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Chine, États-Unis, Amazon, Alibaba : qui domine vraiment l’e-commerce mondial ?

La Grande Chine pèse près de deux fois le marché e-commerce américain en 2025 selon ECDB. Pourtant Amazon reste la première plateforme individuelle, tandis qu’Alibaba domine au niveau des groupes. Le « numéro un mondial » change donc selon ce que l’on mesure.

Par Florent Despréaux

Date d’observation :

Lieu : Monde

Illustration éditoriale opposant symboliquement les écosystèmes e-commerce chinois et américain.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — Représentation conceptuelle de la compétition entre les écosystèmes e-commerce chinois et américain. Ce n’est pas une scène documentaire.

Qui domine vraiment l’e-commerce mondial ? La réponse paraît simple : la Chine. Mais dès que l’on change de métrique, le classement change lui aussi.

Par taille de marché, la Grande Chine possède une avance spectaculaire. Par plateforme individuelle, Amazon reste numéro un. Par groupe d’entreprises, Alibaba repasse devant. Et si l’on mesure la part du commerce déjà passée en ligne, les statistiques officielles nationales donnent encore une autre lecture.

Autrement dit, il n’existe pas un seul trophée de « champion mondial de l’e-commerce ». Il existe plusieurs batailles qui se superposent.

Premier critère : la taille du marché — avantage massif à la Grande Chine

Pour comparer les pays avec une même méthodologie, ECDB estime qu’en 2025 la Grande Chine représente 2 044,5 milliards de dollars de revenus e-commerce. Les États-Unis arrivent deuxième avec 1 083,3 milliards, puis le Royaume-Uni très loin derrière avec 177,0 milliards.

Sur cette métrique, la Grande Chine pèse donc environ 1,9 fois le marché américain. C’est l’écart le plus spectaculaire du sujet.

Précision importante : ECDB utilise ici la catégorie « Greater China ». Il ne faut donc pas transformer mécaniquement ce chiffre en statistique officielle de la seule Chine continentale. L’intérêt de ce classement est surtout sa méthodologie homogène, qui permet de comparer les marchés entre eux.

Infographie comparant la taille des marchés e-commerce de la Grande Chine, des États-Unis et du Royaume-Uni en 2025.
INFOGRAPHIE GÉNÉRÉE STORIMITIK — Données ECDB 2025 : Grande Chine 2 044,5 Md$, États-Unis 1 083,3 Md$, Royaume-Uni 177,0 Md$. La catégorie ECDB est « Greater China ».

Les statistiques officielles confirment l’échelle chinoise — mais avec une autre définition

Les données officielles chinoises racontent la même puissance sans utiliser la même méthode. En 2025, le Bureau national des statistiques a enregistré 15 972,2 milliards de yuans de ventes au détail en ligne au total. Les ventes en ligne de biens physiques représentaient 13 092,3 milliards de yuans, en hausse de 5,2 % sur un an.

Ces biens achetés en ligne représentaient 26,1 % de l’ensemble des ventes au détail de biens de consommation en Chine en 2025.

Aux États-Unis, le Census Bureau estime les ventes de détail e-commerce à 1 233,7 milliards de dollars en 2025, soit 16,4 % des ventes de détail totales.

Ces deux statistiques officielles ne doivent pas être mises face à face comme si elles sortaient du même modèle : les définitions, périmètres et systèmes statistiques diffèrent. Elles servent surtout à mesurer la profondeur du commerce en ligne à l’intérieur de chaque économie.

En 2026, la bascule vers le online continue

Les données les plus récentes disponibles au moment de la publication montrent que cette dynamique ne s’est pas arrêtée.

De janvier à août 2026, la Chine a enregistré 13 476,6 milliards de yuans de ventes au détail en ligne de biens et services. Les biens représentaient 8 419,5 milliards de yuans et les services 5 057,1 milliards.

Aux États-Unis, les ventes e-commerce du deuxième trimestre 2026 atteignaient 340,2 milliards de dollars après correction saisonnière et représentaient 17,1 % des ventes au détail du trimestre.

Le commerce en ligne continue donc de prendre de la place des deux côtés du Pacifique, mais à partir de structures de marché très différentes.

Deuxième critère : la plus grande plateforme — Amazon reste numéro un

Si l’on abandonne les pays pour regarder les plateformes individuelles, la réponse change.

Selon le classement ECDB fondé sur le GMV — la valeur totale des marchandises vendues — Amazon est la première plateforme e-commerce mondiale en 2025 avec environ 847,4 milliards de dollars. Pinduoduo arrive ensuite avec 780,5 milliards, puis TikTok Shop avec 656,4 milliards.

Cette lecture montre pourquoi associer automatiquement « premier marché » et « première plateforme » est trompeur. Le plus grand marché est asiatique, mais la plus grande plateforme individuelle reste américaine.

Troisième critère : le plus grand groupe — Alibaba repasse devant

Le classement change encore lorsqu’on additionne les différentes plateformes d’un même groupe.

ECDB estime qu’Alibaba a généré environ 1 260 milliards de dollars de GMV en 2025 à travers ses activités e-commerce, devant PDD Holdings à 873 milliards et Amazon autour de 852 milliards.

Ce résultat n’est pas contradictoire avec le précédent. Amazon peut être la première plateforme individuelle tandis qu’Alibaba est le premier groupe, parce qu’Alibaba agrège plusieurs plateformes et écosystèmes commerciaux.

Le vrai pouvoir chinois : plusieurs géants à la fois

Le plus frappant n’est donc peut-être pas qu’une entreprise chinoise occupe une place précise dans un classement. C’est le nombre de très grands acteurs issus de l’écosystème asiatique.

Dans le classement mondial ECDB des dix principales plateformes en 2025, Amazon reste en tête, mais huit des dix acteurs sont asiatiques. Pinduoduo et TikTok Shop suivent immédiatement Amazon, tandis que d’autres groupes asiatiques occupent également une grande partie du tableau.

Cette densité crée un paysage différent du marché américain, où Amazon exerce une influence particulièrement visible mais où la concentration des géants mondiaux est moins fortement ancrée dans un seul écosystème national.

Schéma expliquant quatre façons différentes de mesurer le leadership mondial dans l’e-commerce.
INFOGRAPHIE STORIMITIK — « Dominer » l’e-commerce peut désigner quatre choses différentes : taille du marché, part du online, puissance des plateformes ou commerce transfrontalier.

Pourquoi le commerce transfrontalier brouille encore les frontières

Le commerce transfrontalier complique encore la notion de nationalité. Une plateforme peut être détenue par un groupe d’un pays, opérer depuis plusieurs juridictions, vendre à des consommateurs du monde entier et s’appuyer sur des vendeurs situés ailleurs.

Temu, AliExpress, Amazon Marketplace ou TikTok Shop illustrent tous à leur manière cette dissociation entre l’origine d’un groupe, l’emplacement du vendeur, la plateforme utilisée et le pays du client.

C’est pourquoi un classement purement national dit moins de choses qu’autrefois sur les flux réels de marchandises, de données, de publicité et de paiements.

Alors, qui domine vraiment ?

Si la question porte sur la taille du marché e-commerce comparable en 2025, la réponse est nette : la Grande Chine.

Si elle porte sur la première plateforme individuelle par GMV, la réponse est Amazon.

Si elle porte sur le premier groupe d’entreprises e-commerce par GMV, Alibaba arrive devant.

Et si l’on s’intéresse au poids du online dans les habitudes de consommation, il faut revenir aux statistiques nationales et accepter que les définitions ne soient pas parfaitement identiques.

Le vrai enseignement est donc moins spectaculaire qu’un podium unique, mais plus important : le centre de gravité mondial de l’e-commerce est désormais multipolaire.

Les États-Unis conservent Amazon, la plateforme individuelle la plus puissante. Mais la Grande Chine possède le plus grand marché comparable et un ensemble de groupes et plateformes dont l’échelle transforme déjà le commerce mondial.

Le gagnant dépend de la question. Et c’est précisément ce qui rend la bataille beaucoup plus intéressante qu’un simple classement.

Sources