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401 millions de dollars de ventes, deux salariés : MEDVi montre jusqu’où l’IA peut réduire l’entreprise — sans supprimer les humains
MEDVi a réalisé 401 millions de dollars de ventes en 2025 avec seulement deux salariés au cœur de l’entreprise. Derrière ce chiffre spectaculaire, une architecture beaucoup plus subtile apparaît : IA pour le code, le marketing et le support, automatisations, contractuels, médecins et pharmacies partenaires. Un modèle qui montre autant le potentiel de l’entreprise ultra-légère que ses limites.
Par Florent Despréaux

Deux salariés, mais certainement pas seulement deux humains
En 2025, MEDVi a généré 401 millions de dollars de ventes et 65 millions de dollars de bénéfice net, soit une marge de 16,2 %, selon les données financières auxquelles le New York Times a eu accès. Le chiffre est spectaculaire. Mais l’histoire devient vraiment intéressante lorsqu’on regarde ce que signifie le fameux « deux salariés ».
Le noyau salarié de l’entreprise est extrêmement réduit : Matthew Gallagher et son frère Elliot. Pourtant, MEDVi n’est pas une entreprise sans humains. Elle emploie aussi des ingénieurs contractuels, des account managers sous contrat, des agences et des prestataires spécialisés. Surtout, des partenaires comme CareValidate et OpenLoop prennent en charge une partie essentielle de l’infrastructure médicale : médecins, prescriptions, pharmacies, expédition et conformité.
Autrement dit, MEDVi n’a pas supprimé l’organisation. Elle l’a désassemblée : une petite équipe centrale pilote un assemblage d’outils d’IA, d’automatisations et de partenaires externes.

20 000 dollars, deux mois et plus d’une douzaine d’outils d’IA
Matthew Gallagher a lancé MEDVi en septembre 2024 après environ deux mois de préparation et quelque 20 000 dollars de dépenses initiales. Selon le New York Times, il a utilisé plus d’une douzaine d’outils d’intelligence artificielle pour écrire du code, produire des textes de site, générer des images et vidéos publicitaires, traiter une partie du service client et analyser les performances de l’activité.
Les outils cités dans les reportages comprennent notamment ChatGPT, Claude, Grok, Midjourney et Runway. L’IA ne remplace donc pas une fonction précise : elle traverse plusieurs couches de l’entreprise, de la production logicielle au marketing en passant par l’analyse et le support.
Le vrai moteur du modèle : automatiser ce qui peut l’être et externaliser le reste
MEDVi vend principalement des services de télésanté autour de traitements anti-obésité, notamment des GLP-1 composés. Le patient remplit un parcours en ligne ; un professionnel de santé indépendant peut ensuite évaluer la demande ; si un traitement est prescrit, une pharmacie partenaire le prépare et l’expédie.
CareValidate fournit une infrastructure de télésanté reliant patients, médecins et pharmacies. OpenLoop apporte également des services médicaux et opérationnels. Cette organisation permet à MEDVi de concentrer son équipe interne sur la marque, le produit numérique, l’acquisition et l’orchestration du système.
C’est précisément ce qui distingue ce cas d’une simple histoire de productivité : MEDVi utilise l’IA pour réduire le nombre de tâches qui doivent être réalisées en interne, puis remplace une partie de l’organisation traditionnelle par des plateformes et des prestataires spécialisés.
401 millions en 2025 : le chiffre est réalisé, 1,8 milliard reste une trajectoire
Le New York Times indique avoir consulté les données financières de MEDVi pour vérifier ses revenus et ses bénéfices. À la fin de 2025, l’entreprise affichait 401 millions de dollars de ventes, environ 250 000 clients et 65 millions de dollars de bénéfice net.
Le chiffre de 1,8 milliard de dollars souvent repris pour 2026 doit être traité différemment. Il correspond à une projection ou une trajectoire rapportée au printemps 2026, pas à un chiffre d’affaires annuel déjà réalisé. Au moment de cette publication, STORIMITIK ne dispose pas d’une source indépendante démontrant que ce niveau a effectivement été atteint.
Quand le chatbot invente des prix, l’humain revient immédiatement
Cette organisation ultra-légère révèle aussi les limites actuelles de l’automatisation. Le New York Times rapporte que le chatbot de service client de MEDVi a parfois inventé des prix ou affirmé que l’entreprise vendait des produits qu’elle ne proposait pas encore. Gallagher a alors dû absorber lui-même plus d’un millier d’appels avant d’intégrer davantage de support fourni par ses partenaires.
MEDVi a ensuite ajouté des account managers humains sous contrat pour une partie de sa clientèle. Le paradoxe est important : l’IA permet de réduire fortement l’équipe centrale, mais plus l’entreprise grandit et plus certaines interactions sensibles réclament de nouveau une présence humaine identifiable.

La santé rappelle brutalement que la vitesse n’efface pas la réglementation
Le 20 février 2026, la FDA a publié une warning letter adressée à « MEDVi, LLC dba MEDVi ». L’agence indique avoir examiné le site medvi.io en décembre 2025 et reproche des affirmations qu’elle considère fausses ou trompeuses concernant des préparations de semaglutide et de tirzepatide, notamment sur leur présentation et leur comparaison avec des médicaments approuvés.
Une warning letter n’est ni une condamnation judiciaire ni une démonstration qu’un médicament distribué à un patient était dangereux. C’est une notification réglementaire formelle indiquant que la FDA considère certaines pratiques comme non conformes et demande leur correction.
MEDVi conteste publiquement la portée de cette lettre. Dans une communication datée du 8 avril 2026, l’entreprise affirme que medvi.io n’était pas son adresse principale mais un site exploité par un affilié, que les éléments contestés étaient obsolètes et qu’elle a demandé leur retrait. Cette réponse est la position de MEDVi ; elle ne remplace pas le contenu du document publié par la FDA.
L’IA peut aussi accélérer le marketing — y compris ses problèmes
Business Insider a également enquêté sur des publicités affiliées à MEDVi comportant des médecins apparemment fictifs ou des signes de génération par IA, ainsi que des informations de qualification difficiles à vérifier. MEDVi a répondu disposer de règles de conformité pour ses affiliés et agir lorsque celles-ci sont enfreintes.
Ce point est central pour comprendre la nouvelle entreprise automatisée : réduire l’équipe interne peut accélérer énormément l’exécution, mais cela augmente aussi l’importance du contrôle des prestataires, des agents, des affiliés et des contenus générés automatiquement.
Alors, est-ce déjà la « one-person billion-dollar company » ?
Sam Altman et Dario Amodei ont popularisé l’idée qu’une entreprise extrêmement petite pourrait un jour atteindre une valeur ou une échelle de plusieurs milliards grâce à l’IA. MEDVi est souvent citée comme l’exemple qui s’en rapproche le plus.
Mais le cas réel est plus instructif que le slogan. Ce n’est pas une personne seule face à une armée de robots logiciels. C’est une entreprise dont le noyau salarié a été comprimé à l’extrême, tandis qu’une partie du travail est absorbée par des IA et qu’une autre reste assurée par des humains externes, des professionnels de santé, des plateformes, des pharmacies et des prestataires.
La rupture est peut-être là : l’entreprise n’a plus besoin d’avoir tous ses métiers à l’intérieur
Pendant des décennies, grandir signifiait généralement embaucher : plus de clients entraînaient plus de développeurs, plus de marketing, plus de support, plus d’opérations et davantage de management. MEDVi montre qu’une partie de cette relation peut désormais être cassée.
L’IA réduit le coût de création, accélère les décisions et automatise des tâches qui nécessitaient auparavant des équipes entières. Les plateformes spécialisées permettent ensuite d’acheter des fonctions complexes comme un service.
Mais le modèle ne supprime ni les humains ni les responsabilités. Il les déplace. Et dans la santé, où une erreur marketing, médicale ou réglementaire peut avoir des conséquences bien différentes d’un bug dans une application, cette distinction devient essentielle.
Sources
- How A.I. Helped One Man (and His Brother) Build a $1.8 Billion CompanyThe New York Times · Erin Griffith · 2 avril 2026
- MEDVi, LLC dba MEDVi - 721455 - 02/20/2026U.S. Food and Drug Administration · FDA · 20 février 2026
- Official Communication — MEDVi statement in response to external speculationMEDVi · MEDVi · 8 avril 2026
- Medvi, the AI-powered telehealth company, is fueled by ads from doctors who don't appear to existBusiness Insider · Business Insider · 1 avril 2026