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Deux districts supprimés en 2025, 1 cœur, 2 fleuves, 3 vallées, 4 montagnes : la carte de Chongqing raconte son histoire

Chongqing ne se comprend pas avec une seule skyline. Son centre historique est pris entre deux fleuves, son relief impose une ville en vallées et en montagnes, son statut administratif a changé plusieurs fois et sa carte a encore été redessinée fin 2025. Pour lire la métropole d’aujourd’hui, il faut superposer géographie, histoire et administration.

Lieu : Chongqing, Chine

Panorama de Chongqing montrant le fleuve, les ponts, les tours et plusieurs niveaux d’infrastructures urbaines.
PHOTO TERRAIN STORIMITIK — Chongqing se lit déjà dans son paysage : fleuve, ponts, voies rapides, relief et tours s’imbriquent sur plusieurs niveaux. Photo : Florent Despréaux / STORIMITIK.

Pour comprendre Chongqing, il faut d’abord abandonner l’idée d’un centre unique entouré de banlieues concentriques. Ici, les fleuves, les chaînes de montagnes, les vallées et les changements administratifs ont fabriqué une métropole composée de plusieurs morceaux qui se répondent.

Avant les gratte-ciel, une ville structurée par la confluence

Le cœur historique le plus identifiable se trouve sur la péninsule de Yuzhong, prise entre le Yangtsé et la rivière Jialing. À leur confluence, Chaotianmen fait face à Jiangbeizui et aux quartiers de la rive sud : la géographie impose donc très tôt plusieurs fronts urbains plutôt qu’une seule façade.

Le relief n’est pas un décor. Les documents officiels de planification indiquent qu’environ 76 % du territoire municipal est montagneux. Dans le centre urbain, les reliefs de Jinyun, Zhongliang, Tongluo et Mingyue découpent l’espace en vallées et expliquent une partie de cette organisation en groupes urbains séparés.

1937 : Chongqing devient capitale de guerre

Après le déclenchement de la guerre sino-japonaise, le gouvernement nationaliste quitte Nankin et fixe Chongqing comme capitale de guerre en novembre 1937. La ville est élevée au rang de municipalité directement administrée en 1939, puis officiellement désignée comme « capitale secondaire » — 陪都 — en 1940.

Cette période laisse une empreinte durable dans Yuzhong et ses environs : institutions, refuges, sites de mémoire et anciens quartiers de la ville de guerre restent imbriqués dans le Chongqing contemporain. Le centre n’est donc pas seulement commercial ou spectaculaire ; il porte aussi une couche politique et historique majeure du XXe siècle.

1997 : la municipalité change brutalement d’échelle

Le 14 mars 1997, l’Assemblée populaire nationale approuve la création de la municipalité de Chongqing directement administrée par le pouvoir central. Le nouveau territoire réunit alors l’ancien Chongqing, Wanxian, Fuling et la région de Qianjiang.

Les rétrospectives statistiques officielles montrent l’ampleur du changement : sur la base des données de 1996 recalculées avec le nouveau périmètre, la population administrative passe d’environ 15,30 millions à 30,23 millions d’habitants. Ce n’est pas une explosion démographique en une nuit ; c’est d’abord une frontière administrative qui s’élargit.

2025 : Jiangbei et Yubei disparaissent de la carte administrative

La carte a encore changé en novembre 2025. Les autorités ont supprimé les districts de Jiangbei et de Yubei pour créer le nouveau Liangjiang New Area, auquel ont aussi été rattachées plusieurs unités de Beibei. Cinq bourgs de l’ancien Yubei ont, à l’inverse, été transférés à Beibei.

Après cette réforme, la présentation officielle de 2026 compte 37 unités de niveau district ou comté : 25 districts au total, Liangjiang comprise, 8 comtés et 4 comtés autonomes. Liangjiang à elle seule rassemble 31 sous-districts et 11 bourgs sur environ 1 360 km², pour une population annoncée d’environ 3,52 millions d’habitants lors de la réforme.

Vue nocturne de Hongyadong à Chongqing, complexe construit dans la pente de Yuzhong.
PHOTO TERRAIN STORIMITIK — À Hongyadong, la pente de Yuzhong rend visible l’un des mécanismes fondamentaux de Chongqing : la ville se construit avec le relief plutôt qu’en l’effaçant. Photo : Florent Despréaux / STORIMITIK.

« 1 cœur, 2 fleuves, 3 vallées, 4 montagnes » : la formule officielle

Le plan territorial de Chongqing résume le centre urbain par la formule chinoise 一核两江三谷四山, littéralement « un cœur, deux fleuves, trois vallées, quatre montagnes ». C’est probablement la manière la plus simple de comprendre une ville qui paraît chaotique lorsqu’on la regarde uniquement comme une succession de gratte-ciel.

Le « cœur » correspond au secteur central des « deux fleuves et quatre rives ». Il s’organise autour de trois ensembles : Chaotianmen–Jiefangbei à Yuzhong, Jiangbeizui au nord et Danzishi–Longmenhao au sud. Les autorités évaluent ce noyau à environ 16 km², au sein d’un programme plus large de requalification des berges portant sur 109 km.

Les « deux fleuves » sont le Yangtsé et la Jialing. Les « trois vallées » désignent les couloirs centraux, orientaux et occidentaux séparés par les reliefs. Les « quatre montagnes » sont Jinyun, Zhongliang, Tongluo et Mingyue. Autrement dit, la structure urbaine est officiellement pensée comme un système polycentrique contraint par la géographie.

Comment lire les grands secteurs aujourd’hui

Yuzhong reste la « ville-mère » — 母城 — dans le vocabulaire local. C’est là que se concentrent Jiefangbei, Chaotianmen, Hongyadong, Liziba et une grande partie des repères historiques et touristiques qui façonnent l’image internationale de Chongqing.

Liangjiang New Area représente désormais une autre logique : celle du grand pôle administratif et économique formé au nord et au nord-est du cœur historique à partir des anciens Jiangbei et Yubei, complétés par une partie de Beibei. Des secteurs connus comme Jiangbeicheng ou Guanyinqiao relèvent désormais de cette nouvelle entité.

Au sud du Yangtsé, Nan’an offre une autre lecture de la ville avec Longmenhao, Danzishi et les berges faisant face à Yuzhong. Plus à l’ouest, Shapingba conserve notamment Ciqikou, ancien bourg installé entre rivière et relief. Ces noms ne sont pas de simples « quartiers » comparables entre eux : ils appartiennent à des niveaux administratifs et à des histoires urbaines différents.

Vue nocturne de Chongqing avec infrastructures et gratte-ciel superposés.
PHOTO TERRAIN STORIMITIK — La nuit, Chongqing peut donner l’impression d’une seule skyline continue. Sa carte raconte pourtant autre chose : plusieurs centres, plusieurs rives et plusieurs couches historiques réunis dans une même municipalité. Photo : Florent Despréaux / STORIMITIK.

Le chiffre le plus surprenant de Chongqing n’est donc peut-être pas sa population. C’est le nombre de fois où le même nom change de sens selon l’échelle : ville historique, cœur métropolitain, district, nouveau pôle urbain ou municipalité de rang provincial. Une fois ces couches séparées, la ville cesse d’être illisible : elle devient une carte en relief de son propre passé.

Sources