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La France est n°1 mondiale du tourisme. Alors pourquoi l’Espagne gagne-t-elle plus d’argent ?
La France reste le pays le plus visité du monde : 102 millions de visiteurs internationaux en 2025. Pourtant, ses recettes internationales atteignent 77,5 milliards d’euros, contre environ 105 milliards pour l’Espagne. Le paradoxe révèle une faiblesse du classement le plus médiatisé du tourisme : compter les visiteurs ne suffit pas à mesurer la valeur créée par une destination.
Par Florent Despréaux

La France gagne toujours la bataille du nombre
En 2025, la France a accueilli 102 millions de visiteurs internationaux. La Direction générale des Entreprises confirme ainsi sa place de première destination touristique mondiale en nombre de visiteurs, avec 77,5 milliards d’euros de recettes internationales.
L’Espagne reste derrière en fréquentation avec 96,8 millions de touristes internationaux en 2025, selon l’Instituto Nacional de Estadística. Pourtant, la DGE française compare les 77,5 milliards d’euros de recettes internationales françaises à environ 105 milliards d’euros côté espagnol.

Le vrai écart apparaît quand on regarde la valeur créée par voyageur
La Direction générale du Trésor fournit une comparaison particulièrement éclairante pour 2024 : la dépense moyenne d’un touriste étranger est estimée à environ 710 euros en France, contre 1 345 euros en Espagne.
Cela représente presque 1,9 fois plus en Espagne. Autrement dit, la France peut accueillir davantage de visiteurs tout en générant moins de recettes si la valeur moyenne créée par touriste étranger est plus faible.

Les nuitées racontent encore une autre histoire
Eurostat mesure une autre dimension : les nuitées passées par les non-résidents dans les établissements d’hébergement touristique. En 2024, l’Espagne enregistre environ 322 millions de nuitées internationales, contre environ 141 millions en France.
Cette statistique ne compte pas la même chose que les arrivées internationales. Elle ne doit donc pas être divisée mécaniquement par le nombre de visiteurs pour fabriquer une durée moyenne de séjour. Elle montre néanmoins que l’Espagne concentre beaucoup plus de nuitées étrangères dans son hébergement touristique marchand.

Même en ajoutant les clientèles domestiques, l’Espagne reste devant en nuitées
En 2025, Eurostat comptabilise 513,6 millions de nuitées touristiques en Espagne, contre 471,7 millions en France. Ces chiffres incluent les clientèles domestiques et internationales dans les établissements d’hébergement touristique.
La comparaison montre pourquoi le classement mondial par nombre de visiteurs ne suffit pas à résumer la performance touristique d’un pays. Arrivées, nuitées, recettes et dépense moyenne décrivent des réalités différentes.

La France cherche elle-même à augmenter la valeur créée
Le bilan français 2025 indique une dépense moyenne de 760 euros par séjour international, en hausse de 7 % sur un an. L’objectif public affiché est désormais d’atteindre 100 milliards d’euros de recettes internationales à l’horizon 2030.
Ce changement de priorité est révélateur : conserver la première place mondiale en fréquentation ne suffit plus. La question devient aussi celle de la valeur économique générée par les visiteurs déjà présents.
102 millions de visiteurs ne signifient pas 102 millions de longs séjours
Un week-end urbain, un séjour chez des proches, une semaine de vacances ou un voyage plus long peuvent tous apparaître dans les statistiques d’arrivées internationales. Les définitions nationales et européennes ne couvrent pas exactement les mêmes phénomènes.
C’est pourquoi il faut éviter de confondre arrivées, nuitées, recettes internationales, dépenses touristiques et consommation touristique intérieure. Ce sont des indicateurs complémentaires, pas des synonymes.
Alors, qui « gagne » entre la France et l’Espagne ?
Si l’on mesure le nombre de visiteurs internationaux, la France reste devant. Si l’on regarde les recettes internationales publiées dans la comparaison de la DGE, la dépense moyenne par touriste étranger ou les nuitées dans les hébergements touristiques, l’Espagne prend l’avantage sur ces indicateurs.
Il n’existe donc pas un classement unique capable de désigner le « meilleur » modèle touristique. Tout dépend de ce que l’on cherche à mesurer.
Le prochain record touristique français ne sera peut-être pas un record de visiteurs
Le chiffre de 102 millions reste spectaculaire, mais il ne suffit plus à décrire la performance d’une destination. La comparaison avec l’Espagne montre que la bataille touristique se joue aussi sur le volume de nuitées enregistrées, la dépense moyenne et les recettes captées.
Pour la France, le prochain symbole de réussite pourrait donc être moins spectaculaire qu’un nouveau record de fréquentation : atteindre 100 milliards d’euros de recettes internationales.
Sources
- Bilan touristique 2025 : la France confirme sa place de première destination touristique mondialeDirection générale des Entreprises · Ministère de l’Économie — DGE
- FRONTUR — Movimientos Turísticos en Fronteras, diciembre 2025 y año 2025Instituto Nacional de Estadística · INE Espagne
- 2024, année record pour le tourisme international en EspagneDirection générale du Trésor · Ministère de l’Économie
- Tourism statistics — nights spent at tourist accommodation establishmentsEurostat · Commission européenne
- EU tourism nights reached 3.08 billion in 2025Eurostat · Commission européenne