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Storie DécryptageMobilité / Recharge

Après les pompistes, voici les bornistes

Longtemps invisibles, les bornistes deviennent essentiels : installation, maintenance, supervision et conseils.

Par Florent Despréaux

Illustration générée par IA d’un technicien intervenant sur le câble de recharge d’un véhicule électrique.
PHOTO D’ILLUSTRATION — image générée par IA

Les automobilistes connaissent les pompistes. On les voit, on les croise, on leur parle. Mais un autre métier, discret et pourtant devenu indispensable, prend chaque jour plus d’importance : celui de borniste.

Le mot n’est pas encore celui d’une profession officiellement définie. Je l’utilise ici pour désigner tous ceux qui travaillent derrière les bornes de recharge : installateurs, techniciens de maintenance, exploitants, superviseurs et spécialistes capables d’intervenir lorsqu’une recharge ne se déroule pas comme prévu.

Et leur rôle devient considérable.

200 000 points de recharge : derrière les bornes, des hommes et des femmes

La France a franchi un cap symbolique : 200 045 points de recharge ouverts au public au 31 juillet 2026, soit une progression de 15 % en un an, selon le baromètre Avere-France réalisé avec le ministère de la Transition écologique à partir des données de Gireve.

À première vue, ces équipements donnent l’impression d’être totalement automatisés.

On arrive. On branche. On paie. On repart.

Mais cette simplicité apparente repose sur une infrastructure technique considérable.

Une borne doit être installée, raccordée, configurée, surveillée et entretenue. Et lorsqu’elle tombe en panne, refuse un paiement ou interrompt une session, quelqu’un doit comprendre ce qui se passe et rétablir le service.

La borne remplace-t-elle vraiment le pompiste ?

Avec le véhicule thermique, la station-service a longtemps constitué un lieu où le service était visible.

L’électrique change complètement cette relation.

La recharge peut avoir lieu sur une aire d’autoroute, dans un parking, devant un supermarché, au travail ou à domicile. L’utilisateur se retrouve souvent seul devant une machine.

Lorsque tout fonctionne, cette autonomie est confortable.

Lorsqu’un problème apparaît, elle peut devenir frustrante.

Carte refusée. Application qui ne reconnaît pas la borne. Recharge qui ne démarre pas. Connecteur indisponible. Session interrompue.

C’est précisément à cet endroit que réapparaît l’humain.

Pas nécessairement à côté de la borne. Il peut être à plusieurs centaines de kilomètres, derrière une plateforme de supervision ou une assistance téléphonique. Il peut aussi intervenir physiquement pour diagnostiquer et réparer l’équipement.

Le pompiste était devant nous.

Le borniste est souvent invisible.

Un véritable métier technique derrière l’infrastructure

Cette activité ne se résume pas à installer une prise sur un parking.

En France, l’installation et la maintenance des infrastructures de recharge sont encadrées. La réglementation prévoit notamment des exigences de qualification pour les professionnels concernés, avec certaines exceptions pour des installations de faible puissance et des situations particulières. Pour la maintenance des IRVE concernées, les professionnels doivent notamment disposer d’une qualification adaptée.

Les textes prévoient également des compétences et des moyens techniques spécifiques pour ces interventions.

Illustration générée par IA montrant des bornes de recharge et le coffret électrique qui les alimente.
PHOTO D’ILLUSTRATION — image générée par IA

C’est une dimension que l’automobiliste perçoit rarement.

Il voit une borne.

Derrière elle, il existe pourtant une chaîne complète : électricité, électronique, logiciel, communication réseau, paiement, supervision et maintenance.

La recharge devient aussi un service

L’Europe pousse parallèlement vers une expérience plus simple.

Le règlement européen AFIR prévoit notamment que l’utilisateur puisse effectuer une recharge ad hoc, sans devoir obligatoirement conclure au préalable un contrat avec l’exploitant ou un prestataire de mobilité. Il encadre également les moyens permettant de payer ces recharges sur les points ouverts au public.

C’est essentiel.

Car le développement de la voiture électrique ne dépend pas uniquement du nombre de bornes.

Il dépend aussi de notre capacité à leur faire confiance.

Une infrastructure peut être extrêmement dense ; si l’automobiliste doute de pouvoir se brancher, payer simplement ou obtenir de l’aide en cas de problème, l’expérience reste imparfaite.

La qualité du service devient donc presque aussi importante que le déploiement.

Après le pompiste, le borniste

Le passage du thermique à l’électrique ne fait donc pas simplement disparaître certains métiers.

Il en transforme et en fait apparaître d’autres.

Le pompiste appartenait à l’univers visible de la station-service.

Le borniste appartient à celui, beaucoup plus discret, des infrastructures connectées.

Nous ne connaîtrons probablement jamais le prénom du technicien qui aura remis en service une borne quelques heures avant notre arrivée. Nous ne verrons pas davantage l’opérateur qui surveille à distance des centaines de points de charge.

Pourtant, notre voyage dépendra parfois directement de leur travail.

Et à mesure que le réseau électrique grandit, ces femmes et ces hommes vont devenir indispensables à une mobilité que nous imaginons paradoxalement toujours plus automatisée.

Après les pompistes, voici donc les bornistes.

Sources