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Après Doctolib, voici la prochaine bataille : une IA qui trouve et réserve votre médecin à votre place
Doctolib a rendu l’agenda médical accessible en ligne. En 2026, Zocdoc et Gemini franchissent une nouvelle étape aux États-Unis : décrire son besoin à une IA, lui laisser chercher des créneaux compatibles avec son assurance et réserver. Le futur de l’accès aux soins pourrait se jouer au-dessus des plateformes elles-mêmes.
Par Florent Despréaux
Date d’observation :
Lieu : France / États-Unis / Europe

Pendant quinze ans, la révolution de l’accès aux soins a surtout consisté à remplacer le téléphone par un agenda en ligne. En 2026, une nouvelle étape commence : il devient possible de demander directement à une intelligence artificielle de trouver un professionnel et de réserver un créneau.
Le 12 août 2026, Zocdoc a annoncé son intégration dans l’application Gemini aux États-Unis. L’utilisateur peut formuler son besoin en langage naturel et accéder à des disponibilités réellement réservables auprès d’un réseau de plus de 200 000 professionnels, couvrant plus de 200 spécialités et plus de 10 000 régimes d’assurance.
C’est encore loin d’un assistant médical universel. Mais le changement d’interface est majeur : le patient n’a plus nécessairement à ouvrir une application de santé, remplir plusieurs filtres et comparer lui-même les agendas. Il peut commencer par une demande.
Doctolib a déjà changé la question que l’on se pose
Avant les grandes plateformes de rendez-vous, trouver un spécialiste signifiait souvent chercher un nom, appeler un secrétariat, tomber sur une ligne occupée puis recommencer ailleurs.
Doctolib a industrialisé une expérience beaucoup plus simple : rechercher un professionnel, visualiser des créneaux, réserver, recevoir des rappels et gérer ses rendez-vous depuis une seule interface.
La plateforme revendique aujourd’hui environ 90 millions de patients et 420 000 professionnels de santé utilisant ses solutions en Europe.
En France, sa puissance est telle que l’Autorité de la concurrence a conclu à une position dominante sur les marchés de la prise de rendez-vous médicaux en ligne et des solutions technologiques de téléconsultation. En novembre 2025, elle a infligé à Doctolib une sanction globale de 4,665 millions d’euros pour plusieurs pratiques anticoncurrentielles.
Ce constat ne retire rien à l’utilité du service pour les patients. Il montre surtout qu’une interface de réservation peut devenir une infrastructure de fait lorsqu’elle réunit suffisamment de professionnels et d’usagers.

Mais un « Doctolib » ne résout pas le même problème partout
Comparer les plateformes médicales à l’échelle mondiale est difficile, car les systèmes de santé eux-mêmes sont différents.
En France, la question centrale est souvent : quel professionnel a un rendez-vous disponible ? Aux États-Unis, il faut fréquemment ajouter une autre contrainte : ce professionnel accepte-t-il mon assurance ? Dans un système public intégré, le besoin peut être encore différent : consulter son dossier, renouveler une prescription ou suivre un parcours hospitalier.
C’est pourquoi il n’existe pas réellement un unique « meilleur Doctolib du monde ». Chaque marché a construit une interface autour de son principal point de friction.
Zocdoc ajoute une contrainte essentielle aux États-Unis : l’assurance
Le partenariat avec Gemini montre bien cette différence.
Zocdoc ne se contente pas de chercher un professionnel par spécialité et disponibilité. Sa plateforme travaille aussi avec les réseaux d’assurance, qui structurent fortement l’accès aux soins américains.
L’utilisateur de Gemini peut donc demander un professionnel correspondant à plusieurs contraintes à la fois : type de soin, disponibilité et couverture d’assurance. Zocdoc fournit ensuite des créneaux en temps réel et permet la réservation.
Pour un patient américain, cette capacité peut être plus importante qu’un simple annuaire très fourni : un médecin disponible mais hors réseau peut générer un coût radicalement différent.
L’IA change surtout l’interface
Il est important de ne pas confondre cette évolution avec un diagnostic médical automatisé.
Dans l’intégration annoncée par Zocdoc, Gemini sert d’interface conversationnelle pour comprendre la demande et trouver un rendez-vous compatible avec certains critères. La décision médicale reste du ressort du professionnel de santé.
Le changement est néanmoins profond : on passe d’une logique où le patient doit connaître les filtres du système à une logique où il décrit simplement son besoin.
« Trouve-moi un dermatologue disponible vendredi et compatible avec mon assurance » devient une requête exploitable directement par la plateforme.
Docplanner joue une autre carte : l’internationalisation
Le groupe Docplanner est implanté dans 13 pays et opère souvent sous des marques locales.
Il revendique environ 25 millions de rendez-vous réservés sur ses plateformes au cours du dernier mois, 100 millions de visites mensuelles et 300 000 médecins actifs utilisant ses solutions.
Son avantage n’est donc pas d’avoir construit une seule marque européenne uniforme, mais de déployer un même modèle de marketplace et de logiciel professionnel à travers plusieurs marchés.
Cela illustre une autre stratégie possible : plutôt qu’approfondir extrêmement un petit nombre de pays, adapter une infrastructure commune à de nombreuses réalités locales.
Le NHS montre qu’une application de santé peut être autre chose qu’une marketplace
Au Royaume-Uni, le NHS App répond à une logique presque opposée.
En avril 2026, environ 41 millions de personnes y étaient inscrites. L’application était alors connectée à tous les trusts hospitaliers aigus d’Angleterre et environ 64 % des rendez-vous hospitaliers étaient visibles dans l’application.
Elle donne également accès à des services comme les résultats d’examens, les prescriptions, certaines données du dossier médical, les messages de santé et les informations de rendez-vous.
L’objectif n’est donc pas principalement d’acquérir des patients pour des praticiens privés, mais de devenir une porte d’entrée numérique vers un système public de santé.
La France reste plus fragmentée
Le patient français dispose de plusieurs briques : une plateforme privée de réservation très puissante, des services de l’Assurance Maladie, Mon espace santé, des portails hospitaliers et les logiciels utilisés par les professionnels.
Cette spécialisation a des avantages, mais elle signifie aussi que le parcours complet reste dispersé entre plusieurs interfaces.
La question de la prochaine génération est précisément de savoir si un agent pourra naviguer entre ces briques sans créer un nouveau silo au-dessus des anciens.
L’Europe pousse vers davantage d’interopérabilité
La transformation dépasse les plateformes commerciales.
Selon l’étude 2026 de la Commission européenne, le score composite moyen d’accès numérique aux dossiers de santé électroniques a atteint 87 % dans l’Union européenne en 2025, soit quatre points de plus qu’en 2024.
L’objectif européen reste que 100 % des citoyens puissent accéder à leurs dossiers de santé électroniques d’ici 2030.
Cette progression est essentielle pour les futurs agents : une IA ne peut orchestrer correctement un parcours que si les données, les identités et les services peuvent communiquer de manière fiable et autorisée.
La prochaine bataille n’est donc peut-être plus l’agenda
Les grands acteurs de la réservation ont déjà démontré la valeur de la disponibilité en ligne.
La prochaine couche pourrait consister à réunir plusieurs opérations dans une seule demande : trouver un professionnel, vérifier les contraintes, comparer les créneaux, réserver, préparer les documents, déclencher une téléconsultation si nécessaire puis accompagner les étapes suivantes.
Cette orchestration ne signifie pas que toutes ces fonctions sont déjà réunies dans un même service en 2026. Elle décrit la direction que rendent possible les intégrations entre assistants IA, plateformes de rendez-vous, dossiers électroniques et services de santé.
Et si l’application médicale disparaissait derrière l’assistant ?
L’intégration de Zocdoc à Gemini pose une question stratégique aux plateformes historiques.
Si le patient commence son parcours dans une IA généraliste, la plateforme de santé peut devenir une infrastructure invisible chargée de fournir disponibilité, assurance et réservation.
Dans ce scénario, la relation utilisateur n’appartient plus nécessairement au service médical lui-même. Elle peut être captée par l’assistant qui reçoit la demande en premier.
C’est une évolution déjà observée ailleurs sur Internet : lorsqu’une nouvelle interface devient le point d’entrée, les services situés derrière elle risquent de devenir interchangeables aux yeux de l’utilisateur.
La neutralité devient alors cruciale
Un agent qui choisit quels professionnels montrer en premier exerce une influence concrète sur l’accès aux soins.
Il faudra pouvoir comprendre sur quels critères les résultats sont classés : disponibilité, distance, assurance, préférence déclarée, qualité des informations, relations commerciales ou combinaison de plusieurs facteurs.
La question est particulièrement sensible en santé, où une recommandation commerciale peut être interprétée comme une recommandation médicale.
La traçabilité des choix, la transparence des partenariats et la possibilité de modifier les critères seront donc aussi importantes que la qualité de l’interface.
Les données constituent l’autre frontière
Plus l’assistant orchestre le parcours, plus il manipule potentiellement des données sensibles : spécialité recherchée, rendez-vous, assurance, prescriptions, documents ou résultats.
Les futurs services devront donc articuler simplicité d’usage, consentement, minimisation des données, sécurité et droits d’accès.
L’Europe dispose ici d’un cadre particulièrement exigeant, tandis que les architectures nationales de santé numérique continuent de se rapprocher grâce aux politiques d’interopérabilité.
Le meilleur modèle mondial n’existe pas encore
Doctolib excelle dans la réservation et les outils professionnels sur ses marchés forts. Docplanner démontre la capacité à internationaliser la marketplace. Zocdoc traite les contraintes propres au système américain et vient d’ouvrir la réservation agentique dans Gemini. Le NHS App montre ce qu’une porte d’entrée publique intégrée peut apporter.
Ces modèles ne sont pas strictement concurrents. Ils révèlent plutôt les différentes briques qu’un futur parcours numérique devra connecter.
Le service le plus puissant ne sera peut-être pas celui qui possède le plus grand annuaire. Ce pourrait être celui qui comprend une demande, accède aux bonnes infrastructures, exécute les étapes autorisées et laisse au patient le contrôle des décisions importantes.
Après « trouver » et « réserver », voici « orchestrer »
La première révolution a rendu les professionnels visibles. La deuxième a rendu leurs agendas réservables.
En 2026, Zocdoc et Gemini montrent qu’une troisième étape devient concrète : formuler une demande à une IA et laisser l’infrastructure chercher puis réserver.
La suivante reste largement à construire : un parcours où rendez-vous, dossier, prescription, pharmacie et suivi pourraient être coordonnés sans obliger le patient à naviguer manuellement entre une multitude d’applications.
Après avoir numérisé l’agenda du médecin, la prochaine bataille pourrait donc être beaucoup plus ambitieuse : numériser la coordination du parcours de soins.
Sources
- Zocdoc Brings Seamless, Real-Time Appointment Booking to GeminiZocdoc · Zocdoc · 12 août 2026
- Doctolib Pro — logiciel pour les professionnels de santéDoctolib Pro · Doctolib
- L’Autorité sanctionne Doctolib à hauteur de 4 665 000 eurosAutorité de la concurrence · Autorité de la concurrence · 6 novembre 2025
- Docplanner GroupDocplanner
- Hospital patients can now check appointments in the NHS AppNHS England · NHS England · 28 avril 2026
- The 2026 Digital Decade eHealth Indicator StudyCommission européenne · European Commission · 17 juin 2026