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Après le plein, le panier : pourquoi les boutiques d’autoroute européennes misent sur les souvenirs et le dépannage

Souvenirs, jouets, chargeurs, livres ou produits d’hygiène : le commerce non alimentaire a toute sa place sur les aires d’autoroute. De la France à l’Autriche, six exemples montrent comment les opérateurs adaptent leurs magasins, tandis qu’une enquête britannique révèle un écart de 27 points entre l’appréciation de l’assortiment et celle des prix.

Par Florent Despréaux

Date d’observation :

Lieu : Europe

Reconstitution éditoriale d’une boutique d’aire d’autoroute : une voyageuse examine un souvenir, des accessoires et des jouets avec des véhicules visibles au-dehors.
RECONSTITUTION ÉDITORIALE GÉNÉRÉE STORIMITIK — Boutique fictive inspirée des offres documentées en Europe, sans emplacement réel.

Une aire d’autoroute n’est pas seulement l’endroit où l’on fait le plein et où l’on prend un café. Entre deux déplacements, on y trouve également des livres, des souvenirs régionaux, des jouets, des chargeurs de téléphone, des articles d’hygiène ou des accessoires de voyage. Des achats parfois prévus, parfois décidés en découvrant un produit entre le parking et la caisse.

Ce commerce non alimentaire est peu visible dans les grandes statistiques de la distribution. Les opérateurs publient des chiffres d’affaires globaux, mêlant restauration, boutiques et parfois plusieurs canaux de voyage. Pour comprendre ce marché, mieux vaut partir des rayons réellement proposés, des formats de vente et d’enquêtes de clientèle, sans inventer des parts de marché nationales.

Des boutiques qui ne vendent pas toutes la même chose

Le terme « non alimentaire » couvre ici les objets et biens destinés au voyageur, hors restauration, boissons et produits à manger. Les coffrets gourmands peuvent être achetés pour offrir mais restent de l’alimentaire ; ils n’entrent donc pas dans ce périmètre.

Autogrill France cite explicitement, pour ses formats La Boutique et Le Market, les jouets, les articles de station, les produits d’hygiène, la presse, le tabac, l’électronique et les souvenirs locaux, notamment des objets artisanaux et des textiles. Une même enseigne peut ainsi répondre à deux usages : dépanner pendant le trajet ou permettre de rapporter quelque chose du voyage.

Le premier registre est pratique. Un câble oublié, un chargeur, un produit d’hygiène, un livre pour occuper le voyage : l’achat résout un besoin immédiat. Le second relève davantage de la découverte, avec un souvenir régional, une carte postale ou un jouet choisi pendant la pause. Ces motivations ne sont pas exclusives et aucun pourcentage fiable ne permet de répartir les ventes européennes entre elles.

Composition éditoriale de quatre familles de produits non alimentaires en boutique autoroutière : souvenirs, jouets, accessoires et dépannage.
RECONSTITUTION ÉDITORIALE STORIMITIK — Catégories documentées par Autogrill France. Produits et étalages illustratifs, sans pourcentage de vente.

France : souvenirs régionaux et articles utiles dans un même magasin

Chez Autogrill, La Boutique met en avant une sélection de souvenirs et d’articles pratiques, tandis que Le Market associe des spécialités gourmandes à des idées cadeaux et à des produits du quotidien. Les formats ne correspondent pas à des surfaces ou assortiments identiques partout : ils varient selon l’aire.

Le groupe Areas développe de son côté des concepts qui relient restauration et identité locale. Sur l’aire de Mornas Village, l’enseigne Aix et terra met notamment en avant le terroir et les artisans. Cela ne prouve pas que le souvenir serait la première catégorie de vente en France ; c’est un exemple documenté de mise en scène commerciale du territoire.

Italie et Autriche : le marché à côté du restaurant

Sur l’A7 italienne à Dorno, Avolta et Autogrill ont ouvert en mars 2024 un espace Eataly où restaurant, vente rapide et marché sont rapprochés. La majorité des références citées dans le communiqué sont alimentaires — pâtes, biscuits, chocolat, confitures — mais le marché propose également des cosmétiques et de petits articles pour la maison.

Ce format montre comment le commerce peut bénéficier du passage au restaurant, sans que l’on puisse en déduire automatiquement une hausse du panier non alimentaire : les résultats détaillés des rayons ne sont pas publiés.

À Feistritz, sur l’A10 autrichienne, Avolta a rénové en juin 2024 un site mêlant restauration italienne et concept « Market » pour les achats pratiques. Le groupe présente ce format comme une expérience de pause intégrée. L’Autriche rejoint ainsi les exemples d’hybridation, mais pas nécessairement avec le même assortiment que l’Italie.

Allemagne : le dépannage, sans oublier les souvenirs

Sur son site, Serways présente des boutiques ouvertes toute l’année avec câbles, adaptateurs, batteries externes, journaux, livres, produits d’hygiène et cartes prépayées. L’enseigne propose aussi des cadeaux et des souvenirs régionaux.

Ce dernier détail est important : qualifier tout le commerce allemand de « purement utilitaire » serait caricatural. Les articles pratiques constituent une catégorie explicitement documentée, mais les produits plaisir n’y sont pas absents. Il faut distinguer l’exemple d’un opérateur de l’ensemble du marché allemand.

Espagne : commerces intégrés à l’aire et marques locales

Areas décrit en Espagne plusieurs formats de restauration et de boutiques. Son concept Airea associe notamment commerces de produits régionaux, services aux voyageurs et espaces réaménagés. Certaines aires Abades disposent elles aussi de magasins au côté des espaces de restauration.

Ces exemples montrent que le non-alimentaire peut être intégré dans un parcours de pause plus large. Ils ne suffisent pas à établir que les petites surfaces dominent toutes les aires espagnoles, ni à classer le pays par rentabilité du commerce non alimentaire.

Royaume-Uni : les enseignes reconnaissables du quotidien

Welcome Break met en avant des marques partenaires comme WHSmith, Waitrose et Toys R Us parmi les enseignes présentes sur son réseau. Livres, presse, objets pratiques ou articles pour enfants peuvent donc être proposés sous des marques connues avant même l’arrivée du voyageur sur l’aire.

Le contraste avec une boutique de souvenirs régionaux est utile pour comprendre les stratégies de distribution : certains opérateurs misent sur une identité propre au territoire, d’autres sur la familiarité d’enseignes nationales. Mais l’offre réelle dépend toujours de l’emplacement et des contrats commerciaux.

Montage éditorial de six scènes commerciales distinctes illustrant la France, l’Italie, l’Allemagne, l’Espagne, le Royaume-Uni et l’Autriche.
RECONSTITUTIONS ÉDITORIALES GÉNÉRÉES STORIMITIK — Six exemples inspirés de formats d’Autogrill, Eataly, Serways, Areas, Welcome Break et Avolta. Pas des photographies d’établissements ni un classement national.

Le prix : un obstacle mesuré chez les visiteurs britanniques

Une enquête menée par BVA BDRC pour Transport Focus en 2022 fournit un éclairage chiffré sur les boutiques d’aires de services en Grande-Bretagne. Parmi les acheteurs interrogés sur leurs acquisitions d’articles de dépannage et de proximité, 88 % jugent l’assortiment assez bon ou très bon, contre 61 % pour le rapport qualité-prix : 27 points d’écart.

Dans un autre résultat de cette enquête, 12 % des visiteurs interrogés déclarent avoir acheté des articles de proximité dans une boutique ou un point presse. Attention aux périmètres : les 88 % et 61 % sont des appréciations formulées par des acheteurs sur leur expérience, tandis que les 12 % concernent les visiteurs interrogés plus largement. Les achats dits « convenience » incluent des produits qui ne sont pas tous strictement non alimentaires.

L’enquête a été réalisée en 2022 dans 119 aires de Grande-Bretagne. Elle ne mesure ni les résultats de la France en 2026 ni une tendance européenne. Elle indique toutefois un point de tension commercial précis : un assortiment apprécié peut coexister avec un rapport qualité-prix nettement moins bien évalué.

DataViz éditoriale sur l’enquête britannique Transport Focus 2022 : 88 % jugent l’assortiment bon et 61 % le rapport qualité-prix bon parmi les acheteurs d’articles de proximité, soit un écart de 27 points ; 12 % des visiteurs déclarent un achat de proximité.
DATAVIZ STORIMITIK — Transport Focus / BVA BDRC, Motorway Services User Survey 2022, rapport d’étude pages 44 et 64. Bases et définitions distinctes ; catégorie « convenience » non limitée au non-alimentaire.

L’avenir se joue sur la pertinence des achats, pas sur des pourcentages inventés

Avolta affirme dans sa stratégie Destination 2027 viser une croissance organique de 5 à 7 % par an à moyen terme, en misant notamment sur des concepts commerciaux mieux intégrés et des offres personnalisées. Cet objectif concerne l’ensemble du groupe, qui opère dans plusieurs canaux de voyage, et non la seule vente non alimentaire sur les autoroutes européennes.

La hausse des ventes d’objets en boutique n’est donc pas acquise. Elle dépendra de l’utilité des assortiments, de leurs prix, de la visibilité dans les espaces de pause et de la capacité à distinguer les produits que l’on trouve partout de ceux qui donnent un sens au lieu traversé.

La recharge électrique peut modifier la durée de certaines pauses et créer des occasions de visite en boutique, mais un temps d’arrêt plus long ne signifie pas mécaniquement un achat supplémentaire. La disponibilité d’un commerce, sa signalétique et ses prix restent décisifs.

Enfin, les chiffres d’affaires de plusieurs grands opérateurs européens ne permettent généralement pas d’isoler proprement le non-alimentaire des activités alimentaires, de restauration et des autres lieux de voyage. Sans ces données, un classement de la performance non alimentaire pays par pays serait artificiel.

De retour sur la route, le voyageur n’emporte parfois rien, parfois un chargeur oublié, parfois le souvenir d’une région. C’est dans cette diversité de besoins — et dans la perception du juste prix — que se joue la véritable bataille des boutiques d’autoroute.

Sources