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La Chine construit près de 40 réacteurs nucléaires à la fois. Et elle vient d’en approuver 8 de plus.

La Chine ne construit plus ses centrales nucléaires comme une succession de projets isolés. Au 30 septembre 2026, 39 réacteurs sont officiellement en construction selon la World Nuclear Association, tandis que Pékin compte 57 unités dans un périmètre plus large mêlant projets approuvés et chantiers. Derrière ces chiffres, le vrai changement est industriel : standardisation, modularisation et construction en flotte.

Par Florent Despréaux

Illustration STORIMITIK d’un vaste chantier nucléaire chinois au crépuscule, représentant près de 40 réacteurs en construction dans le pays.
V1 STORIMITIK — Au 30 septembre 2026, la World Nuclear Association recense 39 réacteurs en construction en Chine ; huit unités supplémentaires ont été approuvées fin juillet.

Près de 40 réacteurs en chantier : le chiffre change, la tendance beaucoup moins

Au 30 septembre 2026, la World Nuclear Association recense 39 réacteurs nucléaires en construction en Chine. Le chiffre était encore de 38 quelques jours plus tôt : le 27 septembre, le premier béton de Bailong 2 a officiellement ajouté une nouvelle unité à la liste des chantiers.

À côté de ce décompte strict, l’administration chinoise utilise un périmètre plus large. En août, la National Energy Administration indiquait 57 unités « approuvées et en construction ». Les deux chiffres ne se contredisent donc pas : l’un compte les chantiers officiellement démarrés, l’autre additionne aussi des projets déjà autorisés mais pas encore entrés en construction au sens international.

La même administration rappelle qu’à la fin juillet, huit nouveaux réacteurs ont été approuvés en une seule fois. C’est ce rythme d’autorisations, ajouté aux démarrages de chantier successifs, qui explique pourquoi le nombre évolue presque mois après mois.

Illustration STORIMITIK d’une chaîne industrielle nucléaire chinoise avec fabrication de composants lourds, modules, logistique et construction en série.
V2 STORIMITIK — L’avantage chinois ne tient pas seulement au nombre de projets : il repose aussi sur une chaîne industrielle capable de standardiser, fabriquer et déployer plusieurs unités en parallèle.

Le changement d’échelle vient surtout de l’industrie

Construire beaucoup de réacteurs en même temps suppose autre chose qu’une série de décisions politiques. Il faut des ingénieries capables de répéter les mêmes architectures, des fabricants de cuves et de gros composants, des entreprises de génie civil, une chaîne du combustible, des équipes de chantier et des fournisseurs suffisamment nombreux pour travailler sur plusieurs sites à la fois.

La World Nuclear Association considère justement la chaîne d’approvisionnement comme l’un des points forts du programme chinois. Le pays est devenu largement autonome dans la conception et la construction, tout en continuant à utiliser et adapter des technologies venues de l’étranger.

Deux familles dominent aujourd’hui une grande partie des nouveaux projets : le Hualong One, développé en Chine, et le CAP1000, version chinoise issue de l’AP1000 de Westinghouse. Sur certains projets CAP1000, de très grands modules sont préfabriqués puis installés sur site afin de déplacer une partie du travail du chantier vers l’usine.

Construire une flotte plutôt qu’une succession de prototypes

Cette logique est désormais formulée explicitement par les industriels. En septembre 2026, le président de State Nuclear Power Technology Corporation, filiale de SPIC, a présenté un processus de construction « en flotte » avec un objectif de 56 mois pour de nouvelles unités.

Ce délai n’est pas une moyenne garantie pour tout le programme chinois. C’est un objectif industriel porté par un acteur précis. Mais il résume bien la logique : réduire les variations de conception, répéter les méthodes, mutualiser les équipes et apprendre d’un chantier au suivant.

L’installation en juillet d’un « super module » CA01 de plus de 950 tonnes à Lufeng 2 illustre cette approche. Ce bloc de béton et d’acier, lui-même constitué de dizaines de sous-modules, est fabriqué comme un sous-ensemble avant d’être intégré au bâtiment réacteur.

Pourquoi approuver huit réacteurs supplémentaires alors que 39 sont déjà en chantier ?

Parce que le pipeline nucléaire se compte en années. Entre l’autorisation, le premier béton, l’installation des équipements, les essais, le chargement du combustible et l’exploitation commerciale, plusieurs générations de projets doivent se chevaucher pour maintenir un rythme de mise en service élevé.

C’est aussi une réponse à plusieurs objectifs chinois : fournir davantage d’électricité bas carbone, réduire la dépendance au charbon sur le long terme, sécuriser une production pilotable et maintenir une base industrielle nationale dans les équipements lourds et le combustible.

La majorité des sites reste concentrée sur la façade orientale, là où la demande électrique est forte et où l’accès à l’eau facilite le refroidissement. Mais le portefeuille technologique s’élargit aussi aux petits réacteurs modulaires, aux réacteurs rapides et à d’autres usages de la chaleur nucléaire.

Illustration STORIMITIK montrant le nucléaire au sein d’un système électrique chinois beaucoup plus vaste, aux côtés du solaire, de l’éolien, de l’hydraulique et des réseaux.
V3 STORIMITIK — Le paradoxe chinois : malgré un programme nucléaire gigantesque, l’atome reste encore minoritaire dans un système électrique d’une taille exceptionnelle.

Le paradoxe : un programme gigantesque qui reste minoritaire dans le mix chinois

L’échelle absolue impressionne, mais elle peut tromper. La National Energy Administration indique que le nucléaire représente encore moins de 2 % de la capacité électrique installée du pays, tout en fournissant près de 5 % de sa production d’électricité.

Cette différence s’explique notamment par le fait qu’un réacteur nucléaire produit généralement pendant beaucoup plus d’heures sur l’année que des capacités solaires ou éoliennes équivalentes. Mais elle rappelle surtout la taille du système chinois : même des dizaines de gigawatts nucléaires s’insèrent dans un parc électrique qui se compte en térawatts.

La Chine construit donc simultanément du nucléaire, du solaire, de l’éolien, de l’hydraulique, des réseaux et encore des capacités thermiques. Le nucléaire n’est pas en train de remplacer seul le reste du système : il devient une brique supplémentaire d’un mix qui grossit presque partout à la fois.

Le vrai avantage pourrait être la capacité à répéter

Le sujet n’est donc pas seulement de savoir si la Chine possédera le plus grand parc nucléaire du monde. La question industrielle est de savoir si elle peut transformer la construction de réacteurs en processus suffisamment standardisé pour enchaîner les unités avec moins de ruptures entre les projets.

Si cette logique fonctionne, l’avantage se crée par accumulation : davantage de fournisseurs expérimentés, davantage d’équipes ayant déjà construit le même modèle, davantage de composants produits en série et davantage de retours d’expérience réinjectés dans le chantier suivant.

Mais la vitesse ne supprime pas les contraintes propres au nucléaire : sûreté, contrôle qualité, financement, disponibilité des compétences, gestion du combustible et des déchets, délais réglementaires et maintien des performances pendant plusieurs décennies.

Le chiffre du moment — 39 aujourd’hui, peut-être davantage demain — finira donc forcément par changer. Ce qui compte davantage est la machine industrielle derrière lui : la Chine a construit un pipeline capable de faire passer régulièrement de nouveaux réacteurs de l’autorisation au chantier, puis du chantier au réseau.

Sources