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CAN 2027 : le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda peuvent-ils transformer quatre semaines de football en machine touristique ?
La CAN PAMOJA 2027 ne sera pas seulement la première Coupe d’Afrique des Nations organisée par trois pays. Pour le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda, le véritable enjeu est de transformer le supporter en voyageur régional : franchir les frontières plus facilement, prolonger les séjours et faire survivre les bénéfices touristiques bien après la finale.
Par Florent Despréaux

Le 19 juin 2027, vingt-quatre équipes doivent commencer à disputer la Coupe d’Afrique des Nations en Afrique de l’Est.
Un mois plus tard, le 17 juillet, la finale sera terminée.
Entre les deux, le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda auront accueilli la première CAN de l’histoire organisée conjointement par trois pays. La compétition reviendra aussi dans cette partie du continent pour la première fois depuis 1976.
La CAF estime que plus de 1,5 million de supporters pourraient être accueillis dans les trois pays hôtes.
Le chiffre est spectaculaire.
Mais il ne dit presque rien de l’enjeu touristique.
Car accueillir 1,5 million de supporters n’est pas la même chose que créer 1,5 million de touristes supplémentaires.
Certains seront locaux.
D’autres se déplaceront uniquement pour un match.
Certains resteront quelques heures ou quelques jours.
Et rien ne garantit qu’un visiteur venu pour le football découvrira une deuxième ville, traversera une frontière ou reviendra deux ans plus tard.
Le véritable enjeu de PAMOJA 2027 commence donc là où s’arrête le stade.
Peut-on transformer un billet de match en itinéraire ?
Puis un itinéraire en séjour plus long ?
Et finalement quatre semaines de football en une nouvelle manière de voyager en Afrique de l’Est ?
Pour la première fois, la CAN elle-même devient un voyage régional
Une Coupe d’Afrique des Nations se déroule habituellement dans un seul pays.
Le supporter choisit une ville.
Change éventuellement de région.
Puis rentre chez lui.
En 2027, l’architecture sera différente.
Le tournoi sera réparti entre le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda.
Cela crée une contrainte logistique considérable.
Mais aussi une opportunité touristique inhabituelle.
Un supporter pourrait assister à un match à Nairobi, poursuivre vers Kampala puis rejoindre Dar es Salaam.
Le football devient alors le prétexte à un voyage entre plusieurs pays.
Et c’est précisément ce qui peut transformer la CAN en autre chose qu’un événement sportif.
La question n’est plus seulement :
où joue mon équipe ?
Elle peut devenir :
qu’est-ce que je peux découvrir entre deux matchs ?
C’est un changement important.
Parce qu’une destination touristique gagne rarement uniquement en attirant davantage de visiteurs.
Elle gagne aussi lorsque ceux-ci restent plus longtemps, visitent davantage de lieux, consomment davantage de services et répartissent mieux leurs dépenses sur le territoire.
La CAN pourrait fournir le déclencheur.
Mais encore faut-il que le voyage fonctionne.
Le premier produit touristique à construire n’est donc peut-être pas un safari. C’est la frontière.
C’est probablement l’aspect le plus intéressant de la préparation actuelle.
Le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda ne discutent pas uniquement de stades.
En avril 2026, les trois gouvernements et la CAF ont consacré une partie de leur réunion ministérielle à la circulation des supporters, aux transports, à l’hôtellerie, aux infrastructures aéroportuaires, au tourisme et à l’expérience visiteur.
Et ils ont engagé un chantier beaucoup moins spectaculaire qu’un nouveau stade :
le PAMOJA Visa Framework.
Le principe envisagé est de faciliter les déplacements entre les trois pays pendant la compétition grâce à des arrangements d’entrée spécifiques, des exemptions éventuelles, des procédures accélérées et une meilleure coordination des formalités douanières et migratoires.
À ce stade, il faut être précis :
ce cadre est en préparation. Il n’est pas encore une promesse opérationnelle définitivement mise en œuvre.
Mais sa simple existence révèle quelque chose.
Les organisateurs ont compris que le tournoi à trois pays ne peut fonctionner comme trois compétitions voisines.
Il faut essayer de construire une expérience régionale.
Et dans cette expérience, quelques minutes gagnées à une frontière peuvent avoir presque autant de valeur qu’une nouvelle tribune.
Car le supporter compare rarement les politiques publiques. Il ressent les frictions.
Pour un gouvernement, un voyage régional est composé de questions de visa, de douane, de sécurité, d’infrastructures et de coordination administrative.
Pour un visiteur, c’est beaucoup plus simple.
Combien de temps faut-il pour passer la frontière ?
Existe-t-il un vol pratique ?
Puis-je rejoindre le prochain match en bus ?
Mon téléphone fonctionne-t-il ?
Puis-je payer facilement ?
Mon hôtel est-il accessible ?
Que se passe-t-il si le match finit tard ?
Cette différence est fondamentale.
On peut construire une stratégie touristique ambitieuse sur le papier et perdre le voyageur sur une correspondance impossible.
C’est pourquoi les inspections conduites par la CAF en 2026 vont bien au-delà des enceintes sportives.
En septembre, une délégation a contrôlé dans les trois pays non seulement les stades et terrains d’entraînement, mais aussi les hôtels, les aéroports et les infrastructures annexes nécessaires au tournoi. À Nairobi, la mission a notamment examiné le nouveau Talanta Stadium de 60 000 places ainsi que les installations hôtelières et aéroportuaires.
La CAN est donc déjà en train de tester une idée essentielle :
l’infrastructure touristique commence avant l’attraction touristique.

Trois pays peuvent aussi devenir trois produits complémentaires
Le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda ne partent évidemment pas de zéro.
Ils possèdent déjà des industries touristiques importantes et des imaginaires très identifiables.
Mais la CAN pourrait modifier la façon dont ces destinations sont combinées.
Le voyageur venu pour le football ne raisonne pas nécessairement comme le touriste classique préparant pendant six mois un grand voyage africain.
Il possède d’abord une contrainte :
un calendrier de matchs.
Autour de cette contrainte peuvent ensuite s’insérer d’autres expériences.
Une capitale.
Une côte.
Un parc.
Une montagne.
Une ville voisine.
Un séjour supplémentaire avant ou après la rencontre.
La logique touristique devient alors intéressante parce qu’elle inverse le parcours habituel.
Ce n’est plus :
je choisis une destination puis j’y cherche des activités.
C’est :
j’ai déjà une raison d’être là ; qu’est-ce que je peux ajouter autour ?
Pour les opérateurs touristiques, les hôtels, les compagnies aériennes ou les plateformes de réservation, cette logique peut créer de nouveaux produits.
Match + ville.
Match + autre pays.
Phase de groupes + circuit régional.
Finale + prolongation du séjour.
Le supporter devient alors un client touristique que le tournoi a déjà partiellement acquis.
C’est là que les 1,5 million deviennent intéressants — et dangereux
La CAF évoque plus de 1,5 million de supporters attendus dans les trois pays.
Mais il faut résister à la tentation de transformer ce chiffre en recette touristique.
Un supporter n’est pas nécessairement un visiteur international.
Un visiteur international n’est pas nécessairement un séjour long.
Et un séjour long n’est pas automatiquement réparti entre plusieurs destinations.
La vraie question économique n’est donc pas :
combien de personnes assisteront à la CAN ?
Elle est plutôt :
combien de nuits, de trajets, de repas et d’activités supplémentaires le tournoi déclenchera-t-il ?
Cette nuance change complètement la manière d’évaluer le succès.
Un supporter venu de Nairobi pour voir un match à Nairobi contribue à l’événement.
Un supporter venu du Ghana, qui passe quatre nuits au Kenya, trois en Ouganda puis cinq en Tanzanie, contribue à une économie touristique beaucoup plus large.
Les deux apparaissent pourtant facilement sous la même étiquette :
un supporter.
Le vrai défi sera donc de convertir l’audience en parcours
La CAN possède un avantage que beaucoup de campagnes touristiques n’ont pas.
Elle n’a pas besoin de créer l’attention à partir de zéro.
La CAF présente désormais sa grande compétition masculine comme un spectacle mondial touchant des audiences considérables, et PAMOJA 2027 offre aux trois pays hôtes une exposition qu’une campagne publicitaire classique aurait beaucoup de mal à reproduire.
Mais l’attention n’est que la première moitié du problème.
Une personne qui regarde le Nigeria, le Sénégal, le Maroc ou la Côte d’Ivoire jouer depuis Paris, Londres, Lagos ou Johannesburg ne devient pas automatiquement un voyageur.
Il faut réduire la distance entre :
« j’aimerais y être »
et
« voici comment j’y vais ».
Cela suppose des informations simples.
Des liaisons visibles.
Des packages.
Des possibilités de déplacement entre les pays.
Une réservation compréhensible.
Une communication touristique intégrée au tournoi.
Et surtout une expérience suffisamment fluide pour que le visiteur accepte d’ajouter une destination au lieu de rentrer chez lui.
La CAN pourrait alors faire quelque chose que les offices de tourisme essaient depuis longtemps
Les destinations cherchent constamment à déplacer les visiteurs.
Sortir des lieux les plus connus.
Allonger les séjours.
Faire découvrir une deuxième région.
Associer plusieurs produits touristiques.
La compétition peut créer naturellement cette mobilité.
Pourquoi ?
Parce que le calendrier sportif impose lui-même le mouvement.
Si une équipe joue dans plusieurs villes, ses supporters suivent.
Si les phases du tournoi déplacent les matchs, les flux se déplacent.
Si le voyageur dispose de plusieurs jours entre deux rencontres, ces jours deviennent du temps touristique potentiel.
Le calendrier de la CAN peut donc devenir une sorte de moteur d’itinéraires.
C’est extrêmement puissant.
Mais seulement si les transports, les frontières et l’offre touristique sont capables de suivre.
Les trois pays ont déjà eu une répétition générale
Le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda ont récemment coorganisé le Championnat d’Afrique des Nations, le CHAN.
La CAF présente cette expérience comme une base importante pour la préparation de 2027, notamment parce qu’elle a permis aux organisateurs de travailler ensemble avant une compétition beaucoup plus importante.
Mais changer d’échelle est une autre affaire.
La CAN attire davantage d’équipes emblématiques.
Davantage de supporters internationaux.
Davantage de médias.
Davantage de partenaires.
Et davantage de pression sur les aéroports, hôtels et réseaux de transport.
Ce qui fonctionnait lors d’un tournoi plus petit peut devenir un goulot d’étranglement en 2027.
La valeur du CHAN n’est donc pas de prouver que tout est prêt.
Elle est plutôt d’avoir donné aux trois pays un premier laboratoire opérationnel commun.
Le plus gros risque serait de penser que construire suffit
Les grands événements sportifs ont une fascination particulière pour les infrastructures visibles.
Un stade neuf se photographie bien.
Un terminal d’aéroport modernisé aussi.
Une route inaugurée produit une image politique immédiatement compréhensible.
Mais l’héritage touristique dépend souvent d’éléments moins photogéniques.
La maintenance.
La fréquence des liaisons.
La qualité du service.
Les compétences hôtelières.
La commercialisation.
Les formalités frontalières.
La signalétique.
La sécurité perçue.
La capacité à vendre la région après la compétition.
C’est ici que l’histoire devient plus intéressante.
Car un tournoi peut accélérer un investissement.
Il ne garantit pas son utilisation durable.
Un aéroport modernisé devient un actif touristique seulement s’il conserve du trafic.
Un hôtel supplémentaire devient utile seulement si la demande continue.
Une route améliore réellement l’expérience si elle reste entretenue.
Et un visa simplifié pour quatre semaines ne crée pas automatiquement une destination régionale durable.

PAMOJA pourrait néanmoins servir de prototype
Le mot choisi pour la compétition n’est pas neutre.
Pamoja signifie « ensemble » en swahili.
La CAF présente précisément le tournoi comme un projet régional, et non comme la juxtaposition de trois organisations nationales.
C’est peut-être là que se situe son héritage touristique potentiel le plus important.
Si le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda réussissent réellement à coordonner leurs frontières, leurs transports, leurs standards d’accueil, leurs opérations et leur promotion, alors la CAN peut devenir une démonstration grandeur nature de ce que pourrait être une expérience touristique régionale plus intégrée.
L’Afrique de l’Est possède déjà une logique d’intégration institutionnelle à travers la Communauté d’Afrique de l’Est. Les citoyens des États partenaires bénéficient notamment d’une circulation sans visa au sein de la région.
PAMOJA peut pousser cette logique dans une direction supplémentaire :
concevoir l’expérience du visiteur international à l’échelle de plusieurs pays.
Et ce serait peut-être le véritable héritage du tournoi
Le stade sera plein pendant quelques heures.
Puis vide.
Le tournoi fera la une pendant quatre semaines.
Puis le calendrier sportif passera à autre chose.
C’est inévitable.
La réussite touristique de la CAN 2027 se jouera donc surtout sur ce qui restera lorsque les maillots auront disparu des rues.
Des aéroports plus efficaces ?
Des liaisons régionales renforcées ?
Des frontières plus simples ?
Des hôtels mieux structurés ?
Des professionnels mieux formés ?
Une image internationale plus forte ?
Et surtout une habitude nouvelle :
penser Kenya, Tanzanie et Ouganda non plus seulement comme trois destinations séparées, mais comme différentes étapes possibles d’un même voyage.
Car le football possède un avantage rare : il donne déjà une raison de partir
C’est souvent le problème le plus difficile du tourisme.
Pourquoi cette destination ?
Pourquoi maintenant ?
Pourquoi elle plutôt qu’une autre ?
Un événement majeur répond immédiatement à ces trois questions.
Le supporter veut voir son équipe.
À une date précise.
Dans une ville précise.
Une grande partie de la bataille pour attirer le visiteur est donc déjà gagnée.
Le travail touristique commence ensuite.
Que fait-il avant le match ?
Que fait-il le lendemain ?
Peut-il rejoindre facilement une autre ville ?
Une autre frontière ?
Une autre destination ?
Reste-t-il quatre nuits ou douze ?
Voilà ce que la CAN 2027 peut changer.
Le tournoi durera 29 jours. Son véritable résultat se verra beaucoup plus tard.
Le Kenya, la Tanzanie et l’Ouganda peuvent parfaitement organiser une CAN spectaculaire sans créer un héritage touristique majeur.
Les stades peuvent être pleins.
Les audiences excellentes.
Les supporters satisfaits.
Et les flux revenir immédiatement à leur état antérieur après la finale.
À l’inverse, le tournoi peut servir de date butoir pour résoudre des problèmes qui existaient déjà :
mieux connecter les villes,
fluidifier les frontières,
améliorer les capacités hôtelières,
professionnaliser l’accueil,
et apprendre à commercialiser plusieurs pays comme un seul voyage.
C’est ce scénario qui ferait véritablement de PAMOJA 2027 une machine touristique.
Pas parce que 1,5 million de personnes auront regardé ou suivi du football.
Mais parce qu’une partie d’entre elles aura découvert qu’un match à Nairobi peut devenir une étape vers Kampala ou Dar es Salaam.
Et qu’après la finale, cette idée continuera d’exister.
Un tournoi dure quatre semaines.
Une destination, elle, doit donner envie de revenir pendant des années.
Sources
- ROAD TO EAST AFRICA! CAF Announces Kick-Off, Final and Qualifiers Dates for the TotalEnergies CAF Africa Cup of Nations PAMOJA 2027CAF · Confédération Africaine de Football · 2 mai 2026
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