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Flying Blue pèse 887 M€ : comment Air France-KLM gagne de l’argent avec vos Miles

Flying Blue n’est pas seulement un programme pour obtenir des billets prime. En 2025, il a généré 887 M€ de chiffre d’affaires pour Air France-KLM. Cartes bancaires, hôtels, loueurs et autres partenaires participent directement à ce modèle.

Par Florent Despréaux

Date d’observation :

Lieu : Monde

Airbus A350-900 d’Air France en approche de Washington Dulles.
Airbus A350-900 Air France F-HUVP en approche de Washington Dulles. Photo : Acroterion / Wikimedia Commons — CC BY-SA 4.0.

Quand vous gagnez des Miles Flying Blue en payant avec une carte bancaire, en réservant un hôtel ou en louant une voiture, ils ne tombent pas du ciel. Une partie du modèle consiste précisément à vendre des Miles à des partenaires commerciaux qui veulent récompenser leurs propres clients. Pour Air France-KLM, la fidélité est donc bien plus qu’un avantage marketing : c’est une activité économique à part entière.

Un Mile n’est pas seulement un cadeau au voyageur

Flying Blue est le programme de fidélité d’Air France, KLM et Transavia. Ses membres accumulent des Miles en voyageant, mais aussi auprès de partenaires non aériens : cartes bancaires, chaînes hôtelières, loueurs de voitures et autres services. Ces Miles peuvent ensuite être utilisés pour des billets, des services liés au voyage ou des avantages proposés par les partenaires.

Le mécanisme devient intéressant quand on regarde les comptes. Air France-KLM explique que, dans les refacturations de Miles entre partenaires, la marge réalisée sur les ventes de Miles aux partenaires du programme est reconnue immédiatement dans le résultat. Autrement dit, lorsqu’un partenaire achète des Miles pour les distribuer à ses clients, Flying Blue peut générer une marge avant même que ces Miles soient utilisés.

887 M€ de chiffre d’affaires en 2025

Air France-KLM affiche désormais Flying Blue comme un véritable moteur de performance. Le groupe indique que le programme a généré 887 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2025. Il revendique plus de 30 millions de membres, plus de 35 compagnies aériennes partenaires et plus de 100 partenaires commerciaux. Selon le groupe, Flying Blue recrute en moyenne un nouveau membre toutes les cinq secondes.

Pour un voyageur, cette taille signifie davantage de façons de gagner et de dépenser des Miles. Pour Air France-KLM, elle signifie surtout un réseau d’entreprises prêtes à payer pour accéder à cette monnaie de fidélité et à l’écosystème de clients qui l’accompagne.

En 2024, les partenaires tiers ont pesé 536 M€

Les résultats 2024 permettent de voir plus précisément d’où vient la valeur. Cette année-là, Flying Blue a généré 811 millions d’euros de revenus. Sur ce total, 536 millions provenaient de tiers, c’est-à-dire notamment de partenaires aériens et non aériens. Le résultat opérationnel atteignait 200 millions d’euros, pour une marge de 24,7 %.

Infographie STORIMITIK expliquant comment Flying Blue génère 887 M€ de chiffre d’affaires en 2025 et comment des partenaires achètent des Miles pour les attribuer à leurs clients.
Flying Blue : 887 M€ de chiffre d’affaires en 2025, plus de 30 millions de membres et plus de 100 partenaires commerciaux. Infographie STORIMITIK — données Air France-KLM.
Infographie STORIMITIK présentant les résultats Flying Blue 2024 : 811 M€ de revenus, 536 M€ issus de tiers, 200 M€ de résultat opérationnel, 24,7 % de marge, 52 % des revenus passagers générés par des membres Flying Blue, 831 M€ de dette liée aux Miles et 1,5 Md€ de financement Apollo en 2023.
Flying Blue : les chiffres 2024 qui expliquent le modèle économique, avec le financement Apollo de 2023. Infographie STORIMITIK — données officielles Air France-KLM.

Ce niveau de rentabilité explique pourquoi les programmes de fidélité sont devenus des actifs stratégiques dans le transport aérien. Ils créent une relation avec le client même lorsqu’il n’est pas dans un avion, et ils génèrent des revenus via les entreprises qui veulent distribuer des Miles.

52 % des revenus passagers provenaient de membres Flying Blue

L’intérêt du programme ne se limite pas aux ventes de Miles. Air France-KLM indique qu’en 2024, 52 % du chiffre d’affaires passagers d’Air France et de KLM était généré par des membres Flying Blue, soit trois points de plus qu’en 2023. Le programme sert donc aussi à ramener les voyageurs vers les compagnies du groupe et à augmenter leur fréquence d’achat.

C’est là que le modèle devient particulièrement puissant : Flying Blue peut gagner de l’argent quand un partenaire achète des Miles, puis contribuer à générer de nouveaux billets lorsque le membre revient voler avec Air France ou KLM.

Les Miles non utilisés représentent aussi une obligation comptable

Les Miles distribués ne sont pas pour autant du revenu gratuit. Lorsqu’ils sont associés à une vente de billet, une partie de la recette est différée jusqu’à ce que le groupe remplisse son obligation envers le membre. Au 31 décembre 2024, Air France-KLM comptabilisait 831 millions d’euros de dette liée aux Miles Flying Blue encore attendus à l’utilisation, après prise en compte du taux de rédemption estimé.

Cela rappelle une réalité simple : un Mile a de la valeur parce qu’Air France-KLM promet quelque chose en échange. Plus le programme grossit, plus cette promesse devient un engagement financier important à gérer.

Apollo a financé Flying Blue, mais n’a pas acheté la moitié du programme

En 2023, Air France-KLM a réalisé une opération spectaculaire avec Apollo Global Management : 1,5 milliard d’euros de financement en quasi-fonds propres via une filiale dédiée liée à Flying Blue. Cette filiale détient la marque et la majorité des contrats avec les partenaires commerciaux, ainsi que le droit exclusif d’émettre des Miles pour les compagnies et leurs partenaires.

Mais il ne s’agissait pas d’une vente de la moitié de Flying Blue. Le financement reposait sur des obligations perpétuelles et était présenté comme non dilutif. Air France-KLM a continué à gérer et exploiter Flying Blue, tandis qu’Air France et KLM ont conservé le contrôle de leurs bases clients.

Ce que cela change pour vous

Pour le membre, ce modèle explique pourquoi les occasions de gagner des Miles se multiplient en dehors de l’avion : cartes bancaires, hôtels, locations de voitures, shopping et autres services. Ces partenaires ne distribuent pas seulement un bonus marketing ; ils participent économiquement à l’écosystème Flying Blue.

Cela ne signifie pas qu’un Mile équivaut à une somme fixe en euros. Sa valeur pour le voyageur dépend de la manière dont il est utilisé. Mais du point de vue d’Air France-KLM, les Miles constituent bien une ressource économique : ils attirent les membres, fidélisent les voyageurs et génèrent des revenus auprès des partenaires.

Le regard STORIMITIK

Flying Blue montre qu’une compagnie aérienne ne vend plus seulement des sièges. Elle construit aussi une plateforme de fidélité capable de relier banques, hôtels, loueurs, commerces et voyageurs autour d’une même unité de valeur.

Le chiffre de 887 millions d’euros rend cette transformation très concrète. Quand vous gagnez des Miles sans prendre l’avion, quelqu’un finance généralement cette récompense. Et quand vous les utilisez ensuite pour voyager, Air France-KLM récupère aussi la valeur de la relation qu’elle a entretenue avec vous entre deux vols.

Vos Miles ont donc de la valeur pour vous. Mais ils en ont aussi beaucoup pour Air France-KLM.

Sources