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9 900 milliards de wons pour l’IA, 37 000 GPU visés : la Corée du Sud veut rejoindre le Top 3 mondial

La Corée du Sud consacre 9 900 milliards de wons à l’IA en 2026, vise un total de 37 000 GPU et construit un centre national de calcul. Derrière l’objectif affiché d’entrer dans le « Top 3 mondial », Séoul assemble une stratégie qui relie infrastructure, semi-conducteurs, modèles souverains, réglementation et usages industriels.

Par Florent Despréaux

Lieu : Corée du Sud

Illustration éditoriale sur le pari de la Corée du Sud dans l’intelligence artificielle, avec laboratoire technologique, GPU et skyline de Séoul.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — scène éditoriale conceptuelle sur l’ambition nationale sud-coréenne en IA. Personnes et environnement fictifs ; logos et équipements stylisés ; ce n’est pas la photographie d’un site réel.

Un pays industriel qui traite désormais l’IA comme une infrastructure

La Corée du Sud ne présente plus l’intelligence artificielle comme un simple secteur technologique. Dans son plan de travail 2026, le ministère des Sciences et des TIC indique que le budget national consacré à l’IA passe de 3 000 milliards de wons en 2025 à 9 900 milliards en 2026. L’objectif politique affiché est explicite : faire entrer le pays parmi les trois grandes puissances mondiales de l’IA.

Ce « Top 3 » n’est pas un classement indépendant déjà acquis. C’est une ambition gouvernementale. Mais la stratégie mobilise désormais plusieurs couches à la fois : puissance de calcul, modèles fondamentaux, semi-conducteurs, data centers, réseaux, recherche, réglementation et déploiements dans l’industrie comme dans les services publics.

37 000 GPU : construire la puissance de calcul avant les usages

Le chiffre le plus concret concerne les GPU. Le plan 2026 prévoit de sécuriser un total cumulé de 37 000 GPU avancés : 13 000 issus des achats engagés en 2025, 9 000 liés au sixième supercalculateur national et 15 000 supplémentaires dans le budget principal 2026. L’enjeu n’est pas seulement de posséder des machines : le gouvernement veut les affecter en priorité aux projets nationaux, aux services publics d’IA, aux start-up et aux programmes régionaux de transformation par l’IA.

Cette course au calcul dépasse d’ailleurs les seuls achats publics. La Corée cherche en parallèle à renforcer ses propres semi-conducteurs d’IA — notamment les NPU — afin de réduire sa dépendance aux fournisseurs étrangers et d’intégrer davantage de matériel local dans son infrastructure.

Illustration conceptuelle d’une infrastructure de calcul IA en Corée du Sud avec racks de serveurs et techniciens.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — représentation conceptuelle de l’infrastructure de calcul et des GPU visés par la stratégie sud-coréenne. Personnes, installation et logos stylisés ; ce n’est pas la photographie d’un data center réel.

Un centre national à Haenam

Le National AI Computing Center donne une dimension physique à cette stratégie. Sa construction a officiellement commencé le 3 août 2026 à Haenam, dans le sud-ouest du pays. Le ministère prévoit un centre équipé de 15 000 puces d’IA d’ici 2028, destiné à fournir des ressources de calcul pour la recherche, le développement de services et l’adoption de semi-conducteurs domestiques.

Autrement dit, Séoul ne parie pas uniquement sur des modèles. Le pays essaie de bâtir la couche d’infrastructure qui permet de les entraîner, de les tester et de les déployer.

Des modèles « souverains » pour ne pas dépendre entièrement des géants américains

La deuxième brique est logicielle. Le programme Sovereign AI Foundation Model finance plusieurs équipes coréennes chargées de développer des modèles fondamentaux conçus et préentraînés localement. En août 2026, Upstage, SK Telecom et LG AI Research ont franchi une nouvelle étape de sélection après l’évaluation de leurs modèles.

Le gouvernement définit ici la souveraineté de manière stricte : le modèle ne doit pas simplement être une adaptation d’un modèle étranger. Il doit être conçu et entraîné de bout en bout avec une maîtrise suffisante de l’architecture, des données, des poids et des conditions de licence. Cette approche ne supprime pas la dépendance aux GPU étrangers, mais elle cherche à éviter une dépendance totale au logiciel et aux modèles de fondation étrangers.

La réglementation devient elle aussi une pièce de la stratégie

Depuis le 22 janvier 2026, l’AI Basic Act est entré en vigueur. Le texte fournit une base légale à la gouvernance nationale de l’IA, au soutien à la R&D, aux jeux de données d’entraînement, aux infrastructures de test et aux data centers. Il introduit aussi des obligations de transparence, de sécurité et de gestion des systèmes à fort impact.

La particularité sud-coréenne est donc de faire avancer en parallèle l’accélérateur et le frein : investir massivement pour diffuser l’IA tout en installant un cadre juridique destiné à rendre son utilisation plus prévisible.

Le vrai avantage coréen : relier l’IA à une base industrielle déjà puissante

La Corée du Sud part avec un atout que beaucoup de pays n’ont pas : Samsung, SK hynix, Hyundai, les télécoms et un tissu industriel déjà très avancé dans les semi-conducteurs, l’électronique, l’automobile, les batteries et la robotique. L’IA peut donc être branchée directement sur des chaînes de production, des véhicules, des réseaux ou des produits électroniques, et pas seulement sur des services numériques.

Cette densité industrielle explique pourquoi la stratégie nationale insiste autant sur le « Physical AI » : l’IA qui agit dans le monde réel à travers robots, machines, véhicules et usines intelligentes.

Illustration conceptuelle de citoyens et chercheurs utilisant un robot et des outils d’intelligence artificielle en Corée du Sud.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — scène fictive illustrant les usages humains de l’IA dans l’éducation, l’industrie et les services. Personnes, robot et lieu fictifs.

Une avance réelle, mais le « Top 3 » reste à démontrer

La Corée possède déjà des signaux solides. Le Stanford AI Index 2026 la place en tête mondiale pour le nombre de brevets d’IA accordés par habitant, avec 14,31 brevets pour 100 000 habitants sur les données 2024. Les modèles coréens progressent également dans plusieurs évaluations internationales.

Mais aucun indicateur unique ne permet de déclarer un pays « troisième puissance mondiale de l’IA ». Les États-Unis et la Chine restent dominants sur de nombreux paramètres — modèles de pointe, capital, puissance de calcul, entreprises et recherche — tandis que les classements varient selon les critères retenus.

Le pari coréen est donc moins un classement qu’une chaîne complète

Ce qui rend la stratégie sud-coréenne intéressante n’est pas seulement son montant. C’est la volonté de relier toutes les couches : financer le calcul, construire des centres, soutenir des modèles nationaux, développer des puces, former des talents, encadrer juridiquement l’IA et l’injecter dans une économie déjà très industrialisée.

Le résultat n’est pas garanti. Mais la Corée du Sud transforme l’IA en projet d’infrastructure nationale. Et dans une compétition où la puissance ne dépend plus seulement du meilleur modèle, cette cohérence pourrait compter autant que les benchmarks.

Sources