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Storie DécryptageRunning / Marathon

Ping-pong, basket, running, e-sport : quels sports passionnent vraiment la Chine ?

Impossible de résumer la Chine sportive à un seul classement. Le ping-pong reste un symbole national, le basket une culture urbaine majeure, le running explose avec 594 marathons et semi-marathons en 2025, et l’e-sport rassemble 495 millions d’utilisateurs en 2026.

Par Florent Despréaux

Date d’observation :

Lieu : Chine

Illustration éditoriale réunissant ping-pong, running, basket et e-sport dans une grande métropole chinoise.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — Composition conceptuelle des quatre cultures sportives abordées dans l’article. Elle ne représente pas une scène documentaire unique.

Ping-pong, basket, running, e-sport : si l’on cherche un seul « sport préféré des Chinois », on se trompe probablement de question.

La Chine sportive de 2026 superpose plusieurs cultures très différentes. Le tennis de table reste un symbole national et une pratique profondément installée. Le basket occupe une place majeure dans les villes et dans les audiences télévisées. La course à pied connaît une explosion mesurable du nombre d’épreuves. Et l’e-sport est devenu une industrie de centaines de millions d’utilisateurs.

Ces quatre univers ne se remplacent pas. Ils racontent quatre manières différentes de faire du sport, de se rassembler et de construire une culture populaire dans la Chine contemporaine.

Le ping-pong : bien plus qu’un sport de médailles

Le tennis de table conserve en Chine un statut culturel particulier. Les autorités sportives utilisent encore l’expression « guoqiu », littéralement « sport national », dans des programmes consacrés à sa diffusion culturelle et populaire.

En 2025, le Centre de développement de la culture sportive de l’Administration générale du sport et l’Association chinoise de tennis de table ont par exemple organisé à Pékin un événement mêlant compétition, histoire du ping-pong, expositions et transmission auprès des jeunes.

D’autres opérations ont poussé le tennis de table dans les parcs, les communautés locales, les écoles et les universités. L’objectif officiel n’est pas seulement de former des champions : il est aussi de maintenir une pratique accessible à tous les âges.

C’est ce qui rend le ping-pong difficile à comparer à un sport simplement mesuré par ses audiences. Il est à la fois compétition internationale, activité de quartier, pratique scolaire et élément de culture nationale.

Le basket : une culture urbaine massive

Le basket raconte une autre Chine. Terrains extérieurs, écoles, universités, clubs professionnels, CBA et NBA : le jeu s’est profondément installé dans la culture urbaine.

Les données de télévision chinoises donnent une idée de cette puissance. En 2025, les retransmissions nationales de la CBA ont cumulé plus de 1,41 milliard de contacts téléspectateurs sur les chaînes satellites chinoises, selon le rapport de la China Audiovisual Big Data publié par l’autorité nationale de la radio et de la télévision.

La formation des jeunes est tout aussi révélatrice. La Fédération chinoise de basket indiquait que les activités « mini-basket » avaient cumulé plus de 1,2 million de participations entre 2020 et 2024, avec près de 300 000 jeunes participants sur la seule année 2024.

La NBA reste elle aussi présente sur le marché chinois : les NBA China Games sont revenus à Macao en 2025 après une interruption depuis 2019, et l’accès au League Pass en Chine passe encore en 2026 par Tencent Sports ou Migu.

Infographie éditoriale sur quatre cultures sportives en Chine : ping-pong, basket, running et e-sport.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — Les chiffres running proviennent de la Chinese Athletics Association pour 2025 ; les chiffres e-sport du rapport chinois du secteur au premier semestre 2026. Ping-pong et basket sont présentés qualitativement, sans classement national inventé.

Le running : 594 marathons et semi-marathons en un an

Le phénomène le plus facile à mesurer est probablement la course à pied.

Selon le « Blue Book » 2025 de la Chinese Athletics Association, la Chine a organisé 594 marathons et semi-marathons en 2025 : 235 marathons complets et 359 semi-marathons.

Les épreuves de marathon ont enregistré 1,244 million de participations, et les semi-marathons 3,2969 millions. Les provinces du Zhejiang, du Shandong et du Jiangsu figurent parmi celles qui ont accueilli le plus de courses.

Ces chiffres ne mesurent pas le nombre d’individus uniques — un même coureur peut participer à plusieurs épreuves — mais ils montrent l’ampleur prise par le running organisé.

Le running organisé s’inscrit désormais dans un écosystème urbain qui associe événements, infrastructures, sponsors et communautés de coureurs. Le Blue Book souligne une progression continue de l’offre de courses, du nombre moyen de participants et de l’activité du marché.

L’e-sport : 495 millions d’utilisateurs

À l’autre extrémité du spectre, le sport n’exige même plus forcément un terrain.

Le rapport chinois sur l’industrie de l’e-sport pour le premier semestre 2026 indique 495 millions d’utilisateurs à fin juin, soit une progression de 0,55 % sur un an.

Sur la même période, l’industrie a généré 13,115 milliards de yuans de revenus, en hausse de 2,78 %. La Chine comptait également 164 clubs d’e-sport, dont 38 à Shanghai.

Shanghai concentrait 23,9 % des compétitions e-sport hors ligne du pays au premier semestre, davantage que toute autre ville chinoise.

Ici encore, il faut être précis : 495 millions d’utilisateurs ne signifie pas 495 millions de pratiquants professionnels ni même 495 millions de spectateurs réguliers. Le chiffre mesure l’écosystème utilisateur tel que défini par le rapport industriel. Mais à cette échelle, l’e-sport n’est plus une niche.

Illustration conceptuelle de pratiques sportives populaires dans un grand parc urbain chinois, du ping-pong au running, au basket et à l’e-sport.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — Mise en scène conceptuelle de la diversité des pratiques sportives en Chine. Elle ne représente pas une photographie documentaire d’un lieu ou d’un événement réel.

Alors, quel sport passionne vraiment la Chine ?

Il n’existe pas aujourd’hui de classement national récent et homogène qui permette de répondre honnêtement par un podium simple.

Comparer le nombre de coureurs inscrits à des marathons, l’audience de la CBA, les utilisateurs de l’e-sport et la pratique populaire du ping-pong reviendrait à comparer des indicateurs qui ne mesurent pas la même chose.

Mais une carte culturelle se dessine.

Le ping-pong conserve une profondeur historique et symbolique unique. Le basket reste une culture urbaine et médiatique très puissante. Le running est l’un des phénomènes de pratique les mieux documentés de la Chine récente. Et l’e-sport constitue désormais un secteur numérique de très grande échelle.

Quatre sports, quatre visages de la Chine

Ces disciplines racontent finalement moins une compétition entre sports qu’une transformation de la société chinoise.

Le ping-pong raconte la continuité et le prestige sportif national. Le basket raconte l’urbanisation, la jeunesse et l’influence culturelle internationale. Le running raconte la santé, les loisirs, le tourisme et la montée des expériences sportives de masse. L’e-sport raconte la puissance du numérique, du jeu vidéo et des communautés connectées.

Et toutes coexistent.

Les sources officielles montrent que ces pratiques coexistent à plusieurs niveaux : tennis de table de proximité, basket de jeunesse et professionnel, courses de masse et compétitions d’e-sport structurées.

La Chine ne semble pas avoir choisi entre sport traditionnel, sport urbain, sport de masse et sport numérique.

Elle les développe en même temps.

Sources