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60 millions de projets, 600 millions de dollars de revenus annualisés : Lovable transforme une conversation en logiciel
Lovable revendique 60 millions de projets créés, 1,2 million de nouveaux projets par semaine et 900 millions de visites mensuelles sur les logiciels construits avec sa plateforme. Son cofondateur affirme désormais avoir dépassé 600 millions de dollars de revenus annualisés. Derrière ces chiffres, une transformation plus profonde apparaît : le logiciel n’est plus seulement écrit, il se décrit — puis l’IA assemble une partie croissante du produit.
Par Florent Despréaux

Le logiciel était un métier. Il devient aussi une conversation.
Pendant des décennies, créer un logiciel exigeait de maîtriser plusieurs couches techniques : interface, code, base de données, authentification, hébergement, intégrations et déploiement. Lovable veut compresser cette chaîne derrière une interaction beaucoup plus simple : décrire ce que l’on veut en langage naturel, puis laisser la plateforme assembler une partie croissante du produit.
Ce changement n’est plus marginal. Sur son site, Lovable revendique 60 millions de projets créés, 1,2 million de nouveaux projets chaque semaine et 900 millions de visites mensuelles sur les projets construits avec sa plateforme. Ces chiffres sont déclarés par l’entreprise : ils ne signifient ni 60 millions d’applications actives, ni 900 millions d’utilisateurs uniques.
600 millions de dollars annualisés : le phénomène est aussi économique
Le 24 septembre 2026, le cofondateur Fabian Hedin a déclaré que Lovable avait dépassé 600 millions de dollars de revenus annualisés, contre environ 500 millions en juin. TechCrunch rapporte également que l’entreprise s’est davantage tournée vers les usages en entreprise.
Un mois plus tôt, Lovable avait annoncé une levée de 400 millions de dollars en série C sur une valorisation de 13,3 milliards de dollars. À ce stade, la société vaut donc très cher avant même d’avoir atteint trois ans d’existence.
Cette croissance raconte quelque chose de plus large que le succès d’une startup : la création de logiciel est en train de devenir accessible à des personnes qui n’étaient pas auparavant considérées comme des développeurs.
80 % des builders se décrivent comme non techniques
Dans une étude publiée en juin 2026 à partir de ses données d’usage et d’un sondage auprès de ses utilisateurs, Lovable indique que 80 % des personnes qui construisent avec la plateforme occupent des rôles qu’elles décrivent comme non techniques. Fondateurs, designers et commerciaux figurent parmi les groupes qui progressent le plus vite.
Cette statistique ne signifie pas que 80 % des utilisateurs ne savent absolument pas coder. Elle mesure un rôle professionnel déclaré. Mais elle montre que l’usage dépasse clairement le cercle des développeurs traditionnels.
Le même rapport indique que huit répondants sur dix veulent monétiser ce qu’ils construisent, tandis que plus de la moitié disent travailler sur une entreprise. Là encore, il s’agit de données produites par Lovable, utiles pour observer une tendance mais pas d’une mesure indépendante du marché mondial.
Ce qui se passe après le prompt
La rupture de Lovable ne vient pas seulement de la génération de code. La plateforme cherche à prendre en charge toute une chaîne : produire une interface, écrire du code, connecter une base de données, gérer l’authentification, intégrer des services externes, héberger et déployer.

Le propre site de Lovable résume cette ambition en expliquant que la plateforme prend en charge l’infrastructure de bout en bout, notamment l’hébergement, l’authentification, les paiements et les intégrations. Le produit n’essaie donc plus seulement d’aider un développeur à écrire plus vite : il essaie de réduire le nombre de décisions techniques nécessaires pour transformer une idée en logiciel utilisable.
L’origine : GPT Engineer, puis la sortie du terminal
Lovable vient de GPT Engineer, un projet open source lancé en 2023 pour explorer la génération de logiciel par IA. L’outil original s’adressait surtout aux développeurs utilisant un terminal. L’équipe a ensuite créé une version web commerciale pour rendre l’approche accessible à des utilisateurs non techniques, avant de faire évoluer cette ambition sous la marque Lovable.
Cette trajectoire résume bien le basculement actuel : on est passé d’un assistant qui écrit du code à une plateforme qui veut rendre le logiciel lui-même conversationnel.
Le résultat n’est plus seulement du code
Lors du sommet HumanX en septembre, Fabian Hedin a formulé la différence ainsi : contrairement aux outils dont la sortie principale est du code, Lovable veut produire un produit — et de plus en plus souvent une entreprise. Il cite l’hébergement, le déploiement et la montée en charge comme des couches intégrées autour de cette promesse.
C’est une différence importante avec un simple copilote de programmation. Pour un utilisateur non technique, recevoir du code n’est pas forcément utile s’il faut ensuite comprendre comment le déployer, le sécuriser, le connecter à une base ou le maintenir.
Mais 60 millions de projets ne disent pas combien survivront
La partie la plus facile à mesurer est la création. La plus difficile est la durée de vie. Un projet peut être un prototype, une expérimentation, un site temporaire, un outil interne ou une application réellement utilisée pendant des années.
Le vrai test commence après le premier déploiement : bugs, sécurité, dépendances, coûts d’infrastructure, conformité, demandes des utilisateurs, changements de modèle économique et maintenance continue. Ces contraintes n’ont pas disparu avec l’IA ; elles se déplacent plus tard dans le cycle de vie.
C’est pourquoi les 60 millions de projets revendiqués sont impressionnants sans constituer à eux seuls une preuve de durabilité. La question décisive sera de savoir combien deviennent des produits utilisés, maintenus et économiquement utiles.
Le code n’est plus la barrière. Le vrai test, ce sont les utilisateurs.
Une personne peut désormais arriver avec une idée, produire rapidement une première version et la montrer à des utilisateurs sans constituer immédiatement une équipe technique complète. Cette compression change l’ordre des opérations : on peut tester le besoin avant d’investir lourdement dans la fabrication.

Le bénéfice potentiel est évident : davantage de personnes peuvent transformer un problème qu’elles connaissent en prototype concret. Mais la démocratisation de la fabrication augmente aussi le nombre de produits qui devront prouver leur utilité réelle.
Une nouvelle économie du logiciel ?
Si la tendance se confirme, le logiciel pourrait se rapprocher de ce qui s’est produit avec la publication web, la vidéo ou le design : une compétence autrefois réservée à des spécialistes devient accessible à une population beaucoup plus large, tandis que les professionnels ne disparaissent pas mais travaillent plus haut dans la chaîne de complexité.
Les développeurs continueront d’être nécessaires pour les systèmes complexes, la sécurité, l’architecture, la performance et les environnements critiques. Ce qui change, c’est le seuil d’entrée : une idée peut désormais devenir un logiciel avant même que son créateur sache réellement coder.
Lovable est l’un des exemples les plus visibles de cette transition. Avec 60 millions de projets revendiqués et 600 millions de dollars de revenus annualisés annoncés, la question n’est plus de savoir si l’on peut créer un logiciel en parlant à une IA. La vraie question est désormais : combien de ces logiciels deviendront de vrais produits ?
Sources
- Lovable’s annualized revenue crosses $600M as vibe coding takes offTechCrunch · Ivan Mehta · 24 septembre 2026
- App & Website Builder — Build Software in MinutesLovable · Lovable
- A first look at the build economyLovable · Lovable · 9 juin 2026
- GPT Engineer and Lovable — The EvolutionLovable · Lovable
- We just raised $400M in Series C funding to help people run their businessesLovable · Lovable · 12 août 2026
- Lovable says it has hit $500M in annualized revenue, with 1 million new projects a weekTechCrunch · Julie Bort · 9 juin 2026