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Le centre commercial ne veut plus seulement vous faire acheter : il veut devenir votre parc de loisirs

Escalade, aquariums, expériences immersives, restauration et attractions : face à l’e-commerce, certains centres commerciaux deviennent des destinations de loisirs. JLL recense 721 nouvelles implantations de location-based entertainment planifiées ou annoncées aux États-Unis et au Canada.

Par Florent Despréaux

Date d’observation :

Lieu : International

Illustration conceptuelle d’un centre commercial mêlant boutiques, restauration, escalade, aquarium et expériences immersives.
ILLUSTRATION CONCEPTUELLE STORIMITIK — Certains malls cherchent désormais à devenir des destinations de loisirs autant que des lieux d’achat.

Le centre commercial a longtemps reposé sur une promesse simple : réunir beaucoup de magasins au même endroit. En 2026, une autre logique prend de l’ampleur. Pour attirer des visiteurs qui peuvent acheter en ligne, certains sites cherchent à devenir des destinations où l’on vient aussi manger, jouer, faire du sport, voir une exposition ou vivre une expérience immersive.

Cette transformation porte un nom dans l’immobilier commercial : location-based entertainment, ou LBE. Et les chiffres montrent que le phénomène dépasse quelques attractions spectaculaires installées dans des malls emblématiques.

721 nouvelles implantations de loisirs déjà dans le pipeline

Dans son étude 2026 consacrée au location-based entertainment aux États-Unis et au Canada, JLL analyse 207 concepts représentant 4 746 implantations existantes. Le cabinet recense également 721 implantations planifiées ou annoncées.

Ces projets représentent environ 16,5 millions de pieds carrés de surface en développement. Pour les propriétaires de centres commerciaux, le loisir devient donc une catégorie immobilière capable d’occuper des surfaces significatives, au même titre que la restauration ou les enseignes traditionnelles.

217 millions de visites : le loisir fabrique du trafic

JLL a également suivi la fréquentation de 20 concepts de loisirs. Ils ont cumulé environ 217 millions de visites en 2025, soit près de 12 % de plus qu’en 2019. La durée moyenne de visite atteint environ 140 minutes.

Ce temps passé est stratégique. Une personne venue pour une activité peut également manger sur place, parcourir les boutiques ou prolonger sa visite. Le divertissement ne remplace donc pas nécessairement le commerce : il peut devenir un moteur de fréquentation pour l’ensemble du site.

Infographie STORIMITIK sur le location-based entertainment : 4 746 implantations existantes et 721 planifiées ou annoncées parmi 207 concepts étudiés par JLL.
INFOGRAPHIE STORIMITIK — Données JLL 2026 sur 207 concepts de location-based entertainment aux États-Unis et au Canada.

Mall of America ressemble déjà davantage à une destination qu’à un simple mall

Mall of America, dans le Minnesota, illustre jusqu’où peut aller ce modèle. Le complexe représente environ 5,6 millions de pieds carrés et réunit jusqu’à 500 commerces et restaurants, mais son offre dépasse largement le shopping.

Nickelodeon Universe occupe environ 7 acres au cœur du complexe. S’y ajoutent notamment SEA LIFE Minnesota Aquarium, FlyOver America et Crayola Experience. En 2026, de nouvelles expériences immersives continuent encore d’enrichir cette logique de destination.

Shopping, restauration, sport et immersion dans un même lieu

La mutation ne signifie pas que tous les centres commerciaux vont installer un parc d’attractions. Les formats sont beaucoup plus variés : escalade, karting, réalité virtuelle, golf indoor, fitness, jeux sociaux, expériences culturelles, spectacles, activités pour enfants ou expositions immersives.

Le point commun est de proposer une raison de venir qui ne peut pas être téléchargée ni livrée à domicile. L’e-commerce peut déplacer l’achat ; il ne peut pas reproduire complètement une sortie entre amis, une activité familiale ou une expérience physique.

Illustration conceptuelle d’un centre commercial combinant shopping, restauration, sport, expériences immersives et loisirs familiaux.
ILLUSTRATION CONCEPTUELLE STORIMITIK — Shopping, restauration et divertissement convergent progressivement dans un même lieu.

En France aussi, la frontière entre commerce et expérience se brouille

En 2026, Futuroscope Xperiences et Digitalandmarks ont par exemple annoncé des dispositifs immersifs installés dans plusieurs centres Aushopping exploités par Nhood. L’objectif est précisément d’amener une expérience de divertissement dans le parcours commercial.

Ce type d’opération reste différent d’un parc permanent intégré à un mall, mais il montre la même évolution : le centre commercial devient un support pour des contenus et des expériences qui dépassent l’achat de produits.

Pourquoi les propriétaires de malls aiment-ils les loisirs ?

Le modèle répond à plusieurs problèmes de l’immobilier commercial. Les activités de loisirs peuvent occuper de grandes surfaces, générer du trafic à des horaires différents de ceux du shopping classique et attirer des publics familiaux ou des groupes qui restent longtemps sur place.

Elles peuvent également contribuer à repositionner un site vieillissant. Là où un magasin fermé créait autrefois une vacance difficile à combler, une surface importante peut parfois accueillir une activité de sport ou de divertissement.

Le centre commercial devient une destination de temps libre

La bataille n’est donc plus seulement celle du prix, du nombre de boutiques ou de la facilité de stationnement. Elle porte aussi sur le temps disponible des consommateurs. Un centre commercial capable de capter deux heures de loisir ne concurrence plus seulement le centre commercial voisin : il concurrence le cinéma, le restaurant, le parc indoor et d’autres sorties.

C’est peut-être la transformation la plus profonde du mall contemporain. Le commerce reste présent, mais il n’est plus toujours la seule raison de venir. Le centre commercial ne veut plus seulement vendre des objets : il veut devenir un endroit où l’on choisit de passer son temps.

Sources