Storie DécryptageRetail
L’IA peut déjà remplir votre panier et payer : le commerce agentique passe à l’achat
L’IA n’est plus seulement capable de recommander quoi acheter. Avec Instacart dans ChatGPT, un utilisateur peut déjà passer de l’idée d’un repas à un panier de courses prêt à valider puis au paiement sans quitter la conversation. Google, Visa et Mastercard construisent en parallèle les rails d’un commerce où l’agent cherche, compare et exécute — sous contrôle de l’utilisateur.
Par Florent Despréaux
Date d’observation :
Lieu : Monde

Imaginez une liste très simple : « fais-moi les courses pour quatre dîners, budget 80 €, pas de porc, privilégie les promotions et fais livrer demain soir ». Jusqu’ici, une IA pouvait surtout vous aider à préparer cette liste. Désormais, les grandes plateformes construisent l’infrastructure pour qu’un agent puisse aussi chercher les produits, comparer les offres, remplir un panier et aller jusqu’au paiement.
Le changement est profond : l’interface du commerce pourrait passer du site marchand que vous parcourez vous-même à une conversation dans laquelle vous décrivez simplement votre intention.
ChatGPT est déjà passé de « quoi acheter ? » à « acheter »
OpenAI a lancé en septembre 2025 Instant Checkout aux États-Unis, avec l’Agentic Commerce Protocol développé avec Stripe. L’objectif est que l’utilisateur puisse découvrir un produit dans ChatGPT puis finaliser son achat sans quitter la conversation. Au lancement, le dispositif concernait des vendeurs Etsy américains, avec l’arrivée annoncée de marchands Shopify.
En mars 2026, OpenAI a élargi la découverte de produits dans ChatGPT : présentation plus visuelle, comparaisons côte à côte et informations de prix ou de disponibilité plus riches. Le protocole ACP ne sert donc plus uniquement au paiement ; il vise à relier progressivement la découverte, la décision et la transaction.
Et pour les courses alimentaires, le scénario n’est déjà plus seulement théorique. Depuis décembre 2025, l’app Instacart dans ChatGPT permet de partir d’une idée de repas, de rechercher des produits chez des enseignes locales, d’assembler un panier prêt à vérifier puis d’aller jusqu’au paiement dans l’expérience ChatGPT. Instacart se charge ensuite de la préparation et de la livraison. L’utilisateur conserve toutefois la validation du panier et du paiement.
Mais il ne s’agit pas encore d’une carte blanche donnée à l’IA. OpenAI précise que l’utilisateur confirme explicitement les étapes nécessaires avant qu’une action soit effectuée et que seules les données nécessaires à la commande sont transmises au marchand avec son autorisation.
Google construit lui aussi un panier capable de travailler en arrière-plan
Google a lancé en 2026 l’Universal Commerce Protocol, ou UCP, avec des acteurs du commerce comme Shopify, Etsy, Wayfair, Target et Walmart. Le principe est proche : fournir un langage commun permettant aux agents, commerçants et systèmes de paiement d’échanger sans développer une connexion différente pour chaque assistant.
À Google I/O 2026, l’entreprise a ensuite présenté Universal Cart. Le panier peut agréger des produits ajoutés depuis Search ou Gemini, surveiller des baisses de prix, signaler des retours en stock, détecter certaines incompatibilités et tenir compte des avantages de paiement ou de fidélité. Google prévoit aussi de l’étendre à YouTube et Gmail.
UCP permet également aux agents d’accéder à des informations de prix et de stock en temps réel chez les marchands compatibles, de gérer plusieurs articles dans un panier et de tenir compte du compte fidélité du client. Les briques nécessaires à une « liste de courses » automatisée commencent donc réellement à s’assembler.


Le vrai verrou était le paiement
Conseiller un produit est une chose. Autoriser un logiciel à dépenser de l’argent en votre nom en est une autre. C’est pourquoi Visa et Mastercard développent leurs propres infrastructures de paiement pour les agents IA.
Visa Intelligent Commerce vise à fournir aux agents des moyens de paiement sécurisés avec contrôles, authentification et limites de dépense. En juin 2026, Visa et OpenAI ont annoncé un partenariat pour connecter l’infrastructure Visa aux expériences de commerce agentique d’OpenAI.
Mastercard développe de son côté Agent Pay. En juin 2026, Worldline, ING et Mastercard ont annoncé avoir réalisé en Europe une transaction agentique complète en production entre un titulaire de carte ING et un commerçant néerlandais. Mastercard insiste sur la notion d’« intention vérifiable » : l’agent doit agir dans le cadre de permissions authentifiées et traçables.
Faire les courses devient alors un problème que l’IA peut résoudre
Le scénario devient facile à imaginer. Vous donnez à votre assistant une intention, un budget et quelques contraintes. L’agent interroge plusieurs catalogues, vérifie le stock, compare le prix au kilo, tient compte de vos cartes de fidélité, construit un panier et propose la meilleure combinaison. Une fois votre accord obtenu, il transmet la commande au marchand et déclenche le paiement.
Toutes ces étapes ne sont pas encore disponibles de manière universelle chez n’importe quelle enseigne et dans n’importe quel pays. Mais un parcours alimentaire complet existe déjà avec Instacart dans ChatGPT, tandis que les autres briques — découverte assistée, données produits structurées, panier multi-marchands, identité, fidélité, paiement tokenisé et transactions initiées par des agents — se généralisent progressivement.
Pour les enseignes, le client de demain pourrait être un logiciel
Le bouleversement est peut-être encore plus important côté commerçants. Lorsqu’un agent choisit entre plusieurs produits, la marque n’essaie plus seulement de convaincre un humain avec un packaging, une publicité ou une tête de gondole. Elle doit aussi être comprise correctement par la machine : description produit, disponibilité, prix, attributs techniques, conditions de livraison, promotions et informations de fidélité deviennent des données stratégiques.
Google pousse déjà les marchands à enrichir leurs données pour les interfaces conversationnelles, tandis que Mastercard lance des outils pour aider les commerçants à rendre leurs produits découvrables par les agents. La prochaine bataille du référencement commercial pourrait donc se jouer autant dans les flux de données destinés aux IA que sur la page d’un moteur de recherche.

Qui choisira vraiment le produit ?
C’est la question centrale. Si l’agent doit arbitrer entre le produit le moins cher, celui qui correspond le mieux à vos habitudes, celui qui bénéficie de votre programme de fidélité et celui que le marchand souhaite mettre en avant, les règles de classement deviennent cruciales.
OpenAI affirme que ses résultats shopping sont organiques et non sponsorisés et que l’activation d’Instant Checkout ne suffit pas à faire remonter un produit dans les résultats. Google, de son côté, expérimente aussi des offres commerciales personnalisées dans ses produits publicitaires. À mesure que l’IA devient intermédiaire d’achat, la frontière entre recommandation, merchandising et publicité devra donc rester lisible.
Le changement n’est pas « l’IA achète tout sans vous »
En 2026, le scénario dominant reste celui d’un commerce agentique sous contrôle : l’IA peut automatiser une partie croissante de la recherche et de l’exécution, mais l’utilisateur conserve des permissions, des plafonds et des étapes d’approbation. Les réseaux de paiement eux-mêmes mettent cette traçabilité au cœur de leurs dispositifs.
La rupture est néanmoins réelle. Jusqu’ici, le commerce numérique consistait essentiellement à rendre l’achat plus facile pour un humain. Le commerce agentique consiste à rendre le commerce compréhensible et actionnable par un logiciel qui représente cet humain.
Nous ne sommes pas encore au stade où une IA peut, partout et chez n’importe quelle enseigne, recevoir l’ordre « remplis le frigo pour la semaine avec 100 € » puis tout exécuter seule. Mais une frontière a déjà été franchie : un agent conversationnel peut aujourd’hui construire un vrai panier de courses et mener l’utilisateur jusqu’au paiement. La prochaine bataille portera moins sur la possibilité technique que sur le niveau de délégation que nous accepterons.
Sources
- Buy it in ChatGPT: Instant Checkout and the Agentic Commerce ProtocolOpenAI · OpenAI · 29 septembre 2025
- Powering Product Discovery in ChatGPTOpenAI · OpenAI · 24 mars 2026
- New tech and tools for retailers to succeed in an agentic shopping eraGoogle · Google · 11 janvier 2026
- AI shopping gets simpler with Universal Commerce Protocol updatesGoogle · Google · 19 mars 2026
- Introducing the Universal Cart and more ways to help you shopGoogle · Google · 19 mai 2026
- Visa Partners with OpenAI to Power the Next Generation of AI CommerceVisa · Visa · 10 juin 2026
- Visa Intelligent CommerceVisa · Visa
- Worldline, ING and Mastercard complete a live end-to-end European agentic payment in productionMastercard · Mastercard / Worldline / ING · 2 juin 2026
- Mastercard Agent PayMastercard · Mastercard
- Mastercard Agent ConnectMastercard · Mastercard · 9 septembre 2026
- Shopper using smartphone while leaning on shopping cart in a supermarketWikimedia Commons · Shixart1985 · 27 mai 2025
- WIC shopper uses mobile phone application to pay for WIC foodsWikimedia Commons / USDA · USDA · 14 novembre 2024
- Instacart and OpenAI partner on AI shopping experiencesOpenAI · OpenAI / Instacart · 8 décembre 2025