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Bosch voit plusieurs milliards dans la robotique. Son pari sur les humanoïdes : ne pas lancer son propre robot, mais devenir indispensable à ceux qui les construisent
Bosch ne lance pas son propre humanoïde. Le groupe allemand veut plutôt fournir capteurs, logiciels, actionnement, fabrication et expertise industrielle à plusieurs constructeurs. Après un test HMND 01 à Bühl et un partenariat avec NEURA, il estime pouvoir développer dans la robotique une activité de plusieurs milliards.
Par Florent Despréaux

Bosch ne prépare pas un humanoïde portant son nom pour affronter directement Unitree, UBTECH, Figure ou NEURA. Sa stratégie est différente : fournir les technologies, le savoir-faire industriel et parfois même les capacités de fabrication dont ces robots ont besoin.
À Bosch Connected World 2026, le groupe allemand a formulé son ambition sans détour : avec la montée de la robotique avancée et des humanoïdes, la demande pour ses composants et ses solutions augmente, et Bosch estime pouvoir développer dans la robotique une activité représentant plusieurs milliards.
Le pari ressemble moins à celui d’un constructeur automobile lançant un nouveau modèle qu’à celui d’un équipementier cherchant à devenir incontournable pour toute une industrie.
Bosch ne veut pas être « le fabricant d’humanoïdes »
Bosch décrit lui-même son positionnement comme celui d’un fournisseur et partenaire du « cerveau et du système nerveux » de l’automatisation et de la robotique moderne.
Cette formule résume une stratégie très concrète. Un humanoïde a besoin de percevoir son environnement, connaître la position de son corps, traiter des données, convertir de l’électricité en mouvement, piloter précisément ses moteurs et fonctionner dans un cadre de sécurité industrielle.
Ce sont précisément des domaines où Bosch dispose déjà de technologies issues de l’automobile, de l’industrie, des capteurs MEMS, de l’électronique de puissance et de l’automatisation.
Le premier levier est invisible : donner des sens au robot
À CES 2026, Bosch a présenté sa nouvelle plateforme de capteurs inertiels BMI5. Ces composants mesurent avec précision accélérations et rotations et peuvent embarquer des fonctions d’intelligence artificielle pour reconnaître mouvements, positions et contextes.
Bosch explique que ces capteurs peuvent notamment aider un robot humanoïde à comprendre ses propres mouvements et à conserver sa perception spatiale même lorsqu’un obstacle masque temporairement sa caméra.
La plateforme comprend plusieurs variantes, dont le BMI563 destiné notamment aux besoins avancés de robotique et de perception du mouvement. Bosch prévoit la production en grande série de la gamme BMI5 à partir du troisième trimestre 2026.

Mais un humanoïde n’est pas seulement un assemblage de capteurs
Pour transformer une mesure en geste, la machine doit relier perception, calcul et mouvement. Bosch met ainsi en avant ses logiciels d’automatisation, ses contrôleurs, ses solutions de mouvement et son expertise dans la conversion de l’énergie électrique.
Cette chaîne est importante parce que la performance réelle d’un robot dépend moins d’un composant spectaculaire que de la capacité de tous les sous-systèmes à fonctionner ensemble avec une latence faible, une précision suffisante et une fiabilité industrielle.
Le défi est donc systémique : une main très précise ne sert à rien si la perception est instable ; un excellent modèle d’IA ne suffit pas si les actionneurs manquent de répétabilité ; une batterie performante ne compense pas un logiciel de contrôle incapable de gérer un imprévu.
À Bühl, Bosch est passé du composant au test d’un humanoïde complet
En mars 2026, la société britannique Humanoid a mené avec Bosch un proof of concept dans l’environnement logistique de l’usine de Bühl, en Allemagne.
Le scénario était simple à décrire mais exigeant à exécuter : des robots HMND 01 devaient transférer de manière autonome des boîtes depuis un convoyeur vers un chariot dans un environnement logistique dynamique.
Le test utilisait cinq formats différents de boîtes, avec plusieurs empreintes, hauteurs et poids. Le système devait également gérer des flux provenant de plusieurs convoyeurs et adapter sa manipulation en fonction des objets.
Selon Humanoid, le POC a atteint ses objectifs. Cette affirmation vient de l’entreprise elle-même, mais le point le plus important est la suite donnée au test.
Le test débouche sur un accord industriel : Bosch fabriquera aussi pour Humanoid
Le 21 mai 2026, Humanoid annonce un partenariat avec Bosch pour accompagner le passage à une production à plus grande échelle de HMND 01 pour le marché européen.
Dans cet accord, Bosch devient partenaire de fabrication sous contrat. Il apporte également son expertise en Design for Excellence — conception pour la fabrication, fiabilité, maintenance et maîtrise des coûts — ainsi que son expérience des chaînes d’approvisionnement.
Cette nuance est essentielle : Bosch ne commercialise pas son propre humanoïde, mais il peut participer directement à la fabrication de celui d’un partenaire.

Bosch joue donc sur deux tableaux : vendre les briques et industrialiser le produit des autres
C’est une position beaucoup plus large qu’un simple fournisseur de capteurs. Bosch peut vendre des composants, intégrer des systèmes, aider à concevoir pour la production et mettre à disposition son savoir-faire manufacturier.
Cette stratégie réduit aussi un risque classique des marchés émergents : choisir trop tôt un seul design gagnant. Si plusieurs architectures d’humanoïdes se développent, un fournisseur de technologies transversales peut travailler avec plusieurs acteurs.
L’automobile a déjà montré la puissance de ce modèle. Un équipementier peut devenir indispensable sans que son logo figure au centre du produit fini.
Deuxième pari : NEURA Robotics et la Physical AI « Made in Germany »
Le 14 janvier 2026, Bosch et NEURA Robotics annoncent une alliance stratégique de technologie et de développement pour accélérer l’industrialisation de la robotique humanoïde et de la Physical AI depuis l’Allemagne.
Le partenariat prévoit notamment d’élargir la base de données permettant d’entraîner les robots, de recueillir des données réelles de travail et d’environnement grâce à des combinaisons de capteurs, et d’aider NEURA à passer à l’échelle sur le matériel et le logiciel.
Le vocabulaire employé est révélateur : il ne s’agit plus seulement de construire une machine capable de marcher. Il faut accumuler des données physiques, apprendre des tâches et transformer cette intelligence en produit industriel reproductible.
Puis Bosch devient aussi investisseur de NEURA
Le 10 juin 2026, NEURA annonce une Series C pouvant atteindre 1,4 milliard de dollars. La société cite parmi ses investisseurs Tether, Qualcomm, Amazon, Nvidia, imec.xpand, Bosch, Schaeffler et la Banque européenne d’investissement.
NEURA présente cette levée comme un moyen d’accélérer sa plateforme ouverte de Physical AI, sa production en série et ses environnements d’entraînement réels pour robots cognitifs.
Comme toujours avec un financement annoncé, le montant « jusqu’à 1,4 milliard » doit être lu comme la taille annoncée de la ronde, pas comme une preuve que chaque dollar a déjà été dépensé ni que les objectifs industriels seront atteints.
L’Europe essaie donc de construire un écosystème, pas un champion unique
Bosch, NEURA, Schaeffler, la Banque européenne d’investissement et d’autres acteurs apparaissent désormais dans une même chaîne : robotique, composants, production, capitaux et infrastructure d’apprentissage.
Cette logique contraste avec le récit simpliste d’une Europe qui devrait trouver son « Unitree européen ». Une industrie robotique ne repose pas sur un seul constructeur : elle repose sur des moteurs, des réducteurs, des capteurs, du calcul, des batteries, des logiciels, des intégrateurs, des usines et des clients capables de tester les machines.
La question devient donc moins « qui fabriquera le meilleur robot ? » que « qui contrôlera suffisamment de briques critiques pour capter la valeur lorsque le marché grandira ? »
Sur le terrain industriel, la Chine possède déjà une échelle difficile à ignorer
Les statistiques 2026 de l’International Federation of Robotics montrent un écart massif dans l’automatisation industrielle générale. En 2025, la Chine a installé environ 354 000 robots industriels, soit 59 % des déploiements mondiaux. L’Allemagne, premier marché européen, est restée sous les 25 000 installations.
Ces chiffres concernent les robots industriels au sens large, pas les humanoïdes. Ils ne prouvent donc pas que la Chine domine automatiquement le futur marché humanoïde.
Ils montrent en revanche l’avantage d’un environnement qui achète, produit, intègre et exploite déjà des robots à très grande échelle.
Les humanoïdes eux-mêmes restent pourtant un marché minuscule
Selon les premières statistiques mondiales de l’IFR rapportées par Reuters, environ 7 000 humanoïdes ont été vendus en 2025 pour des usages industriels et professionnels.
Une grande partie était destinée à la recherche, au développement de l’IA ou à des pilotes, bien plus qu’à une exploitation quotidienne à grande échelle.
Autrement dit, le marché est suffisamment jeune pour qu’aucun modèle industriel ne soit encore définitivement imposé. C’est précisément la fenêtre que Bosch cherche à exploiter.
La Chine avance vite, mais elle n’a pas résolu tous les problèmes
Une enquête Reuters publiée en août 2026 décrit un paradoxe chinois : des matériels humanoïdes très compétitifs, soutenus par des investissements importants, mais des machines encore limitées dans les tâches d’usine complexes par leur dextérité, leur intelligence et leur adaptabilité.
Le hardware peut courir, danser ou réaliser une démonstration impressionnante et rester moins rentable qu’un robot industriel spécialisé sur une tâche répétitive.
Cette limite ouvre justement une bataille sur les données, l’intégration, les logiciels, la sécurité et la fiabilité — autant de domaines dans lesquels les industriels européens pensent pouvoir jouer un rôle.

Le risque pour Bosch : devenir indispensable technologiquement ne garantit pas de capter toute la valeur
Le modèle d’équipementier possède aussi ses limites. Si les composants se standardisent rapidement, leurs marges peuvent diminuer. Si la plus grande valeur se concentre dans le logiciel d’IA ou les plateformes d’apprentissage, le fournisseur de hardware peut se retrouver dans une position moins favorable.
À l’inverse, plus les exigences de sécurité, de disponibilité, de maintenance et de certification deviennent élevées, plus l’expérience industrielle d’un acteur comme Bosch peut prendre de la valeur.
La bataille économique ne portera donc probablement pas uniquement sur le prix du robot, mais sur son coût total : intégration, maintenance, énergie, arrêts de production, durée de vie et capacité à changer de tâche.
Le vrai pari Bosch : que l’humanoïde devienne une industrie comme l’automobile
Dans l’automobile, Bosch n’a pas besoin de vendre une voiture complète pour être présent dans des millions de véhicules. Capteurs, systèmes de freinage, électronique, logiciels et composants lui donnent une place transversale.
Sa stratégie humanoïde cherche à reproduire cette logique : fournir des technologies à plusieurs constructeurs, accompagner leur industrialisation et investir dans les plateformes qui pourraient structurer le marché.
Si les humanoïdes restent des prototypes de niche, cette stratégie produira peu. S’ils deviennent une nouvelle classe de machines industrielles, être présent dans plusieurs couches de la chaîne pourrait être beaucoup plus puissant que de parier sur un seul robot.
Bosch ne cherche donc pas nécessairement à gagner la course au meilleur humanoïde. Il cherche à gagner la course à tout ce dont les humanoïdes auront besoin pour exister à grande échelle.
Sources
- BCW 2026: Bosch pushes ahead with technologies for automation and roboticsBosch Media Service · Robert Bosch GmbH · 6 mai 2026
- CES 2026: Bosch is shaping the future of mobility, manufacturing and technology in everyday lifeBosch Media Service · Robert Bosch GmbH · 5 janvier 2026
- Bosch sensor platform turns robots into real movement talentsBosch Media Service · Bosch Sensortec · 5 janvier 2026
- Humanoid Secures Partnership with Bosch Following a Successful POCHumanoid · Humanoid · 21 mai 2026
- NEURA Robotics and Bosch Forge Partnership for Humanoid Robotics “Made in Germany”NEURA Robotics · NEURA Robotics · 14 janvier 2026
- NEURA Robotics Announces Record Series C of up to $1.4BNEURA Robotics · NEURA Robotics · 10 juin 2026
- Five Million Robots now Operate in Factories Globally — World Robotics 2026International Federation of Robotics · International Federation of Robotics · 24 septembre 2026
- China Makes AI-powered Robots Core of National StrategyInternational Federation of Robotics · International Federation of Robotics · 5 mai 2026
- Humanoid robot sales tally hit 7,000 globally last yearReuters · Reuters · 21 septembre 2026
- China can build kung fu-fighting robots. But it can't get them to do factory workReuters · Reuters · 27 août 2026