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16 millions de voitures électriques, plus de 80 % des cellules de batteries… et une demande intérieure trop faible : le paradoxe chinois
La Chine concentre une part écrasante de la production mondiale de voitures électriques et de cellules de batteries. Mais le FMI décrit en parallèle une demande intérieure trop faible, un immobilier encore fragile et un ralentissement structurel. Pékin répond par davantage d’IA, de puces, de robotique et d’industrie avancée : le remède technologique pourrait aussi amplifier certains déséquilibres.
Par Florent Despréaux
Lieu : Chine

La Chine produit aujourd’hui à une échelle que peu de pays peuvent approcher. En 2025, elle a fabriqué environ 16 millions de voitures électriques. Elle concentrait aussi plus de 80 % de la production mondiale de cellules de batteries. Pourtant, derrière cette puissance industrielle, une autre réalité persiste : la demande intérieure reste trop faible pour absorber tout ce que l’économie sait produire.
C’est ce contraste qui rend le modèle chinois si difficile à lire. La même machine industrielle qui crée un avantage technologique mondial peut aussi accentuer les surcapacités, la pression sur les marges et la dépendance aux exportations.
16 millions de voitures électriques, mais une demande intérieure insuffisante
Selon l’Agence internationale de l’énergie, la Chine a produit 16 millions de voitures électriques en 2025. Sa production dépassait alors la demande domestique d’environ 20 %, ce qui a contribué à doubler les exportations de véhicules électriques à plus de 2,5 millions d’unités.
L’IEA souligne également que la Chine représentait plus de 80 % de la production mondiale de cellules de batteries en 2025, ainsi que des parts encore plus élevées dans certains matériaux actifs utilisés dans les batteries.
Autrement dit, la Chine n’est plus seulement un grand marché pour les technologies propres. Elle est devenue leur principal atelier mondial — et parfois un atelier qui produit plus vite que son propre marché ne peut absorber.

Le problème chinois n’est plus seulement de produire davantage
Le FMI décrit une faiblesse persistante de la demande intérieure, alimentée notamment par l’ajustement prolongé du secteur immobilier, le poids de la dette et des pressions déflationnistes.
Pour 2026, le Fonds projette une croissance du PIB chinois de 4,5 %. À moyen terme, il anticipe un ralentissement lié notamment au recul de la population active, aux rendements décroissants de l’investissement et à une progression plus lente de la productivité.
Le diagnostic est important : une économie capable de produire toujours plus de voitures, batteries, panneaux solaires, machines et équipements avancés ne résout pas automatiquement la question de savoir qui achètera cette production.
Le 15e plan quinquennal répond par encore plus de technologie
La réponse officielle de Pékin ne consiste pourtant pas à ralentir l’effort technologique. Le 15e plan quinquennal 2026-2030 accélère au contraire sur l’intelligence artificielle, les puces haut de gamme, les logiciels industriels, le cloud, les infrastructures de données et l’intelligence incarnée.
Le plan prévoit une généralisation de l’action « IA+ », afin d’intégrer l’intelligence artificielle à l’industrie, aux services, à la science, à la culture, à la santé et à la gouvernance. Il encourage aussi les modèles multimodaux, les agents, l’intelligence incarnée et l’exploration de trajectoires vers une intelligence artificielle plus générale.
La logique est claire : si l’ancien moteur fondé sur l’immobilier, l’investissement massif et la démographie devient moins puissant, la technologie doit prendre le relais.
Le « pharmakon » chinois : le remède peut aussi aggraver le problème
C’est là que l’idée de pharmakon devient utile : la technologie est à la fois le remède proposé au ralentissement chinois et un facteur qui peut amplifier certains déséquilibres si la capacité industrielle augmente plus vite que la consommation.
Une batterie moins chère, une voiture électrique plus accessible ou un robot plus productif sont des gains réels. Mais si des dizaines de fabricants se battent simultanément sur les mêmes marchés, les prix et les marges peuvent s’effondrer, certaines capacités deviennent excédentaires et la pression pour exporter augmente.
L’IEA note déjà que la concurrence intense sur le marché chinois des véhicules électriques comprime les marges et pousse les constructeurs à chercher davantage de profits à l’étranger.

La Chine exporte aussi une partie de ses déséquilibres
Quand la production dépasse la demande domestique, l’exportation devient une soupape. Mais cette solution déplace le problème vers les partenaires commerciaux : davantage de véhicules, batteries et équipements chinois arrivent sur les marchés étrangers, où ils entrent en concurrence avec les industries locales.
Le FMI estime que la forte croissance des exportations a jusqu’ici amorti la faiblesse de la demande intérieure, mais souligne qu’un modèle reposant durablement sur les exportations devient plus difficile dans un contexte de tensions commerciales élevées.
Les débats européens et américains sur les subventions, les droits de douane ou le contenu local ne peuvent donc pas être séparés du fonctionnement interne de l’économie chinoise.
Le paradoxe chinois : résoudre un ralentissement par l’accélération
Le modèle chinois de 2026 repose ainsi sur un pari audacieux : utiliser la technologie, l’automatisation et l’échelle industrielle pour compenser le ralentissement démographique, immobilier et productif.
Ce pari peut fonctionner si l’innovation crée de nouveaux marchés, augmente réellement la productivité et soutient davantage la consommation. Il devient plus fragile si la réponse au ralentissement consiste surtout à ajouter encore de la capacité à des secteurs déjà saturés.
La question n’est donc pas de savoir si la Chine sait accélérer. Elle l’a déjà prouvé. La vraie question est de savoir si cette accélération technologique peut transformer son modèle économique sans reproduire, sous une forme plus sophistiquée, les déséquilibres de l’ancien.
Immersion en vidéo
Hébergée sur YouTube
VIDÉO CONTEXTUELLE — CGTN Europe, chaîne vérifiée, avril 2026. La vidéo présente la place de l’IA et de la robotique dans le 15e plan quinquennal ; elle n’est pas une source gouvernementale officielle.
Sources
- Global EV Outlook 2026 — Manufacturing and tradeAgence internationale de l’énergie · IEA
- Global EV Outlook 2026 — Electric vehicle batteriesAgence internationale de l’énergie · IEA
- IMF Executive Board Concludes 2025 Article IV Consultation with ChinaFonds monétaire international · IMF · 18 février 2026
- 中华人民共和国国民经济和社会发展第十五个五年规划纲要CPPCC / Chine · République populaire de Chine · 16 mars 2026
- China's 15th Five-Year Plan has made AI and robotics a central pillar of national strategyYouTube — CGTN Europe · CGTN Europe · 10 avril 2026