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35 000 m², 20 000 animaux, IA et VR : à Changsha, le mall veut devenir une « Future City »
À Changsha, une palissade annonce encore « MAYA · AI Future City — Opening Soon ». Derrière ce chantier se prépare un complexe de 35 031 m² annoncé autour d’animaux vivants, d’IA, de réalité virtuelle et d’expériences immersives. Le projet illustre une transformation plus large du retail chinois.
Par Florent Despréaux
Date d’observation :
Lieu : Changsha, Hunan, Chine

À Changsha, une palissade annonce encore « MAYA · AI Future City — Opening Soon ». Derrière ce chantier se prépare un complexe de 35 031 m² annoncé autour d’animaux vivants, d’IA, de réalité virtuelle et d’expériences immersives. Le projet illustre une transformation plus large du retail chinois : le centre commercial ne cherche plus seulement à vendre, mais à devenir une destination où l’on vient passer du temps, se divertir et appartenir à une communauté.
Une photo suffit parfois à révéler une transformation
En septembre 2026, à Changsha, l’enseigne est impossible à manquer : « MAYA · AI — 未来之城 — FUTURE CITY ». En dessous : « OPENING SOON ».
Cette photo terrain ne permet pas de savoir ce qui fonctionne déjà derrière les palissades. Elle établit seulement un fait : au moment du passage, le projet est encore présenté au public comme prochainement ouvert.
Et ce détail est intéressant, car les premières annonces publiques prévoyaient un calendrier beaucoup plus rapide.
Le projet MAYA·AI未来之城 avait officiellement démarré ses travaux le 28 juillet 2025 dans le quartier commercial de Wuyi, au sein de Hisense Plaza. La communication relayée par le département de la culture et du tourisme du Hunan annonçait alors un chantier de six à huit mois et évoquait une ouverture possible autour de février 2026.
La photo prise plusieurs mois plus tard montre donc au minimum que cette estimation initiale n’a pas été tenue telle quelle.
35 031 m² dans un centre commercial
Ce n’est pas une petite animation ajoutée au fond d’un mall.
Les documents publics annoncent 35 031 m², répartis dans certaines parties des 1er, 2e, 4e, 5e, 6e et 7e étages de Hisense Plaza, en plein cœur du principal quartier commercial de Changsha. L’investissement annoncé est d’environ 400 millions de yuans.
Le projet est présenté comme un hybride entre centre de loisirs, attraction touristique, espace écologique et expérience technologique.
Les promoteurs annoncent notamment plus de 2 000 espèces et environ 20 000 animaux, des dispositifs d’interaction écologique, des systèmes de guidage utilisant l’IA, des expériences en réalité virtuelle et des univers scénographiés allant de paysages préhistoriques à une base martienne du XXIIe siècle.
À ce stade, ces éléments restent ceux annoncés par le projet. La photo terrain ne permet pas de vérifier leur réalisation effective.
Le centre commercial ne vend plus seulement des mètres carrés
C’est précisément ce qui rend MAYA·AI Future City intéressant pour STORIMITIK.
Le sujet n’est pas seulement l’IA, ni les animaux, ni même la VR. Le signal est leur assemblage à l’intérieur d’un complexe commercial.
Le centre commercial classique reposait sur une mécanique simple : attirer du trafic pour vendre des produits dans des boutiques. La nouvelle mécanique cherche à faire rester les visiteurs plus longtemps et pour davantage de raisons.
On peut venir manger, voir une exposition, photographier une installation, participer à une activité, rencontrer des personnes partageant les mêmes passions, regarder un spectacle — puis éventuellement acheter quelque chose.
À Changsha, cette transformation est déjà visible ailleurs.
À quelques rues de là, Yuefang ID MALL change complètement de modèle
Le Yuefang ID MALL, ouvert depuis plus de quatorze ans dans le même grand quartier de Wuyi, fournit un autre exemple particulièrement révélateur.
En mars 2026, sa direction expliquait avoir volontairement abandonné son ancien positionnement généraliste pour se concentrer sur les 15–35 ans. Le discours utilisé est presque plus intéressant que les commerces eux-mêmes : passer de la vente de produits à la production de « valeur émotionnelle ».
Le mall revendique désormais plus de 30 marques liées à l’univers 二次元, aux figurines et aux IP, dont Pop Mart, Kayou et plusieurs enseignes régionales ou nationales, auxquelles s’ajoutent des concepts de restauration, de photographie et de théâtre destinés au même public.
Le sous-sol B1 doit encore renforcer cette orientation avec un espace immersif baptisé « 次元星球 » — Dimension Planet.
Ce vocabulaire est révélateur. On ne parle plus simplement d’un étage de magasins. On parle d’une planète.
Un kilomètre entier consacré aux « goodies »
Le phénomène dépasse même les murs d’un seul centre commercial.
Autour de Huangxing Square, la presse locale décrit désormais un « cercle de consommation de goodies d’un kilomètre ». Le terme chinois « 吃谷 » désigne l’achat de produits dérivés liés aux anime, jeux, artistes et personnages : cartes, badges, figurines, peluches et objets de collection.
Dans un rayon d’environ un kilomètre autour de la place, différents centres commerciaux et rues ont développé des concentrations de magasins spécialisés, marchés temporaires et expériences 二次元.
La logique est moins celle d’un achat ponctuel que celle d’un parcours : on se déplace d’un lieu à l’autre, on compare, on photographie, on échange et on rencontre des communautés partageant les mêmes références.

Changsha transforme le shopping en tourisme urbain
Cette logique est particulièrement cohérente avec le modèle de Changsha. La ville s’est imposée comme une destination intérieure chinoise où restauration, vie nocturne, commerces, spectacles, marques locales et réseaux sociaux fonctionnent ensemble.
Les complexes commerciaux participent directement à cette attractivité. À Changsha IFS, par exemple, les programmes d’art public, les installations spectaculaires et les boutiques scénographiées sont conçus pour devenir des expériences photographiables et partageables.
En 2025, la presse locale citait notamment l’installation monumentale de Gentle Monster au rez-de-chaussée de l’IFS comme une attraction en elle-même : des visiteurs s’y arrêtaient autant pour l’expérience visuelle que pour le magasin.
Le rôle du centre commercial change alors. Il n’est plus uniquement un lieu où l’on consomme. Il devient un élément du programme touristique.

Le produit devient parfois secondaire
Cette évolution modifie aussi la notion de concurrence.
Un magasin de vêtements ne concurrence plus uniquement un autre magasin de vêtements. Il peut être en concurrence avec un théâtre immersif, un café scénographié, une exposition, un espace de figurines, une attraction VR, un décor permettant de produire une photo ou une vidéo, ou simplement un lieu où retrouver sa communauté.
L’enjeu principal devient : pourquoi une personne choisirait-elle de passer une heure ici plutôt qu’ailleurs ?
Le temps devient la ressource disputée. Et dans cette logique, une Future City de 35 000 m² associant technologie, animaux et univers fictionnels paraît beaucoup moins étrange qu’elle ne l’aurait semblé il y a dix ans.
L’IA n’est finalement qu’une couche parmi d’autres
Le nom « MAYA · AI Future City » place ostensiblement l’intelligence artificielle au centre du concept. Mais l’annonce officielle donne une vision plus nuancée.
L’IA y apparaît notamment comme outil de guidage ou d’interaction, à côté de la VR, des décors, des animaux et de la scénographie.
Ce n’est donc pas nécessairement « un centre commercial piloté par l’IA ». C’est plutôt un environnement qui utilise l’IA comme une composante supplémentaire de l’expérience.
Ce détail correspond bien à une évolution observable dans de nombreux usages technologiques : la technologie devient moins intéressante lorsqu’elle est présentée seule. Elle prend de la valeur lorsqu’elle disparaît à l’intérieur d’une expérience.
Le véritable produit pourrait être l’endroit lui-même
C’est finalement ce que raconte la photo prise à Changsha.
Sur cette palissade, aucun produit n’est présenté. Aucun prix. Aucune promotion. Seulement une promesse : « FUTURE CITY ».
Le produit que l’on cherche à vendre avant même l’ouverture, c’est donc déjà le lieu lui-même : un monde à visiter.
Et c’est peut-être là que se trouve la transformation la plus importante du retail physique : le magasin vend des produits ; le nouveau centre commercial cherche à vendre une raison de venir.
Sources
- MAYA · AI 未来之城 — FUTURE CITY — OPENING SOONPhoto terrain — MAYA · AI Future City · Florent Despréaux / STORIMITIK · 14 septembre 2026
- 长沙再添文旅新地标!明年2月有望迎客Hunan Culture & Tourism — lancement du projet · 湖南省文化和旅游厅 · 5 août 2025
- 32家潮玩店+6大剧场!悦方IDMALL变身“长沙青年情绪充电站”The Paper — transformation de Yuefang ID MALL · 澎湃新闻·澎湃号·政务 · 17 mars 2026
- 从动漫周边到场景体验,长沙“一公里吃谷圈”成为消费新坐标Hunan Online / Changsha Evening News — cercle de consommation 二次元 · 长沙晚报 / 华声在线 · 22 avril 2025
- “热浪”来袭!长沙消费新业态点燃暑期经济Hunan Today — nouvelles expériences commerciales à Changsha · 湖南日报·新湖南客户端 · 30 juillet 2025
- 超百位亚洲艺术家与星城迸发全新生命力,长沙IFS 2025第四届公共艺术计划活力启幕Hunan Today — programme d’art public Changsha IFS · 湖南日报·新湖南客户端 · 28 avril 2025
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- 10961-Changsha (49047290076).jpgWikimedia Commons — South Huangxing Road · xiquinhosilva · 20 juillet 2019