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De Mounir Mahjoubi à Clara Chappaz puis Anne Le Hénanff : neuf ans de recomposition du numérique et de l’IA dans l’État

Depuis 2017, le portefeuille numérique de l’État français a changé plusieurs fois de titulaire, de nom et de rattachement : Matignon, Bercy, Enseignement supérieur et Recherche, puis de nouveau Bercy. En 2026, l’IA et le numérique sont pilotés à plusieurs niveaux — ministère, Élysée, diplomatie et DINUM. Voici la chronologie exacte derrière cette architecture.

Par Florent Despréaux

Illustration éditoriale STORIMITIK représentant le pilotage du numérique et de l’intelligence artificielle de l’État français dans un environnement institutionnel contemporain.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V1 : mise en scène éditoriale d’un environnement institutionnel français associé au numérique et à l’intelligence artificielle. Le décor, les interfaces et l’agencement sont fictifs.

Le portefeuille n’a pas disparu. Il a changé de place, de nom et de périmètre.

Depuis 2017, le numérique de l’État français n’a jamais été confié à une architecture institutionnelle parfaitement stable. Le portefeuille a été rattaché successivement au Premier ministre, à Bercy, à l’Enseignement supérieur et à la Recherche, puis de nouveau à Bercy. À partir de 2024, l’intelligence artificielle entre explicitement dans l’intitulé ministériel.

Cette succession ne signifie pas qu’un même poste aurait simplement changé de titulaire. Les textes officiels montrent au contraire des périmètres et des rattachements différents selon les gouvernements : transformation numérique de l’État, économie numérique, télécommunications, souveraineté numérique, intelligence artificielle, recherche ou encore attractivité.

2017 : le numérique est placé auprès du Premier ministre

En mai 2017, Mounir Mahjoubi devient secrétaire d’État chargé du numérique. Son décret d’attributions le place par délégation du Premier ministre : il traite les questions relatives au numérique et prépare, avec le ministre de l’Action et des Comptes publics, la politique de transformation numérique de l’État.

Le texte lui confie également des sujets qui restent structurants aujourd’hui : services numériques, ouverture et circulation des données, système d’information de l’État, cadre juridique des plateformes et technologies d’avenir. En novembre 2017, ses attributions sont précisées et incluent notamment l’autorité sur la direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État.

2019 : Cédric O rapproche le portefeuille de Bercy

En avril 2019, Cédric O devient secrétaire d’État chargé du numérique auprès du ministre de l’Économie et des Finances et du ministre de l’Action et des Comptes publics. Le portefeuille reste transversal, mais son centre institutionnel se rapproche désormais de Bercy.

Le décret d’attributions mentionne notamment le développement de l’économie numérique, la transformation numérique des entreprises et les communications électroniques. Le numérique public et le numérique économique se retrouvent ainsi dans un même portefeuille, sous une double délégation ministérielle.

2022 : Jean-Noël Barrot devient ministre délégué à la Transition numérique et aux Télécommunications

En juillet 2022, Jean-Noël Barrot est nommé ministre délégué auprès du ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique, chargé de la Transition numérique et des Télécommunications. Son décret couvre la souveraineté numérique, l’économie numérique, les technologies numériques, la transformation numérique des entreprises et les communications électroniques.

Le changement de titre est significatif : le portefeuille ne se limite plus à un secrétariat d’État « chargé du numérique ». Il devient un ministère délégué explicitement articulé autour de la transition numérique et des télécommunications.

Frise éditoriale STORIMITIK retraçant les principaux titulaires et rattachements du portefeuille numérique puis IA et numérique de l’État français entre 2017 et 2025.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V2 : frise chronologique construite à partir des décrets de composition et d’attributions du Gouvernement. Les silhouettes et bâtiments sont illustratifs.

2024 : le portefeuille bouge deux fois en moins d’un an

En février 2024, Marina Ferrari est nommée secrétaire d’État chargée du numérique auprès du ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique. Son décret d’attributions retrouve plusieurs thèmes déjà présents auparavant : souveraineté numérique, économie et technologies numériques, transformation numérique des entreprises et communications électroniques.

À l’automne 2024, le centre de gravité change de nouveau. Clara Chappaz devient secrétaire d’État chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique auprès du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche. Le décret du 7 novembre 2024 lui confie l’élaboration et la mise en œuvre de la politique du Gouvernement en matière d’intelligence artificielle et de numérique, en lien avec les autres ministres concernés.

Le 23 décembre 2024, nouvelle recomposition : Clara Chappaz devient ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique auprès du ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle et numérique. Le portefeuille revient donc à Bercy, mais l’IA figure désormais explicitement au même niveau que le numérique.

2025 : Anne Le Hénanff reprend l’IA et le numérique à Bercy

Le 12 octobre 2025, Anne Le Hénanff est nommée ministre déléguée chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique auprès du ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique. Son décret d’attributions du 21 novembre précise qu’elle est chargée des politiques de l’intelligence artificielle et du numérique sous l’autorité du ministre de l’Économie.

Son cabinet illustre l’élargissement du portefeuille : les nominations publiées en octobre 2025 couvrent notamment souveraineté numérique, télécoms et infrastructures, cybersécurité et régulation, intelligence artificielle, innovation et compétitivité, ainsi que les enjeux de société du numérique.

Clara Chappaz quitte le Gouvernement, mais reste dans l’architecture numérique de l’État

Après le Gouvernement, Clara Chappaz est nommée ambassadrice pour le numérique et l’intelligence artificielle le 10 décembre 2025. Cette fonction prend fin par décret le 27 juillet 2026.

Elle rejoint ensuite la présidence de la République : un arrêté du 31 août 2026 la nomme conseillère attractivité, numérique et intelligence artificielle à compter du 17 août. Quelques jours plus tard, le 24 août, Adrien Abecassis est nommé ambassadeur pour le numérique et l’intelligence artificielle.

En 2026, il n’existe donc pas un seul centre de pilotage

La photographie institutionnelle de septembre 2026 est distribuée. Anne Le Hénanff porte le portefeuille ministériel de l’IA et du numérique à Bercy. Clara Chappaz conseille directement la présidence de la République sur l’attractivité, le numérique et l’intelligence artificielle. Adrien Abecassis exerce la fonction d’ambassadeur pour le numérique et l’IA sur le volet international.

À côté de ces fonctions politiques et diplomatiques, la DINUM conserve un rôle opérationnel distinct. Elle se présente comme la « cheffe de file du numérique de l’État » : elle élabore la stratégie numérique de l’État et pilote sa mise en œuvre, en lien avec les directions numériques des ministères. Elle est placée sous l’autorité conjointe du Premier ministre et du ministre de l’Action et des Comptes publics, et mise à disposition de Bercy pour les attributions liées au numérique.

Infographie STORIMITIK représentant les principaux centres institutionnels du pilotage du numérique et de l’intelligence artificielle de l’État français en 2026 : Bercy, Élysée, Quai d’Orsay et DINUM.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V3 : représentation conceptuelle du pilotage distribué du numérique et de l’IA de l’État en 2026. Les bâtiments, connexions et interfaces sont illustratifs ; les fonctions citées sont fondées sur les textes officiels.

Ce qui a changé en neuf ans

La chronologie fait apparaître trois évolutions factuelles. D’abord, le portefeuille a alterné entre coordination interministérielle et rattachement économique. Ensuite, l’intelligence artificielle est devenue suffisamment centrale pour entrer explicitement dans l’intitulé ministériel à partir de 2024. Enfin, le pilotage est aujourd’hui réparti entre plusieurs fonctions : politique ministérielle, conseil présidentiel, diplomatie numérique et administration opérationnelle.

Il serait donc trompeur de chercher un unique « ministre du numérique » comme seul indicateur de la place accordée au sujet. Selon les périodes, une partie du pouvoir de décision, de coordination ou d’exécution se trouve ailleurs : à Matignon, à Bercy, dans un ministère de recherche, à l’Élysée, au Quai d’Orsay ou dans la DINUM.

Le vrai fil rouge : un portefeuille qui suit la transformation du numérique lui-même

En 2017, les textes insistaient sur la transformation numérique de l’État, les données et les plateformes. En 2019 et 2022, l’économie numérique, les télécommunications et la souveraineté prennent davantage de place. À partir de 2024, l’intelligence artificielle devient un intitulé politique explicite. En 2026, la même matière se retrouve à plusieurs niveaux institutionnels.

Cette histoire ne permet pas, à elle seule, de conclure qu’une organisation est meilleure qu’une autre. Elle montre en revanche que le numérique et l’IA sont passés d’un portefeuille identifié à une architecture plus distribuée, où les responsabilités sont réparties entre plusieurs centres de décision et d’exécution.

Sources