.

À l’arrière, un écran affiche la trajectoire, la vitesse et le temps restant avant l’arrivée. Sur notre trajet : 2,3 km restants, 5 minutes, 40 km/h.

Nous ne sommes pas sur un circuit d’essai. Pony.ai exploite à Guangzhou des services commerciaux de robotaxis entièrement sans conducteur dans certaines zones de la ville.

Et une fois assis à l’intérieur, le plus étonnant n’est finalement pas de voir la voiture conduire seule. C’est de découvrir tout ce qu’il a fallu inventer pour que le passager accepte de la laisser faire.

Le volant est toujours là. Le chauffeur, non.

À première vue, l’habitacle ressemble encore à celui d’une voiture ordinaire : deux sièges avant, un volant, une console centrale, la climatisation et les ceintures.

Mais sur notre trajet, le siège conducteur reste vide pendant que le véhicule circule.

Ce que nous photographions est désormais cohérent avec un vrai service commercial : Pony.ai a lancé des opérations entièrement sans conducteur à Guangzhou et permet au public d’effectuer des trajets sans conducteur de sécurité à bord dans les zones autorisées.

Photo terrain STORIMITIK prise depuis l’arrière d’un robotaxi Pony.ai à Guangzhou, montrant l’habitacle et le siège conducteur vide pendant le trajet.
PHOTO TERRAIN STORIMITIK — À bord du robotaxi Pony.ai : le poste de conduite reste vide tandis que les passagers suivent le trajet sur les écrans.

Pendant des années, la voiture autonome a surtout été quelque chose que l’on regardait dans une démonstration. Ici, on monte dedans pour aller quelque part.

L’écran reprend une partie du rôle du chauffeur

Dans un taxi traditionnel, on peut demander au conducteur : « On arrive quand ? », « Vous pouvez vous arrêter ici ? », « J’ai un problème. »

Dans le robotaxi, une partie de ces interactions passe par l’interface.

Sur notre écran apparaissent la distance restante, l’heure estimée d’arrivée, la vitesse, la position du véhicule et le tracé du trajet.

Deux commandes sont directement accessibles : « Pull Over » pour demander à la voiture de s’arrêter, et « Assist » pour obtenir de l’aide.

Sous l’écran, un bouton SOS physique complète le dispositif.

Photo terrain STORIMITIK de l’écran arrière d’un robotaxi Pony.ai affichant la vitesse, la distance restante, les fonctions Pull Over et Assist, avec un bouton SOS physique.
PHOTO TERRAIN STORIMITIK — L’écran passager affiche le suivi du trajet, « Pull Over » et « Assist » ; un bouton SOS physique est placé juste en dessous.

L’absence de conducteur oblige donc à reconstruire autrement une partie de ce que celui-ci faisait naturellement : informer, rassurer, répondre et intervenir lorsqu’un passager en a besoin.

Même la propreté de la voiture passe par l’interface

Pendant le trajet, l’écran pose une question presque banale : « Is the car clean and tidy? » Oui ou non.

Ce détail résume parfaitement la transformation du service. Dans un taxi classique, le chauffeur constitue aussi le visage du véhicule. Dans un robotaxi, cette relation doit être reconstruite par le logiciel.

L’écran devient simultanément tableau de bord, interface de confort, système d’assistance et outil de contrôle qualité.

À l’avant, notre photo montre également une climatisation réglée à 24 °C, le chauffage du siège, différents paramètres et une rubrique baptisée « Pony Wiki ».

« Pull Over », « Assist », SOS : trois mots pour rassurer

Techniquement, une voiture autonome repose sur une architecture extrêmement complexe. Pour le passager, elle doit produire exactement l’effet inverse : la simplicité.

Notre expérience se résume finalement à trois niveaux de contrôle très compréhensibles : Pull Over — je veux m’arrêter ; Assist — j’ai besoin d’aide ; SOS — il y a une urgence.

Plus la technologie derrière le véhicule devient complexe, plus son interface doit devenir évidente. Le passager n’a pas besoin de comprendre les algorithmes qui conduisent la voiture. Il doit savoir quoi faire si quelque chose ne se passe pas comme prévu.

Commander un robotaxi depuis WeChat

Depuis mars 2026, dans les zones éligibles de Guangzhou, Pony.ai permet de commander certains trajets entièrement sans conducteur directement depuis le portail Mobility Services de WeChat.

L’utilisateur indique son départ et sa destination. Si le trajet se situe dans la zone couverte, l’option autonome peut lui être proposée.

Une technologie cesse d’être expérimentale lorsqu’elle commence à disparaître derrière un usage ordinaire. Le robotaxi commence à apparaître au même endroit que les autres solutions de mobilité.

Guangzhou devient un véritable terrain d’exploitation

En 2026, Pony.ai a continué à étendre son service dans la ville.

Au deuxième trimestre, l’entreprise indiquait être présente dans les districts de Haizhu, Tianhe, Huangpu et Panyu. Elle affirme avoir ajouté plus de 300 km² de zone opérationnelle depuis le début de l’année, couvrant une population de plus de 7 millions de personnes.

Cela ne signifie pas qu’un robotaxi Pony.ai puisse vous emmener partout dans Guangzhou. La couverture reste définie par des zones autorisées. Mais on n’est plus face à quelques rues réservées à une expérimentation confidentielle.

Près de 2 000 robotaxis dans la flotte mondiale de Pony.ai

Au deuxième trimestre 2026, Pony.ai annonçait une flotte mondiale de 1 975 robotaxis. L'entreprise visait alors plus de 3 500 véhicules à la fin de l’année.

Les revenus de son activité robotaxi ont atteint 12,1 millions de dollars sur le trimestre, soit une hausse de 691,2 % sur un an selon ses résultats financiers.

Ces données sont celles communiquées par Pony.ai. Elles ne signifient pas que le robotaxi a remplacé le taxi traditionnel. Mais elles montrent que l’industrie commence à changer d’unité de mesure : flotte, clients, courses payantes et chiffre d’affaires.

Toute cette technologie reste encore très visible

De l’extérieur, impossible pourtant de confondre notre voiture avec un taxi classique. Sur son toit se trouve un important ensemble de capteurs. Le véhicule est couvert de l’identité visuelle Pony.ai. À l’intérieur, plusieurs écrans accompagnent les passagers.

La voiture autonome n’est donc pas encore devenue invisible. Elle affiche encore sa technologie.

Puis on finit par ne plus regarder le volant

Au début, nous regardons devant : le volant, le siège vide, l’écran, la route. Chaque virage attire l’attention.

Puis quelque chose se produit. On regarde ailleurs. On prend son téléphone. On discute. On observe Guangzhou par la fenêtre. Et la voiture continue.

C’est peut-être à cet instant que le robotaxi franchit son seuil le plus important : pas lorsqu’un ingénieur démontre qu’il sait conduire seul, mais lorsque son passager commence à oublier qu’il conduit seul.

Nous avons photographié ce volant vide parce qu’il nous semblait encore extraordinaire. Un jour, cette photo paraîtra peut-être aussi étrange que celle d’un métro automatique prise uniquement parce qu’il n’a pas de conducteur.

Le taxi autonome aura alors réussi sa transformation la plus importante : ne plus être perçu comme une voiture qui conduit toute seule, mais simplement comme un taxi.

Sources