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106 millions de visites à Hainan, mais seulement 1,5 million de touristes entrants avec nuitée : pourquoi l’île commence à peine à devenir mondiale

Hainan est déjà une machine touristique : 106 millions de visites en 2025 et plus de 225 milliards de yuans de dépenses. Pourtant, le tourisme entrant avec nuitée reste autour de 1,5 million. L’île chinoise n’a pas besoin de l’Europe pour exister — mais elle investit désormais massivement pour devenir une destination réellement mondiale.

Par Florent Despréaux

Reconstitution éditoriale de voyageurs internationaux arrivant à Hainan avec le contraste entre tourisme total et tourisme entrant.
V1 STORIMITIK — Hainan a dépassé 106 millions de visites touristiques en 2025, tandis que le tourisme entrant avec nuitée restait autour de 1,5 million. Les séries statistiques ne comptent pas exactement la même unité.

Une immense destination… encore très domestique

Hainan a franchi en 2025 un seuil spectaculaire : 106 millions de visites touristiques et 225,4 milliards de yuans de dépenses. Pour une île tropicale de Chine, l’échelle est déjà celle d’une grande destination mondiale.

Mais cette puissance repose encore très largement sur le marché intérieur chinois. Les statistiques officielles recensent plus de 1,5 million de touristes entrants avec nuitée en 2025, en hausse de 35,2 %. Les deux chiffres ne mesurent pas exactement la même chose — le premier compte des visites touristiques totales, le second le tourisme entrant avec nuitée — mais l’écart d’échelle reste révélateur.

Hainan n’a donc pas besoin des Européens pour exister comme destination touristique. Son défi est différent : transformer une immense destination domestique en marque réellement internationale.

Reconstitution éditoriale de voyageurs internationaux arrivant à Hainan, avec le contraste entre 106 millions de visites touristiques et plus de 1,5 million de touristes entrants.
V1 STORIMITIK — 106 millions de visites touristiques en 2025, mais un tourisme entrant encore beaucoup plus petit. Les deux statistiques relèvent de séries différentes et servent ici à montrer l’écart d’échelle.

L’Europe commence pourtant à apparaître dans les chiffres

La situation évolue rapidement. En 2025, Hainan indique que les arrivées depuis le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, l’Italie et la Suisse ont toutes progressé à deux chiffres sur un an.

Cette progression ne signifie pas que l’Europe est devenue un marché dominant. Elle montre plutôt qu’un réservoir jusqu’ici secondaire commence à prendre de l’importance au moment où Hainan veut élargir son audience au-delà de l’Asie.

La province a donc renforcé sa présence commerciale à l’étranger : 29 bureaux de promotion touristique sont désormais répartis dans 18 pays et régions. L’objectif est clair : ne plus attendre que les voyageurs découvrent Hainan par hasard, mais aller chercher directement les marchés internationaux.

Cartographie éditoriale de l’ouverture de Hainan vers plusieurs marchés européens, avec croissance à deux chiffres des arrivées, visa-free et bureaux de promotion.
V2 STORIMITIK — France, Royaume-Uni, Allemagne, Italie et Suisse : les arrivées ont progressé à deux chiffres en 2025. La carte est éditoriale ; aucun pourcentage pays n’est extrapolé.

L’entrée sans visa réduit déjà une barrière majeure

L’ouverture ne repose pas seulement sur la communication. En 2026, les ressortissants de nombreux pays européens — dont la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Suisse et le Royaume-Uni — peuvent entrer en Chine sans visa pour un séjour pouvant aller jusqu’à 30 jours dans le cadre des exemptions nationales applicables.

Hainan bénéficie en plus de dispositifs régionaux spécifiques, ce qui en fait l’un des territoires chinois les plus ouverts aux visiteurs étrangers. Cette simplification change concrètement la décision de voyage : moins de démarches, moins de délai et moins d’incertitude avant le départ.

Le vrai travail commence après l’atterrissage

Attirer davantage d’étrangers ne suffit pas. Une destination internationale doit aussi fonctionner pour eux une fois sur place. À Sanya, les autorités ont donc commencé à traiter des frictions très concrètes : paiement, change, langue, signalétique et assistance.

En 2026, la ville comptait 6 086 commerçants acceptant les cartes étrangères et 12 400 terminaux POS compatibles. Alipay et WeChat Pay étaient connectés à plus de 40 portefeuilles numériques internationaux provenant de 17 pays et régions.

Sanya avait également déployé 67 points de change et six machines automatiques de change, notamment à l’aéroport, dans des hôtels et dans les principales zones commerçantes. La hotline publique 12345 propose désormais des lignes dédiées en anglais, coréen, russe et japonais.

Reconstitution éditoriale des services destinés aux visiteurs étrangers à Sanya : paiement par carte, accueil multilingue et change.
V3 STORIMITIK — L’internationalisation se joue aussi dans les détails : cartes étrangères, portefeuilles numériques, change et services multilingues.

Hainan veut devenir plus qu’une station balnéaire chinoise

Cette internationalisation s’inscrit dans une stratégie économique beaucoup plus large. Le tourisme représente désormais environ 33,4 % du PIB provincial selon les données présentées en 2026.

L’objectif officiel est de faire de Hainan une destination touristique et de consommation d’influence mondiale à l’horizon 2035. Cela suppose de diversifier l’offre au-delà du simple séjour balnéaire : sports nautiques, culture, médecine traditionnelle chinoise, shopping duty-free, nature tropicale et expériences de longue durée.

Cette stratégie explique pourquoi les autorités insistent autant sur les visiteurs européens : ils séjournent souvent plus longtemps et recherchent davantage d’expériences que le simple passage rapide sur une plage ou dans un centre commercial.

Le paradoxe de Hainan est finalement un avantage

De nombreuses destinations émergentes doivent d’abord prouver qu’elles savent attirer du volume. Hainan a déjà résolu ce problème grâce au marché chinois.

Elle peut donc internationaliser une infrastructure touristique déjà massive au lieu de construire son industrie à partir de zéro. Aéroports, hôtels, plages aménagées, duty-free, routes côtières et attractions existent déjà ; ce qu’il faut désormais construire, c’est la lisibilité internationale.

Le vrai enjeu n’est donc plus de savoir si Hainan peut attirer des touristes. Elle le fait déjà à une échelle gigantesque.

La question est de savoir si elle peut devenir, pour un Européen, un nom aussi évident que Phuket, Bali ou les grandes îles des Philippines.

Sources