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Storie DécryptageMobilité / Recharge

Cette « voiture volante » chinoise ne vole pas : son 6×6 transporte un eVTOL dans son coffre

À Guangzhou, STORIMITIK a photographié le Land Aircraft Carrier d’ARIDGE : un 6×6 de 5,5 mètres et un eVTOL biplace entièrement séparé. Plus de 1 000 km annoncés au sol, jusqu’à six vols rechargés par le véhicule et une usine déjà en montée en cadence : la « voiture volante » devient crédible précisément parce que la voiture, elle, ne vole pas.

Par Florent Despréaux

Lieu : Guangzhou, Chine

Illustration STORIMITIK du Land Aircraft Carrier ARIDGE montrant le 6×6 transportant un eVTOL dans son compartiment arrière.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — À partir des photos terrain STORIMITIK prises sur le stand ARIDGE à Guangzhou. V1 : le module terrestre ne vole pas ; il transporte l’eVTOL.

À Guangzhou, les photos terrain STORIMITIK montrent d’abord un immense véhicule à six roues, long et haut comme un gros monospace futuriste. Quelques mètres plus loin, un petit aéronef électrique biplace est exposé séparément. C’est précisément ce qui rend le Land Aircraft Carrier d’ARIDGE intéressant : la partie qui roule ne vole jamais.

ARIDGE — anciennement XPENG AEROHT — commercialise le concept comme une « voiture volante » modulaire. Mais au lieu de demander à une même machine de rouler sur route puis de déployer des ailes ou des rotors, l’entreprise a séparé les deux fonctions : un véhicule terrestre transporte, stocke et recharge un eVTOL détachable.

La voiture reste au sol

La fiche photographiée par STORIMITIK devant le module terrestre le désigne comme « 陆地航母-陆行体 », littéralement le module terrestre du « Land Aircraft Carrier ». Elle affiche 5 500 × 2 000 × 2 000 mm, une capacité de 4 à 5 personnes, une plateforme 800 V au carbure de silicium et une autonomie combinée annoncée supérieure à 1 000 km.

Ces chiffres correspondent à la documentation actuelle d’ARIDGE : le véhicule repose sur trois essieux, six roues motrices et des roues arrière directrices. La marque le présente comme suffisamment compact pour entrer dans un parking souterrain et occuper une place de stationnement standard.

Autrement dit, la partie routière n’est pas un aéronef sur roues. C’est un transporteur conçu pour déplacer l’appareil volant jusqu’au lieu de décollage, l’abriter et lui fournir de l’énergie.

L’aéronef sort du coffre

Le second module photographié sur place porte l’intitulé bilingue « Land Aircraft Carrier – Flight Module ». La fiche d’exposition indique deux places, une propulsion électrique à décollage et atterrissage verticaux et l’emploi de fibre de carbone pour la structure principale et les pales.

La documentation ARIDGE décrit un eVTOL dont les bras et les pales se replient pour être rangés dans le véhicule. Xinhua précise que les deux modules peuvent se séparer ou se réunir automatiquement en moins de cinq minutes.

C’est la rupture conceptuelle du produit : le conducteur ne transforme pas sa voiture en aéronef. Il transporte un aéronef, le déploie, vole avec lui, puis le replace dans le véhicule terrestre.

Le 6×6 devient aussi une station de recharge mobile

Le module terrestre ne sert pas seulement de garage. ARIDGE indique qu’il peut recharger l’aéronef à l’arrêt ou pendant les déplacements. Avec le véhicule plein d’énergie et de carburant, la marque annonce de quoi assurer jusqu’à six vols.

Cette architecture répond à l’un des problèmes pratiques de l’eVTOL personnel : il faut non seulement faire voler la machine, mais aussi la transporter, la protéger et la recharger entre deux utilisations.

Illustration STORIMITIK expliquant le fonctionnement du système ARIDGE en trois étapes : rouler, déployer puis voler.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V2 : le 6×6 transporte, stocke et recharge l’aéronef ; le module aérien est ensuite déployé pour le vol.

La fiche photographiée par STORIMITIK affiche également un prix indicatif ne dépassant pas 2 millions de yuans. Ce plafond est cohérent avec celui annoncé publiquement par ARIDGE pour le système Land Aircraft Carrier ; il s’agit d’un prix indicatif annoncé par l’entreprise, pas d’un tarif final vérifié sur un marché ouvert.

À Guangzhou, le prototype est déjà devenu une affaire d’usine

Le Land Aircraft Carrier n’est plus seulement un objet de salon. Le 10 août 2026, ARIDGE a célébré dans son usine de Guangzhou la sortie du 1 000e ensemble de propulsion électrique destiné au programme. Il ne s’agissait pas du 1 000e véhicule complet : la distinction est importante.

Selon Xinhua, l’usine couvre environ 120 000 m² et fabrique principalement le module aérien. Sa capacité nominale est de 5 000 unités par an au démarrage et jusqu’à 10 000 à pleine capacité, avec un objectif industriel pouvant atteindre un appareil toutes les trente minutes.

En mars 2026, cinq Land Aircraft Carriers avaient déjà quitté la ligne le même jour avant d’effectuer des vols d’essai multi-appareils. Xinhua rapportait également plus de 7 000 commandes pour le programme, chiffre communiqué dans le contexte de la montée en production.

Illustration STORIMITIK du véhicule ARIDGE vu de l’avant avec les chiffres clés de son industrialisation à Guangzhou.
ILLUSTRATION GÉNÉRÉE STORIMITIK — V3 : usine d’environ 120 000 m² à Guangzhou, capacité annoncée jusqu’à 10 000 modules aériens par an et cadence maximale visée d’un appareil toutes les 30 minutes. Source : Xinhua / ARIDGE, août 2026.

La technologie avance plus vite que le droit de voler partout

Une chaîne de production ne transforme pas automatiquement un eVTOL en moyen de transport ordinaire. La certification aéronautique, les règles d’espace aérien, les zones de décollage et d’atterrissage, la formation et les procédures d’exploitation restent déterminantes.

C’est visible dans la stratégie internationale d’ARIDGE. En septembre 2026, l’entreprise et les autorités de Ras Al Khaimah, aux Émirats arabes unis, ont annoncé une zone d’essais réglementée pour l’advanced air mobility. Le dispositif doit servir à tester les appareils, les procédures, la coordination de l’espace aérien et les exigences de sécurité avant d’éventuels usages plus larges.

Une route de démonstration entre Ras Al Khaimah et Abou Dhabi est aussi envisagée. À ce stade, il s’agit d’un cadre d’essai et de validation, pas d’un service commercial ouvert au public.

Pour rendre la voiture volante crédible, ARIDGE a séparé les problèmes

Le paradoxe du Land Aircraft Carrier est là. Plus on l’observe, moins il ressemble à l’image classique de la voiture volante. Le 6×6 reste une voiture terrestre spécialisée. L’eVTOL reste un aéronef spécialisé. Le produit est l’association des deux.

Cette séparation permet à chaque module d’être optimisé pour son environnement : roues, autonomie et recharge au sol ; masse, propulsion verticale et compacité dans les airs.

Sur le stand ARIDGE de Guangzhou, le futur de la « voiture volante » n’était donc pas une automobile qui décolle. C’était un coffre assez grand pour transporter son propre aéronef.

Immersion en vidéo

Hébergée sur YouTube

VIDÉO OFFICIELLE ARIDGE — Présentation du Land Aircraft Carrier publiée le 3 septembre 2024, avant la montée en production actuelle. Elle montre le principe du véhicule terrestre transportant un module aérien détachable.

Sources